CHAPITRE IX
Province d'Alagôas.
ESQUISSE HISTORIQUE
Compris dans les terres de la capitainerie donnée par Dom Joào III à Duarte-Coelho Pereira, le territoire de cette province a appartenu jusqu'au commencement de ce siècle à Pernambuco. Son nom lui vient de plusieurs lacs qu'elle possède, communiquant non -seulement entr'eux mais encore avec des cours d'eau qui se jettent dans la mer. Pendant la guerre hollandaise, cette province fut le théâtre de combats sanglants, l'asile temporaire de l'émigration pernambucaine après la retraite de Mathias de Âlbuquerquc, le champ de bataille et de gloire d'fleiirique Dias, de Camarâo et de son épouse Dona Clara ainsi que d'autres héros, le berceau douteux, mais le triste échafaud et la sépulture de Calabar; cette province accompagna également Pernambuco dans ses révoltes et fut le centre principal des fameux quilombos (réunion d'esclaves fugitifs) dos Palmarès y où se manifesta vers la fin du dix-septième siècle la guerre des esclaves à laquelle les traditions romanesques donnent des proportions exagérées, une organisation sociale et même un but politique. Cette guerre longue et acharnée, avec des épisodes héroïques dont la tradition s'est plu à l'orner, attend encore son historien.
Le 16 septembre 1817, un décret royal de Dom Joào VI éleva le district d'Alagôas à la catégorie de capitainerie indépendante, et peu d'années après, elle fit partie des provinces du nouvel empire.
Siège de district et, plus tard, chef-lieu de la capitainerie et de la province, le bourg, ensuite ville d'Aîagôas bâtie au milieu de lacs, comme son nom l'indique, perdit par une loi provinciale du 9 décembre 1839, le titre de capitale que reçut la nouvelle ville de Maceiô, située près du port de Jaraguâ. Ce changement fut signalé dans la ville déchue par un soulèvement populaire qui atteignit presque la gravité d'une révolte armée.
Indépendante de Pernambuco, la province d'Alagôas éprouve néanmoins l'influence politique de celle-ci, ce qui s'explique par les rapports de famille et de commerce qui se sont toujours maintenus entre les deux provinces. En 1824 et 1849, elle ne s'est pas montrée tout-à-fait étrangère à la révolution républicaine de la Fédération de l'Equateur, et elle l'a prouvé encore plus par la protection qu'elle a accordée au capitaine Pedro Ivo, le dernier chef irréconciliable de la révolte praieira.
Alagôas comme Parabyba et Rio -Grande do Norte appartiennent, bien qu'un peu moins qu'autrefois, à l'orbite de la grande planète brésilienne nommée Pernambuco.
POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS
Cette province se trouve entre le 8° 4' et le 10° 32' de latitude méridionale, et entre le 5° 7' et le 7° 58' de longitude orientale.
La plus grande étendue du nord au sud, depuis la rive droite de la petite rivière Persinunga jusqu'à l'embouchure du fleuve SâO' Francisco, est d'environ 260 kilom.; et de l'est à l'ouest, depuis Ponta-Verde jusqu'au bord de la rivière Moxotô, 385 kilom. Son littoral, en y comprenant les courbes est d'environ 385 kilom. Sa surface est de 104,500 kilom. carrés.
BORNES
Elle est bornée au nord et à l'ouest par la province de Pernambuco, au sud par celles de Sergipe et de Bahia, et à l'ouest par l'Océan Atlantique. Elle est séparée de Pernambuco par la rivière Persinunga jusqu'à sa source et de là par une
ligne droite jusqu'à la rivière Jacttipe, au-dessus du confluent de YUna, longeant ensuite la rivière Toquard, et de là, par une autre ligne droite passant par les chaînes Pelada, Garanhuns et d'autres jusqu'à l'endroit nommé Genipapo sur la rivière Panema, et de là , par une autre ligne droite jusqu'au confluent du Manary avec le Moxotô et suit le cours de celuici jusqu'à son embouchure dans le fleuve Sâo - Francisco. Les frontières avec le Sergipe et Balna sont encore sujettes à des contestations quant au droit sur les îles du fleuve Sâo~ Francisco qui les sépare.
Il est chaud et très-humide dans le voisinage du littoral; sec et sain dans l'intérieur élevé et montagneux; il revient aux premières conditions sur les rives du fleuve Sûo-Francisco.
Le sol est bas et sablonneux, et renferme beaucoup de lacs sur le littoral et dans son voisinage; il s'élève vers l'intérieur et se couvre de vastes et riches forêts, avec quelques chaînes de montagnes vers le nord-ouest.
La chaîne prédominante est celle qu'on nomme Générale ou do Mar (de la Mer) qui traverse le fleuve Sûo-Francisco et forme la fameuse cataracte do Paulo-Affonso ; elle se ramifie ensuite vers le centre de la province d'Alagôas et forme de nombreuses montagnes peu élevées; ce serait une ingrate et fastidieuse nomenclature que de les citer; nous nous contenterons que vers le nord-ouest à 130 kilom. de la mer, se présente la chaîne da Barriga que l'histoire mentionne comme le point de formation et pour ainsi dire le centre des fameux quilombos dos Palmarès qui reçurent une organisation à peu près régulière et furent le refuge de quelques milliers d'esclaves fugitifs et de déserteurs, pendant et après la guerre des Hollandais; ces quilombos ne furent vaincus et détruits que 43 ans après l'expulsion des conquérants étrangers.
