CHAPITRE XIV
Municipe de la capitale de l'empire.
ESQUISSE HISTORIQUE
La ville de Saint-Sébastien de Rio de Janeiro était , comme
nons l'avons déjà dit, capitale de l'empire et en même temps de la province de Rio de Janeiro qui n'avait pas comme les antres un gouvernement ni un conseil provinciaux: elle était directement subordonnée au ministre de l'Empire. Mais en 1834, suivant la disposition de l'article 1er de VActe Additionnel, la province fut séparée du municipe auquel on conserva le rang politique supérieur qui lui appartenait et qui reçut par ce même article de l'Acte Additionnel la dénomination de Municipe de la capitale de V Empire et plus communément Municipe neutre.
Le municipe neutre est le siège du gouvernement général, la résidence de l'empereur, le lieu de réunion de l'assemblée générale législative; c'est là que fonctionnent les ministres d'Etat, les tribunaux supérieurs et toutes les institutions concernant l'administration générale de l'empire; c'est en même temps le lieu de résidence officielle des ministres, des diplomates et des représentants des gouvernements étrangers.
L'administration municipale, comme nous l'avons déjà vu dans l'étude générale, appartient au Sénat de la Cliambre qui porte le titre d'Illustrissime, et au gouvernement général par le ministère de l'Empire.
Ces courtes informations n'ont certainement pas le ca-
ractère d'une esquisse historique de la ville capitale de l'em-
pire et de son raunicipe, mais il est inutile de répéter ce qui a déjà été dit dans l'étude de la province de Rio de Janeiro.
POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS
Le municipe neutre se trouve entre le 22° 43' et le 23° 6' de latitude méridionale, et entre 4' de longitude orientale et 35' occidentale.
La plus grande étendue du nord au sud, sans compter les îles qui lui appartiennent, est de 52 kilom. depuis la ri?e droite de la rivière Merity jusqu'à la Pedra do Rclogio, et de 80 kilom. de l'est à l'ouest depuis la Ponta do Calabouço jusqu'à la rive gauche de la rivière Guandû. Son littoral est d'environ 200 kilom., en comptant celui de ses îles principales.
BORNES
Le municipe de la capitale de l'empire est séparé au nord, de celui tflgnutssû par les rivières Guandû-mirim et Merity; au sud, il est borné par l'Océan Atlantique; à l'est par ce même Océan, ou pour mieux dire par la baie qui le sépare de la ville de Nicterohy etc.; à l'ouest, il est séparé du raunicipe iïltaguahy par la rivière Guandû.
Plusieurs îles situées dans la baie de Nicterohy ou de Rio de Janeiro dont les principales sont Governador et Paquctà, assez peuplées et formant des paroisses, appartiennent à sa circonscription municipale.
CLIMAT
Il est variable: dans les terrains bas de la ville et des paroisses suburbaines et même plus loin, il est humide et anssi froid en hiver qu'il est chaud dans les mois de décembre à mars; mais dans la capitale même, sur les monts de Santa- Theresa, Paula-Mattos et autres, formant une chaîne jusqu'à la Tijuca qui se trouve à 13 kilomètres de la ville, et audelà, en suivant la même chaîne de montagnes, le climat est frais, doux et d'une salubrité qui rivalise avec celle des sites les plus heureux; un air très-pur, des eaux abondantes et ex-
cellentes comme aucune ville d'Europe n'en possède, donnent à ces monts un charme inappréciable.
L'ancienne Séhasiianopolis était très-humide dans ses quartiers les plus bas, mais différents travaux d'assainissement, les canaux des compagnies d'illumination au gaz et des égoûts ont fait en grande partie disparaître cette condition défavorable. Comparé au climat des autres capitales et des plus grandes villes du monde civilisé, celui de Rio de Janeiro est bien supérieur en salubrité, bien que, comme partout ailleurs, les étrangers encore non-acclimatés y soient plus sujets que les habitants aux épidémies qui se manifestent quelquefois, et meurent en plus grand nombre surtout par négligence des principes hygiéniques qu'exigent ces circonstances, heureusement exceptionnelles.
ASPECT PHYSIQUE
Le sol est bas près de la mer, mais aussitôt après se détachent des monts isolés ou des montagnes, et plus ou moins loin, selon les points observés, la Chaîne Générale qui, après avoir touché le rivage de la ville de Rio de Janeiro, se prolonge en formant un magnifique demi-cercle.
