TO IÔ
Outre ces dons merveilleux de la nature, la province de Sâo-Paulo se place au premier rang et dispute même la supériorité à Rio de Janeiro; elle étend et développe, par le moyen de ses propres capitaux et de la vigoureuse action provinciale, ses voies ferrées qui rapprochent des ports commerçants du littoral les riches municipes agricoles de l'intérieur.
POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS
Elle est comprise entre le 19° 54' et le 25° 15' de latitude méridionale, et entre 56' et le 10° 18' de longitude occidentale.
Dans sa plus grande étendue, la province mesure lOOOkilom. du nord au sud, depuis Cacondc jusqu'à l'embouchure du Paranapanema, et 1065 kilom. de l'est à l'ouest, depuis l'île de Sâo-Sebastiào jusqu'à la rive gauche du Paranâ. Sa surface est de 456,850 kilom. carrés et son littoral mesure environ 600 kilom.
BORNES
La province de Sào-Paulo est bornée au nord par celles de Minas -Geraes et Goyaz, au sud par celle de Paranâ et l'Océan Atlantique, à l'est par celle de Rio de Janeiro et à l'ouest par celles de Minas -Geraes et de Matto- Grosso. Les lignes de division sont contestées sur beaucoup de points.
CLIMAT
Cette province, traversée par le tropique du capricorne, a sa partie septentrionale dans la zone torride et la méridionale dans la zone tempérée, et jouit par conséquent d'un climat varié; elle est partout salubre, principalement dans l'intérieur. Sa plus grande étendue se trouvant au sud du tropique, on y jouit d'un excellent climat, sain, doux et tempéré que les Européens du midi trouvent peu différent de celui de leur pays. Sur le littoral, la chaleur est beaucoup plus prononcée.
ASPECT PHYSIQUE
Le sol est bas dans le voisinage de la mer, mais bientôt après il s'élève et est dominé par une grande chaîne de montagnes ; vers l'intérieur se trouvent des montagnes et des monts séparés par de vastes plaines.
Les deux grandes chaînes Orientale et Espinhaço, prédominent dans le système orographique de la province. La première, la Serra do Mar entre, au nord, par le municipe de Bananal et, suivant une direction générale du N.-E. au S.-O., elle continue jusqu'à l'extrémité occidentale dans le municipe d'Apiahy, d'où elle passe dans la province de Paranâ après avoir divisé celle de Sâo-Paulo en deux parties inégales : celle de Bcira-mar (bord de la mer) et celle de Serra-acima (au-delà de la chaîne), beaucoup plus étendue. Comme en d'autres provinces, cette chaîne de montagnes prend diverses dénominations locales ; nous ferons principalement observer que le nom de Serra do (kibatào est conservé depuis le municipe de Sâo-Sebastiâo jusqu'à sa sortie de la province.
La chaîne iïEspinhaço ou Occidentale par rapport à la chaîne Maritime, vient des limites avec les provinces de Rio de Janeiro et de Minas-Geraes et est nommée Mantiqimra jusqu'au Morro do Lopo : sa direction est du N.-E. au S.-O. presque en ligne droite jusqu'au même Morro do Lopo qui lui sert de nœud; de là, elle s'incline vers le N.-O. jusqu'à l'endroit où elle prend le nom de Serra das Caldas et verse ses eaux dans YAraraquàra; elle se courbe ensuite vers l'ouest, et 85 kilom. plus loin, vers le N.-O. en suivant la rive du Rio -Grande et ayant à l'est l'embouchure du Sapucahy-mirim. La chaîne de Mogyguassû est une dépendance de celle-là par la branche qui part du Morro do Lopo; les chaînes de Bio- Grande et de Paranâ terminent la chaîne d'Espinhaço et portent diverses dénominations locales.
Indépendante de ces deux grandes chaînes de montagnes, celle de VAraraquâra s'étend est s'approche de la rive droite du Tiété où elle lance des ramifications et des contreforts avec
différents noms, et en même temps elle s'avance en formant des sinuosités considérables sur la rive gauche du Mogy-guassû et comprend les riches municipes de Limeira, Rio-Claro, Constituiçao, et Araraquâra. Au N.-O., la chaîne de Jàboticàbal et au S.-O., celle d'Itaqueri terminent la chaîne d'Araraquâra.
Au nord de cette chaîne, entre les rivières Pardo et Mogyguassû s'élève la petite chaîne das Pederneiras. Les chaînes de Botucutû et dos Agudos sont encore mal connues.
Sous le nom de Morros de Araçoiâba, un groupe de montagnes avec de petits contreforts s'étend à l'ouest de la ville de Sorocaba, avec différentes sources dont les principales sont celles de YJpanema sur le flanc oriental, et celle du Sarapuhy du côté opposé. La richesse minérale de ce groupe de montagnes est immense.