CLIMAT
ASPECT PHYSIQUE
HYDROGRAPHIE
Les conditions hydrographiques de la province d'Alagôas favorisent admirablement la fécondité et la magnificence de la production végétale de son sol; mais elle n'est pas aussi bien partagée pour ses communications de l'intérieur avec l'Océan, attendu que, pour la plupart, ses cours d'eau ne sont pas navigables. Ils se dirigent tous vers le fleuve Sào-Francisco on vers l'Océan. Ce bassin a déjà été étudié; mais outre le Moxotù qui se réunit à ce fleuve au-dessus de la chûte de Paulo- Affonso, beaucoup d'autres rivières de cette province viennent lui apporter le tribut de leurs eaux au-dessous de cette majestueuse chûte: le Xingô, le Cabaços, le Pau-Ferro, le Farta, le Panema, le Traipu , le Marituba et beaucoup d'autres de peu d'importance. Le Sào-Francisco baigne diverses bourgades, plusieurs bourgs et enfin la ville de Penedo et la paroisse de Piassabussû. Outre les limitrophes Persimmga et Una avec le Jacuipe, se jettent dans l'Océan, du nord au sud: le Manguaba, le Camaragibc, le Santo- Antonio-Grande, le Parahyba, le Sâo- Miguel, le Jequiâ, le Poxim, le Cururipe, navigables pour des radeaux ou de petites embarcations, sans compter beaucoup d'autres qui n'ont pas la moindre importance.
PRODUCTIONS NATURELLES
Règne minéral. Celui-ci, ainsi que le règne animal sont semblables à ceux de Pernambuco , avec la seule différence que ses eaux sont extrêmement poissonneuses.
Règne végétal. Riche en superbes forêts de bois-brésil, et en excellents bois de construction et de menuiserie, avec toute la richesse végétale des provinces voisines.
La canne à sucre, le coton et le tabac sont les sources inépuisables de la richesse agricole exploitée sur le territoire admirablement fertile de la province d'Alagôas; les céréales et le manioc y produisent abondamment; les sécheresses mêmes
respectent la force productrice de cette vaste zone privilégiée. L'industrie n'y est pas encore très-développée; celle de l'élève des bestiaux approvisionne le marché alimentaire; la province •exporte de la laine, des cuirs secs, salés et tannés, et des cornes; elle fabrique quelques confitures et du vin de cajû; elle exporte aussi de la cire jaune en petite quantité. La fabrique de tissus de Fernâo-Yclho mériterait d'être encouragée: c'est an important établissement qui signale les premiers efforts de l'industrie manufacturière dans cette province; en 1S71 elle a produit 6381 pièces de tissus de coton, ce qui est peu relativement à la production moyenne d'une fabrique, mais c'est énorme si nous considérons que ce sont, pour ainsi dire, les premiers essais d'un établissement industriel de cette modeste province. Le commerce a ses marchés principaux dans la capitale et dans les villes et les bourgs de Penedo, Pilar, Sào- Miguel, Camaragibe et Porto-Calvo; mais la province ne possède pas encore de commerce direct d'exportation pour l'étranger; elle se borne à le faire par les entrepôts de Pernambuco et Bahia. La Compagnie pcrnambucainc de navigation à vapeur, sa principale auxiliaire maritime , le Chemin de fer central entre Jaraguâ, 'Macciô et Trapiche da Barra, élément considérable de prospérité, et la Caisse commerciale , important établissement de crédit, contribuent puissamment au progrès de cette province qui, par la fécondité extraordinaire de son sol et d'autres conditions particulières, est appelée à devenir florissante et très-opulente.
STATISTIQUE
Population : 300,000 habitants dont 250,000 libres et 50,000 esclaves.
JReprésentation nationale et provinciale 2 sénateurs et 5 députés à l'assemblée générale, et 30 à la provinciale.
La province se trouve divisée en deux districts électoraux avec 1356 électeurs et 61,388 citoyens qualifiés votants.
Force publique: Garde nationale: 10 commandements supérieurs, 28 bataillons d'infanterie, 1 d'artillerie, 2 corps et 1 escadron de cavalerie de la force active; 2 bataillons et 2
Macedo, Brésil. 19
sections de bataillon de réserve, avec 16,572 gardes-nationaux de la force active et 2300 de la réserve, total 18,872.
Corps policial: 250 hommes; corps provisoire 269 hommes.
Instruction primaire et secondaire: Primaire publique: 116 écoles dont 69 pour le sexe masculin avec 3555 élèves et 47 pour le sexe féminin avec 2003 élèves; particulière: 51 écoles dont 29 pour le sexe masculin avec 275 élèves et 32 pour le sexe féminin, 193 élèves. Secondaire publique: 6 établissements pour le sexe masculin avec 65 élèves; particulière: 5 établissements dont 3 pour le sexe masculin et 2 pour le féminin avec un total de 220 élèves des deux sexes.
Division civile, judiciaire et ecclésiastique: La province d'Alagôas se divise et se subdivise en comarcas (districts), wmnicipes et paroisses, ainsi qu'il suit:
Municipes.
Paroisses.