CHAPITRE XVI
Province de Paranâ.
ESQUISSE HISTORIQUE
Les mémoires de l'époque coloniale relatifs à cette province de l'empire se rattachent presque tous à l'histoire de la capitainerie de Sâo-Vicente, plus tard nommée de Sûo-Paulo. Cependant il est certain que son territoire a appartenu à une autre capitainerie héréditaire distincte, celle de Santo-Amaro qui s'étendait jusque près de Laguna ou terres de SanV Anna; mais son donataire, Pero Lopes de Souza, ne put même pas la visiter une seule fois après la donation qu'il avait si bien méritée en 1534, car il mourut en 1539.
Des lieutenants du donataire et de ses héritiers administrèrent quelques petits groupes de colons qui ne purent se développer que pendant les premières années, à l'ombre et sous la protection de la capitainerie de Sâo-Vicente.
Les liens de fraternité qui unissaient les deux donataires Martim Affonso de Souza et Pero Lopes de Souza, et les rapports étroits de parenté entre leurs héritiers expliquent et légitiment cette espèce de tutelle que la capitainerie florissante exerça sur l'autre, qui sans cela n'aurait pu maintenir ses faibles noyaux de population.
La capitainerie de Santo-Amaro avait en outre une partie de son territoire, celle qui s'étendait depuis la rivière Curupacé jusqu'au port de Sâo-Vicente, enclavée dans la capitainerie de ce nom; c'était dans cette partie que se développaient davantage ses petits centres de colonisation, et il s'ensuivit que, tandis
que les délégués du donataire et de ses successeurs confirmaient leurs droits à la domination de ce territoire en distribuant en leurs noms des terres incultes, un seul provéditeur, un seul auditeur et un seul grand-alcade administraient à Sâo-Vicente les deux capitaineries. Les affaires continuèrent ainsi, et après de longues querelles et des procès au sujet de l'héritage des vastes territoires donnés à Martim Affonso et à Pero Lopes, que diverses familles de la noblesse portugaise se disputèrent pendant le 17e siècle, après qu'Alphonso VI eut réuni les deux capitaineries sous le domaine absolu de la couronne en 1679, pour les donner peu de temps après au comte da Ilha do Principe, jusqu'à ce qu'en 1709, Dom Joâo V, indemnisant libéralement le marquis de Cascaes qui réclamait par-devant les tribunaux l'annulation de la donation faite par Alphonse VI, les fit définitivement rentrer dans le domaine de l'Etat et créa la capitainerie de Sâo-Paulo et Minas, indépendante de celle de Rio de Janeiro. La capitainerie de Santo-Amaro, malgré la présence des délégués des héritiers du donataire, était déjà nne colonie dépendante et sous l'administration du gouvernement de Sâo-Vicente.
A la fin du seizième siècle, la capitainerie de Santo-Amaro, faible et déchue, avait à peine, près du bourg du même nom, un moulin à sucre, et au nord de l'île ainsi nommée les deux forts bien garnis de Sào-Philippe et de Santiago. An siècle suivant, l'impulsion énergique donnée par l'esprit aventurier des paulistas, les mines d'or de Paranaguà et la fertilité du sol de Santo-Amaro dirigèrent vers le sud les explorateurs et les fameux colonisateurs qui formèrent des bourgades et jetèrent les fondements de bourgs importants.
En 1624, la capitainerie de Santo-Amaro reçut, dans une division territoriale décrétée arbitrairement, le titre à peine historique et non sanctionne par le fait ni la désignation populaire de: capitainerie d'Itanhaem.
L'indépendance du Brésil, proclamée en 1822, trouva l'ancienne capitainerie de Santo-Amaro absorbée par la province de Sâo-Paulo dont elle fit partie sous le titre de district de Paranaguà qu'elle avait reçu le 17 juin 1723, et encore sous ce-
lui de district de Paranaguâ et de Coritiba que lui avait valu en 1812 son importance croissante.
District de Coritiba fut depuis lors le nom générique et populairement adopté pour désigner un riche et fertile territoire dont les habitants demandèrent, en 1840, à l'assemblée législative l'élévation au rang de province de Fempire.