Nous sommes forcés de négliger les ramifications des deux grandes chaînes et des bien ou mal nommées chaînes isolées, de même que les chaînes complémentaires qui se trouvent minutieusement indiquées dans l'excellente Géographie de la province de Sâo-Paulo du Brésilien distingué, mort il y a quelques années, le brigadier Machado de Oliveira.
HYDROGRAPHIE
Le système hydrographique de cette province a sa principale division déterminée par la chaîne Orientale qui sépare le territoire de Beira-mar de celai de Serra- acima.
Dans la partie maritime ou de Beira-mar comme on la nomme, la plus importante est la rivière d'Iguape qui, dans cette région, domine les eaux du sud sur une grande étendue de territoire, soit directement, soit par ses affluents, et traverse dans son cours les municipes de Cananéa, Xiririca et Iguape; elle ce jette dans l'Océan à une vingtaine de kilomètres au nord du lac Mar-Pequeno. VIguape reçoit sur sa rive droite 11 rivières et 9 gros ruisseaux, et sur la gauche 12 rivières et 13 gros ruisseaux; il est navigable pour de petits navires sur une longueur de plusieues lieues. Après VIgttape, se jette dans l'Océan VUna navigable pour des pirogues sur une longueur de 100 kilomètres; et sépare les municipes d'Iguape et d'Itanhaem.
L'Itanhaem se jette dans l'Océan au-dessous du bourg du même nom jusqu'où arrivent les petits navires, et les pirogues à 45 kilomètres plus hàut. Il y a encore près de quarante cours d'can qui se jettent dans la mer sur le littoral de Sâo-Paulo, mais pour la plupart d'un petit volume.
Dans le territoire de Serra- acima, le fleuve le plus remarquable au nord est le Parahyba do Sul; et dans le reste de l'étendue immense de cette partie de la province, le Parand qui se dirige vers l'ouest.
Le Parahyba do 'Sul a déjà été décrit; il baigne dix -sept municipes et reçoit dans la province de Sâo-Paulo 18 rivières et 17 gros ruisseaux, sans compter leurs affluents.
Le principal tributaire du Parand est le grand Ticté, VÂnhemby des indigènes.
Les sources du Ticté, dit Machado de Oliveira, se trouvent dans une ramification de la chaîne maritime qui porte le nom de Morros de Barra et dans la section de cette môme chaîne qui, de l'est à l'ouest, se dirige de cette même ramification à la partie méridionale du municipe de Santo-Amaro.
Il vaut mieux, sous tous les rapports, que nous laissons parler ce géographe distingué:
« En traversant le municipe de Mogy das Cruzes, la rivière se dirige vers le nord où elle décrit un arc dont la partie descendante termine vis-à-vis de la bourgade de Guarulhos. Depuis ce point, la direction de la rivière est de l'E. vers l'E.-S.-O. jusqu'à la bourgade de Baruery sur sa rive droite; de là, elle incline vers le N.-O. et ensuite vers le N. jusqu'au bourg de Parnahyba sur sa rive gauche. Là, elle forme un arc de cercle tourné vers le nord, et ensuite vers l'ouest jusqu'au mont de Potubû, et suit la direction du S.-E. au N.-O. jusqu'à 13 kilom. au-dessus de la ville de Porto-Feliz d'où elle se dirige au S.-S.-O. vers cette ville qui se trouve sur sa rive gauche.
h De Porto-Feliz, le Tiétê suit son cours jusqu'à l'embouchure du Piracicaba, le plus considérable de ses affluents et qui lui vient de l'est dans la direction la plus générale du S.-E. au N.-O. Dans cette distance de 320 kilom., le cours du Tiéié est très -sinueux.
«De l'embouchure du Piracicaba jusqu'à celle de la rivière dos Lençôes son affluent méridional, la rivière suit la direction de l'E.-S.-E. vers l'O.-N.-O. et forme à l'extrémité une petite courbe vers le sud ; de là, elle s'incline vers le N.-N.-O. jusqu'à la chute d^Itapuan , où une des ramifications de la chaîne d'Araraquâra le fait dévier vers le S.-O. jusqu'à la chûte de Baurû, où il reprend son ancienne direction jusqu'au confluent du Jacarépipira-guassû qui entre par sa rive droite.
«Dans le distance de 250 kilom. qui sépare le confluent du Jacarépipira-guassû de la chûte à'Escaramuça , le Tiètê suit la direction du S.-E. vers le N.-O. avec quelques petites sinuosités. Depuis cette chûte jusqu'à son embouchure dans le Paranâ, la distance est d'environ 290 kilom. dans la direction présumable de l'E.-S.-E. vers le N.-N.-O., direction qui n'est pas encore bien connue.