Le municipe neutre reçoit une importante ramification de la Chaîne Orientale à laquelle appartiennent les chaînes de Bangâ et de Jacarepaguâ au sud; aussitôt après, celle da Tijuca se prolonge en formant un arc et séparant les quartiers de Larangeiras et Catette qui sont du côté de la mer, de ceux tfAndarahy, Engenho -Velho , Itio-Connprido etc. qui s'étendent du côté opposé, et elle termine au milieu de la ville sous le nom de montagne de Santa-Theresa. On voit en outre s'élever en diverses parties de la ville des monts comme ceux de Santo- Antonio à une très-courte distance de «elui du Castcllo qui se mouve près de la mer; ces monts semblent être les extrémités de la chaîne da Tijuca, ainsi que le mont da Gloria, égaleent au botrrd de la mer, et d'autres qui se suivent jusqu'à Botafogo, dans la partie méridionale de la capitale. Le pic
culminant de la Tijuca s'élève à une grande hauteur, supérienre à celle du Corcovado, de la Gavea et du Pâo de Assucar (Pain-de-sucre) à l'entrée de la baie de Rio de Janeiro. Ces montagnes de granit forment avec d'autres secondaires le fameux géant de pierre. Dans la partie septentrionale de la ville, on remarque encore d'autres monts isolés tels que: Siïo-Bento, Conceiçâo, Livramento etc., dépendances de cette même chaîne, mais s'avançant dans une autre direction.
Ces monts ainsi que Castello, Santo - Antonio , Gloria etc., et principalement le dernier, sont couverts de maisons, de ehacaras et de jardins; mais ceux de Santa- Theresa et Patila- Mattos, celui-là surtout, sont sillonnés de rues innombrables qui s'entrelacent sur les deux versants de la montagne et forment un labyrinthe de grandes et de petites ehacaras, de nombreuses maisons qui reçoivent l'excellente eau du grand aqueduc de la Carioca, et avec des routes faciles et commodes pour descendre en ville et qui vont bientôt recevoir les rails d'un chemin de fer urbain.
HYDROGRAPHIE
Ce municipe n'a pas un seul cours d'eau de quelque importance. Nous mentionnerons à peine le Gnandû, le Cabtissû au sud, et VIrajd et le Merify qui se jettent dans la baie de Rio de Janeiro.
PRODUCTIONS NATURELLES
Règne minéral: Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit dans l'étude générale qui se trouve dans la première Partie; mais il ne sera pas inutile de rappeler les sources d'eau ferrugineuse, quelques-unes desquelles se trouvent dans la capitale même, et d'autres dans les faubourgs les plus salubres.
Règne végétal: Dans quelques-unes des paroisses de fora (hors de la ville) on voit encore quelques forêts riches en excellents bois de construction; mais dans le voisinage de la capitale, les exigences d'une population croissante et les noyaux de population qui se forment et se développent rapidement, prennent sur les forêts l'espace qui leur est nécessaire. Pour-
tant depuis quelques années, le gouvernement s'occupe sérieusement, pour cause d'utilité publique, de la conservation des forêts de l'Etat sur la chaîne de la Tîjuca, et autour des sources de la Carioca, près de l'endroit nommé Paineiras, sur cette même chaîne, en partie déboisée, on cultive avec le plus grand soin les meilleurs bois de construction, ou comme on dit vulgairement les bois de loi, et cette magnifique plantation promet pour l'avenir la plus opulente et la plus admirable forêt des environs de la capitale.
Règne animal: Les derniers restes, poursuivis par les chasseurs, se sont réfugiés dans les forêts les plus éloignées de la capitale; dans les environs, on ne trouve plus que des lapins, des tatous ou d'autre gibier moins estimé. Les naturalistes amateurs ou collectionneurs préfèrent la chaîne de la Tijuca où ils trouvent de nombreux insectes et les papillons les plus variés.
Le sucre et l'eau-de-vie, produits de l'industrie agricole de la canne, les céréales et la farine de manioc représentent la culture des paroisses appelées de fora (du dehors) dans lesquelles la culture des fruits a pris un grand développement; elles fournissent abondamment le marché de raisins, d'ananas, de melons, de pastèques, de saputis, de bananes, d'oranges, d'avocats, de mangues, de cajûs, de citrons etc.; aux alentours et même dans la ville, les légumes et les fleurs sont d'un excellent rapport et sont principalement cultivés par des colons portugais des îles et du continent, dont beaucoup travaillent à la journée et d'autres, en très-grand nombre, pour leur propre compte. Ce sont encore ces mêmes colons qui cultivent le capim de planta, herbe qui constitue le principal aliment des animaux d'écurie et dont la consommation extraordinaire rend la culture très-avantageuse. Il n'y a enfin aucune branche de l'industrie agricole ou rurale qui ne donne des bénéfices considérables à l'agriculteur prudent et travailleur.
Sous le rapport de l'industrie, la capitale de l'empire est naturellement plus avancée que les autres provinces. Pour
éviter des répétitions inutiles, il nous suffira de dire que l'industrie générale de l'empire, naissante et pourtant déjà assez développée, dont nous avons parlé dans le Chapitre X de U première Partie, se trouve subdivisée dans le tableau du progrès industriel des diverses provinces, mais représentée presque dans sa totalité dans le tableau respectif de la ville de Rio de Janeiro, laquelle possède en outre des fabriques et des établissements industriels qui n'existent en aucune autre province. Certaines industries locales particulières à quelques provinces sont les seules qui échappent à l'influence de son commerce. Les expositions universelles de Londres et de Paris ont rendu justice aux produits de l'industrie de la capitale du Brésil.