L'aspiration juste et fondée des habitants de Paranaguâ et de Coritiba fut satisfaite par la loi du 29 août 1853 qui créa la province de Paranâ démembrée de celle de Sào-Paulo, ayant pour capitale la ville de Coritiba. La nouvelle province, installée le 19 décembre de la même année eut pour premier président et heureux fondateur M. le conseiller Zacharias de Gôes e Vasconcellôs.
Cette riche et fertile province, jouissant d'un climat sain et tempéré, attire la colonisation européenne qui la préfère même à son opulente» voisine méridionale, celle de Santa-Catarina, qui se plaint avec raison de ce qu'elle lui enlève ses travailleurs les plus utiles et les plus laborieux, et les familles européennes qui abandonnent son territoire pour aller coloniser les fertiles plaines de Paranâ.
POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS
Elle est comprise entre le 22° 45' et le 26° 29' de latitude méridionale, exclusion faite du territoire disputé par la province de Santa-Catarina, et 27° 50' avec ce territoire; et entre le 4° 45' et le 11° 53' de longitude occidentale-
Sa plus grande longueur du nord au sud est de 440 kilom., depuis la rive gauche du Paranapanema jusqu'à la rive droite de VIguassû, ou 550 kilom. jusqu'à la rive droite de V Uruguay, et de l'est à l'ouest de 800 kilom. depuis l'embouchure du ruisseau Ararapira dans l'Océan jusqu'à la rive gauche du Paranâ, au confluent de VIguassû. Sa surface est de 355,000 kilom. carrés et son littoral de 166 kilom., sans compter les baies de Paranaguâ et de Guaratuba.
BORNES
La province de Paranâ est bornée au nord par celle de Sào-Paulo; au sud par celle de Santa-Catarina et la Confédé-
ration Argentine; à l'est par l'Atlantique et la province de Santa -Catarina; à l'ouest par celle de Matto- Grosso et la république du Paraguay.
Les limites ne sont pas encore parfaitement établies. M. Luiz de França Almeida e Sa , auteur de V Abrégé de géographie de la province de Paranâ , les présente de la manière suivante :
«Au nord: la rivière Paranapanema depuis son embouchure dans le Paranâ jusqu'au confluent de Yltararé.
«Au nord-est: le cours de la rivière Itararé jusqu'à sa source, la rive gauche d'une des branches de VApiahy et la droite d'une autre plus orientale, de la source de celle-ci à celle de la rivière Itapirapitan jusqu'à la rivière d'Iguape et, remontant celle-ci, jusqu'à l'embouchure du JRio-Pardo, et ce dernier jusqu'à sa source; suivant ensuite les sommets de la Serra-Negra jusqu'à l'isthme de Varadouro, et de là par la rivière Ararapira dont elle suit la rive méridionale jusqu'à la mer.
«A l'est: l'Océan Atlantique.
« Au sud-est : la rivière Sahy-Guassû , la chaîne do Mar, la rivière Marombas depuis sa source jusqu'à la rivière das Canôas et par celle-ci jusqu'à Y Uruguay.
aAu sud: le fleuve Uruguay , dans la partie comprise entre les embouchures des rivières das Canôas et Pcpery-Guassû.
«Au sud-ouest: la rivière Pepcry-Guassû, depuis son embouchure dans l' Uruguay jusqu'à sa source, de celle-ci à celle du Santo- Antonio , dont elle suit le cours jusqu'à son confluent dans l'Iguassû, et par celui-ci jusqu'à son embouchure dans le Paranâ.
«A l'ouest: le fleuve Par and depuis le confluent de Vlguassû jusqu'à celui du Paranapancma. »
CLIMAT
11 est chaud et humide dans les terrains serra-dbaixo ou près de la mer; tempéré et très-sain dans ceux de serra-acima, où la province de Paranâ jouit de conditions climatériques qui ne sont pas inférieures à celles de Sâo-Paulo.
ASPECT PHYSIQUE
Dans le voisinage de la mer, le sol est bas, et marécageux en quelques endroits; ensuite il s'élève jusqu'à la chaîne qui s'étend du sud au nord et sépare les terres du littoral des terrains élevés de l'intérieur traversés de nombreuses chaînes de montagnes, abondamment arrosés, et couverts de vastes forêts vierges et de plaines qui s'étendent vers l'Ouest.