«Le Tiété, par lui-même ou par ses affluents parcourt trente-trois municipes de la province: Parahytinga, Mogy das Cruzes, Santa-Isabcl, Bragança, Atibaia, Nazareth, Cachoeira, Capitale, Santo-Amaro, Amparo, Belém, Jundiahy, Indaiatuba, Cabriuva, Parnahyba, Cutia, Campinas, Itû, Porto-Feliz, Sorocaba, Campo-Largo, Piedade, Sâo-Roque, Una, Brotas, Rio- Claro, Limeira, Constituiçào, Capivary, Pirapôra, Tatuhy, Araraquâra et Botucatû.
«Les principaux affluents du Tiété sur la rive droite sont: Les rivières: Jundiahy de Mogy, Taiassupeboçû, Paratihû, Taiassupemirim , Pirahytinga , Juqucry, Jundiahy-guassû, Jundiahy, Capivary, Piracicaba, Jacarcpipira , Jacarè-guassû, Quilombo, SâO'Josê et Sueur y.
Les gros ruisseaux: Boquira-mirim , Pinheirinhos , SanV Anna, Pedras, Cristaes, Pau-santo, Itaguaçaba, Capivary-mirim, Baguary, Bous Corregos, Moqueim, Jatahy, Tatâ et Bebedor.
Et sur la rive gauche:
Les rivières: Cabuçû, Tamandûatehy , Pinheiros, Pirapôra, Sorocaba, do Peixe, daOnça, Gapivdra, Araquan, Lençôes, dos Patos, Baurû, Ciaro et Lambary.
Les gros ruisseaux: Guniahâ, Goiabal, Aricanduba, Ita-
cocra, Tatuapé, Pirajuçdra, Jaguaraê, Juntbatnba, Jacéguay, Paranahyba, Cutia, Bamery, Piragibû Cavetd et Potribti.»
Le Bio- Grande marque les limites septentrionales de la province de Sâo-Paulo avec celles de Minas -Geraes et Goyaz, et forme un autre bassin subsidiaire du Par and. Il entre dans la province de Sào-Paulo par le district de Franca, suit son cours de l'est à l'ouest en formant diverses courbes qui modifient sa direction primitive, et prend ensuite la dominante do nord au sud, toujours avec des sinuosités qui le font incliner tantôt au sud, tantôt au nord-ouest; au-dessous de la chûte de Santo-Estevâo , il reçoit les eaux du Mogy-guassû pour aller plus bas se réunir au Paranahyba et former le Parand. Le Rio Grande, par lui-même ou ses affluents baigne dans la province de Sào-Paulo les municipes de Franca, Batataes, Casa- Branca, Sâo-Joâoda-Boa da Vista, Mogy-mirim, Penha et Serra- Negra. Ses affluents sur la rive gauche, dans la partie qui appartient à la province et à laquelle il sert de limite, sont: les rivières Canôas, Inferno, Sapucahy et Mogy-guassû.
Le Paranapanema prend sa source sur le flanc N.-O. de la chaîne Paranapiacaba; il reçoit V Itapetininga , coule vers l'ouest jusqu'à l'embouchure du Taquary, et de là presque en ligne droite N.-N.-O. jusqu'au confluent de Yltararé, d'où il sert, jusqu'à son embouchure, de limite à la province de Paranâ. Dans la province de Sâo-Paulo, il baigne les municipes d'Itapetininga, Capào-Bonito, Itapeva et Apiahy, et reçoit environ 22 affluents plus ou moins importants.
liègnc minéral. Très -riche: les montagnes d'Araçoiaba, sont des masses de fer. Ce qu'il nous reste à dire ici a déjà été mentionné dans la première Partie.
Bègne végétal. Opulent comme celui des provinces les mieux favorisées; nous n'avons donc pas besoin de nous en occuper spécialement.
Bègne animal. Le même que dans tout le Brésil. Sâo- Paulo est une des provinces les plus remarquables pour le goût des grandes chasses; les cerfs des plus belles espèces y abon-
PRODUCTIONS NATURELLES
dent, surtout] dans l'intérieur vers la province de Goyaz; la chasse aux onces, principalement ceux qu'on nomme tigres, les plus féroces et les plus dangereuses, y est très-estimée; mais ils commencent à devenir assez rares partout où se développe la population, et on n'en trouve plus que dans les déserts, les forêts et les faeendas éloignées des villes, des bourgs ou des bourgades principales. Les chasseurs vont les poursuivre jusquelà pour jouir des émotions et du plaisir de cette chasse et quelquefois de cette lutte contre l'animal le plus féroce du Brésil, où souvent le chasseur se voit forcé de quitter le fusil pour s'armer d'un couteau et lutter 'corps à corps avec l'animal blessé et furieux.