Quant au commerce, son importance impose ici la nécessité absolue d'une indication spéciale , bien que concise et restreinte. La ville de Rio de Janeiro est la première place commerciale du Brésil et de l'Amérique du Sud; elle est même comptée parmi les plus considérables du globe. Le siège de la capitale de l'empire dans cette ville lui donne certainement la suprématie politique, le luxe, l'éclat propres à une cour; pourtant s'il venait à manquer à la riche Sébastianopoïis cette condition dépendante de la volonté des hommes, il lui resterait toujours sa position de grand marché commercial que la volonté de Dieu lui a accordée par sa position géographique, son immense, douce, calme et majestueuse baie qui réunit à toutes les beautés et à tous les charmes imaginables, les avantages que l'esprit le plus exigeant pourrait désirer et qui en font le centre des communications entre le commerce intérieur et toutes les nations du monde.
STATISTIQUE
Population: 235,381 habitants dont 185,289 libres et 50,092 esclaves.
Ce chiffre officiel fourni par le dernier recensement est bien au-dessous de la réalité: des relevés antérieurs indiquaient une population plus considérable: celui de 1849 lui donnait 266,000 habitants; en 1859, M. le sénateur Pompeo de Souza Brazil évaluait à 300,000 les habitants du municipe neutre, et
depuis cette époque la population n'a fait qu'augmenter. La statistique officielle est sans aucun doute très-imparfaite, et de récents travaux de ce genre démontrent cette vérité. Bientôt les résultats du nouveau recensement prouveront que la population de la capitale de l'empire et de son municipe est supérieure à 300,000 habitants.
Représentation nationale: 6 sénateurs avec la province de Rio de Janeiro, et 3 députés à l'assemblée générale élus par son district qui compte 359 électeurs et 12,717 citoyens qualifiés votants.
Force publique. Garde nationale: Un commandement supérieur, 8 bataillons d'infanterie, 1 d'artillerie et un corps de cavalerie en service actif, et 3 bataillons de réserve, présentant un effectif de 5161 gardes nationaux de la force actif et 2440 de la réserve, total 7601.
Force policiale: Un corps jnilitaire de police qui doit se composer de 560 hommes, divisé en 6 compagnies, et une garde urbaine qui compte le même nombre d'hommes. Le corps militaire de police ne se trouve pas à l'état complet, il manque à son effectif 73 hommes.
Instruction primaire et secondaire. Primaire publique: 72 écoles dont 38 pour le sexe masculin avec 2856 élèves, et 34 pour le sexe féminin avec 2459 élèves; particulière: 52 écoles dont 22 pour le sexe masculin avec 3900 élèves, et 30 pour le sexe féminin avec 2219 élèves. Secondaire publique: Un établissement avec 351 élèves du sexe masculin; particulière: 60 établissements dont 35 pour le sexe masculin avec 2196 élèves et 25 pour le sexe féminin avec 715 élèves.
Depuis cette statistique, on a créé quelques nouvelles écoles d'enseignement primaire et, avec le concours du gouvernement et l'initiative de quelques associations, s'établissent des écoles nocturnes pour les enfants et les adultes.
Parmi les écoles particulières des deux sexes, se trouvent comprises celles qu'a fondées l'ancienne et patriotique société Amante da Instrucçâo , où un grand nombre d'enfants reçoivent l'instruction gratuite.
L'établissement public d'instruction secondaire mentionné
dans cette statistique est le Collège impérial de Pedro H, divisé en externat et en internat avec un cours complet de belleslettres qui dure sept ans, avec le privilège de décerner le diplôme de bachelier ès-lettres.
L'instruction primaire et secondaire du municipe neutre est subordonnée au ministère de l'empire et est dirigée par un Inspecteur-général qui préside le Conseil d'Instruction pîâlique composé des recteurs de l'internat et de l'externat du Collège impérial de Pedro II et de quatre autres membres nommés par le ministre de l'Empire, et dont les services gratuits sont reconnus importants.
La statistique de l'instruction secondaire ne comprend pas les cours des matières préparatoires annexés aux écoles militaire, centrale et de marine: cette dernière se divise en internat et en externat.
Il n'appartient pas non plus à cette statistique de mentionner que dans la capitale de l'empire on a dépensé des sommes considérables qui s'élèvent à plusieurs centaines de contos de réis, provenant de souscriptions particulières, pour la construction d'élégants édifices destinés à des écoles publiques, et que le gouvernement impérial récompense largement par des titres ou des distinctions honorifiques les citoyens qui, dans la capitale ou dans les provinces, font construire ou aident puissamment à l'érection de maisons appropriées aux écoles.
Sous le point de vue municipal, l'instruction ne peut être considérée que dans ses deux premiers degrés: primaire et secondaire; c'est pour cela que nous réservons pour l'étude spéciale de la capitale de l'empire les institutions d'instruction supérieure qui sont hors de la portée du droit constitutionnel des provinces et des municipes, et exclusivement subordonnées à la direction suprême du gouvernement général.'
Division civile, judiciaire et ecclésiastique: Le Municipe Neutre ou de la Capitale de l'Empire se divise en dix-neuf paroisses ainsi qu'il suit:
Manicipe.
Rio de Janeiro (ville)
Paroisses.