Le système orographique de la province de Paranâ est encore peu étudié; quelques chaînes de l'intérieur sont à peine connues par leurs noms sur les cartes; ce serait donc une entreprise téméraire que de chercher à en déterminer les rapports et les positions respectives. M. Luiz de França Almeida e Sa, auteur du curieux et estimable Abrégé de géographie de la province de Paranâ, se borne aux informations suivantes:
«Parmi les différentes chaînes qui traversent la province, quatre se détachent par les vastes plateaux qu'elles présentent, ce sont: la grande cordillière maritime sous le nom de Serra do Ctibatâo qui, se prolongeant presque parallèlement à la côte, forme un vaste plateau d'une hauteur égale à celle de son sommet qui s'élève à 950 mètres au-dessus du niveau de la mer et comprend les plaines fertiles de Curitiba; la Serrinha ou Serra dos Capados qui forme à l'ouest de son sommet (1220 mètres au-dessus du niveau de la mer) un second plateau où se trouvent les fameux Campos-Geraes ; la Serra das Fumas qui forme un troisième plateau plus élevé que les précédents; la Serra da Esperança dont le plateau est le plus élevé de tous.»
H est inutile de dire que la Chaîne Orientale prend, comme dans les autres provinces, diverses dénominations locales; mais nous devons mentionner la Serra-Negra qui contribue à former les limites du nord -est. La chaîne KApucarana semble être une suite de celle da Esperança, mais s'étendant beaucoup plus vers l'ouest.
HYDROGRAPHIE
La province compte trois bassins: ceux de Paranaguâ et de Guaratuba dans le territoire maritime, et celui du Paranâ dans les terrains de serra-acima.
Dans la baie de Paranaguâ se jettent les rivières: Nhandiaguâra, Guaraguassû, Serra-Negra, Guarakessava, Tagussava, Cachoeira, Faisqueira, Sagrado, Itaqui, Borrachudo, Varadouro et Tibcré; et dans celle de Guaratuba: le Guaratuba, le Sâo- Joao et le Cubatâo.
Le bassin du Paranà a déjà été étudié; dans la province du même nom se dirigent vers ce fleuve les rivières Parampanma, Ivahy, Iguassû et Pihiri.
Comme il est facile de comprendre, le volume des eaux qui coulent sur le versant occidental de la Serra do Mar est bien plus considérable que celui du versant opposé; aussi les cours d'eau les plus importants de la province sont ces quatre affluents du Paranâ.
Le Paranapancma prend sa source dans la chaîne do Mar, à l'ouest d'Itanhaem, reçoit quatorze affluents, mais malgré le volume de ses eaux, de nombreuses chûtes embarrassent la navigation".
VIvàhy reçoit quatre affluents et V Iguassû quatorze; ces rivières entrent dans le Paranâ avec un volume d'eau considérable, et la dernière forme une cataracte de plus de 60 mètres de hauteur, à 20 kilom. au-dessus de son embouchure.
Ces rivières s'avancent de l'est à l'ouest et traversent le centre de la province où elles reçoivent à gauche et à droite des tributaires qu'elles portent au Paranà.
V Uruguay, déjà étudié, reçoit dans la province le Chapecô et le Pepery-Guassû.
PRODUCTIONS NATURELLES
Règne minéral. La nature du sol révèle l'existence de mines de fer, d'or, de cuivre, d'antimoine, de mercure, de pierres précieuses telles que des diamants, des émeraudes, des topazes, des agates, des cornalines etc., de beaux marbres et
d'antres formations calcaires. On a déjà reconnu une source d'eau sulfureuse dans la colonie Theresa, district de Guarapuava.
Mègne végétal. La majesté des forêts est égalée par la variété des végétaux les plus estimés; tous les genres de constructions y trouvent en abondance les bois les plus précieux; le pin s'y développe d'une manière extraordinaire; l'ébène même, quoique assez rare, s'y rencontre. Le girofle, la cannelle, le palmier gissdra, la cangerana, la vanille, Vangico y sont trèscommuns. L'herbe mate enrichit la province. Les arbres et les arbustes à fruits estimés y sont nombreux. Le lentisque, la jabotâ qui donne d'excellent vernis, et le pin sont les principaux arbres résineux. La réglisse d'Itararé, l'ipécacuanha, Vahutûa, la doradille, Vespelina et d'autres plantes médicinales y sont communes.