AGRICULTURE , INDUSTRIE ET COMMERCE
Au Brésil, le paulista, par son énergie et son activité, semble appartenir à une race exceptionnelle : les paulistas furent pendant plus d'un siècle les conquérants et les premiers habitants de l'immense territoire de l'intérieur; d'abord ils battirent, poursuivirent et réduisirent à l'esclavage les Indiens aborigènes, ensuite ils découvrirent et exploitèrent les plus riches mines d'or et de pierres précieuses; actuellement, ils s'appliquent à l'agriculture, appellent et reçoivent à bras ouverts l'émigration européenne attirée par mille avantages particuliers et l'étonnante fertilité du sol, l'initiative provinciale entreprend et développe les lignes de chemins de fer et donne ainsi la meilleure preuve de sa force et de sa confiance en ses propres ressources ; enfin aucune autre province de l'empire, à l'exception de celle de Rio de Janeiro, ne peut lui disputer la priorité dans le développement des progrès matériels.
L'industrie agricole, déjà si prospère dans cette province, constitue la base la plus sûre de la richesse et du brillant avenir de cette magnifique étoile de l'empire. La culture du café y est considérablement développée, principalement dans le municipe de Limeira et d'autres voisins. La canne à sucre, le tabac, le coton, le thé récompensent libéralement le cultivateur; la vigne, le blé, le lin y végètent comme en Europe; les céréales y sont d'un grand rapport; l'élève des bœufs, des
mulets et des porcs est une industrie largement exploitée et fort lucrative, comme le prouvent les foires périodiques de Sorocaba.
Riche en productions minérales les plus précieuses, et florissante par son agriculture, la province de Sâo-Paulo est encore favorisée par son climat tempéré, doux et salubre. Sa population augmentant de jour en jour, ses ressources et ses produits suivent la même progression, ce qui fait que cette province devient de plus en plus riche et prospère.
Nous n'avons pas besoin d'ajouter que le commerce croit et se développe à vue d'oeil dans la province de Sâo-Paulo, où il multiplie ses grands foyers et crée de nouveaux éléments de progrès et de richesse. Il nous suffira de citer les lignes de chemins de fer de Sa?itos à Jundiahy , de Jundiahy à Campinas (entreprise paulista), de Sorocaba (en construction), qui reliera la capitale de la province à l'usine de fer d'Ipanema, et beaucoup d'autres encore qui pour le moment sont en projet et bientôt deviendront une réalité.
STATISTIQUE
Population: 850,000 habitants dont 770,000 libres et 80,000 esclaves.
Représentation nationale et provinciale: 4 sénateurs et 9 députés à l'assemblée générale, et 36 à la provinciale.
La province est divisée en trois districts électoraux qui présentent un total de 1169 électeurs et 55,152 citoyens qualifiés votants.
Force publique. Garde nationale: 24 commandements supérieurs, 51 bataillons et 4 sections de bataillon d'infanterie, 13 escadrons et 4 corps de cavalerie, et 2 sections de bataillon d'artillerie en service actif; 12 bataillons et 15 sections de bataillon de réserve; avec un effectif de 53,272 gardes-nationaux de la force active et 12,031 de la réserve; total 65,303.
Instruction primaire et secondaire. Primaire publique: 422 écoles dont 266 pour le sexe masculin avec 7Ô53 élèves, et 156 pour le sexe féminin avec 3967 élèves. Secondaire publique: un établissement avec 42 élèves.
La statistique officielle du rapport 'du ministère de l'Empire en 1872, qui est celle que nous avons toujours adoptée et suivie dans ce travail, n'exhibe pas, faute d'informations, le tableau de V Instruction primaire et secondaire particulière de la province de Sào-Paulo où, d'ailleurs, l'enseignement est libre. L'établissement d' Instruction secondaire publique dont il est qnestion est probablement une classe de français et de latin dans la ville d'Itd.
Outre ces informations officielles, nous devons ajouter que relativement à V Instruction primaire, en dehors des écoles particulières au sujet desquelles le gouvernement n'a pas reçu de renseignements, il y en a dans la province beaucoup d'autres fondées et soutenues par le patriotisme et la philanthropie des bons citoyens. Dans le rapport de la présidence de la province en 1871 on lit ce qui suit: a Partout s'organisent des écoles gratuites au profit des classes pauvres.» Dans la ville de Santos, il s'est organisé une association pour répandre les bienfaits de l'instruction primaire et secondaire dans le municipe. Quant à Y Instruction secondaire particulière, à défaut d'informations plus détaillées , nous devons au moins rappeler que dans la ville de Sâo-Paulo, il y a des classes pour l'étude de toutes les matières préparatoires exigées pour l'admission à l'Ecole de droit.
Division civile, judiciaire et ecclésiastique: La province de Sâo-Paulo se divise et se subdivise en comarcas (districts), municipes et paroisses ainsi qu'il suit :
Comarcas.