JRègne animal: Semblable aux autres provinces, mais remarquable par l'abondance des grands quadrupèdes qui émigrent des provinces plus habitées. Les forêts renferment beaucoup de tapirs, d'onces, et de ceux qu'on nomme tigres et lions, qui ne différent de celles-là que par la couleur, la taille, une audace et une férocité plus grandes, des porcs sauvages, des tamanduâs etc.
AGRICULTURE, INDUSTRIE ET COMMERCE
La province de Paranâ, considérée comme une des plus modestes de l'empire, est encore peu habitée ; mais elle est tellement remarquable par la beauté de son climat, la fertilité de ses terres, le travail et l'activité de ses habitants, que son développement sera certainement très -rapide. Sa production agricole se recommande déjà par la diversité; elle se compose principalement de: coton, canne à sucre, café, tabac, riz, arrowroot, manioc, ignames, plus de cinquante variétés de haricots, et de maïs, poivre, blé, seigle, orge, foin, houblon et pommes de terre excellentes. Mais on ne tire pas encore tout le parti possible de ces riches produits, et l'exportation en est pour le moment insignifiante.
L'industrie du Paranà, même comparée à celle de quelques autres provinces plus avancées, est digne de mention et d'encouragement; elle exploite comme la source principale de la richesse de la proviuce la préparation du mate; elle possède des scieries, des fabriques de tissus grossiers de coton et de laine, de liqueurs et de vins de différents fruits, de confitures, de fromages, d'orct/oncs (pêches desséchées) qui se consomment dans le commerce intérieur; elle s'occupe aussi d'apiculture, prépare la cire et se sert du miel pour faire d'excellentes confitures. En outre, l'élève des chevaux, des mulets, des bœufs et des moutons est d'autant plus avantageux que ces animaux ne demandent aucun soin et qu'ils sont entièrement abandonnés à la nature dans les plaines vastes et fertiles où ils se reproduisent d'une manière extraordinaire.
Les avantages considérables qu'offre la grande abondance des pins du Paranà pour les constructions civiles font qu'une importante compagnie s'est organisée pour exploiter ce bois; elle vient d'établir de grandes scieries, et on espère beaucoup de cette nouvelle industrie qui, naturellement, exclura des marchés de l'empire le sapin européen qui ne peut résister à la comparaison avec celui du pays.
Outre cette industrie, la compagnie Progressista établit la navigation à vapeur entre les différents Iports de la province; le nombre élevé de voyageurs, l'augmentation considérable qu'a acquise le transport des marchandises sont le témoignages les plus certains du progrès et du mouvement ascendant de l'active et énergique population du Paranà.
La commerce correspond à la production et à la petite population qui se distingue, d'ailleurs, par son application, son activité et sa moralité.
Le mate est le principal article d'exportation qui, réuni à d'autres produits, encore peu importants pour la quantité mais d'une très -grande utilité, sont la preuve évidente de la force productive de son sol qui plus tard alimentera un commerce actif.
STATISTIQUE
Population : 100,000 habitants dont 90,000 libres et 10,000 esclaves.
Représentation nationale et provinciale : 1 sénateur et 2 députés à l'assemblée générale, et 20 à la provinciale.
La province forme un district électoral avec 202 électeurs et 15,508 citoyens qualifiés votants.
Force publique. Garde nationale: 6 commandements supérieurs, 7 bataillons et 1 section de bataillon d'infanterie, 1 bataillon et une section de bataillon d'artillerie, 11 corps et 6 escadrons de cavalerie en service actif; et 1 bataillon de réserve; présentant un effectif de 13,239 gardes -nationaux de la force active et 3114 de la réserve. Total 16,353.
Corps policial: 88 hommes (état effectif).
Instruction primaire et secondaire: Primaire publique: 78 écoles dont 53 pour le sexe masculin avec 890 élèves, et 25 pour le sexe féminin avec 403 élèves; particulière: 8 écoles pour le sexe masculin avec 127 élèves et 2 pour le sexe féminin avec 63 élèves. Secondaire publique : 3 établissements pour le sexe masculin avec 118 élèves; particulière: 1 établissement avec 20 élèves pour le sexe masculin.
Division civile, jîtdiciaire et ecclésiastique: La province de Paranâ se divise et se subdivise en comarcas (districts), municipes et paroisses, ainsi qu'il suit : ,