CHAPITRE XIX
Province de Minas-Geraes.
ESQUISSE HISTORIQUE
La première connaissance de territoires appartenant à cette grande provinco date de l'année 1753 où Sebastiào-Fernandes Tourinho, habitant des environs de Porto -Seguro, remonta le Bio-Doce et pénétra dans l'intérieur jusqu'au Jequitinhonha qu'il descendit et rapporta la nouvelle de la découverte de mines d'émeraudes. Pour en vérifier l'exactitude, six ou sept ans après, Antonio-Dias Adorno, à la tête de cent cinquante colons et de quatre cents Indiens, remonta le Cricaré et s'avança dans les terres au-delà des chaînes de montagnes; il arriva jusqu'au lac Vupabussû, et retourna comme Tourinho par le Jequitinhonha pour donner au gouverneur -général Lourenço da Veiga les meilleurs renseignements sur ces déserts.
Les sertanejos de Sào-Paulo firent de fréquentes incursions dans ces localités et leurs environs, mais exclusivement occupés à la chasse des Indiens sauvages qui pour eux valaient mieux que l'or et les pierres précieuses. Au surplus ils étaient trop préoccupés dans leurs incursions pour songer à examiner les cours d'eau et . les déserts qu'ils traversaient. En 1598, ils furent excités par le gouverneur -général Dom Francisco de Souza à faire des expéditions pour la découverte de mines d'or, mais il en obtint peu de résultats; il ne fut pas plus heureux en 1608, lorsqu'il retourna au Brésil en qualité de gouverneurgénéral des capitaineries du sud, dans le but principal d'encourager la découverte et l'exploitation des mines dont il avait été nommé surintendant en 1607.
L'existence de trésors minéraux était prouvée; il ne manquait que des explorateurs intrépides et hardis, et pour ces entreprises audacieuses il n'y avait que les paulistas. En effet c'est à eux qu'on doit ces découvertes: en 1662, Augusto Barbalho et Fernando -Dias Paes avec d'intrépides bandeiras (expéditions) pénétrèrent dans les immenses déserts au nord du bourg de Sâo-Paulo: le premier recueillit des émeraudes; le second fit connaître (par lui ou par son gendre Borba Gato, s'il est vrai qu'il mourut avant son retour à Sâo-Paulo) la rivière Itamarandiba dont le lit contenait de l'or et des pierres précieuses. Des traditions confuses rapportent une autre expédition plus importante faite par ce même Fernando - Dias qui aurait pénétré jusqu'au Scrro-Frio, et d'un nouveau voyage de ce même paulista à Y Itamarandiba et à Y Anhonhecanhuva , beaucoup plus avantageux que le premier, et que ce fut au retour de cette dernière expédition qu'il mourut en route; ce qui semble bien plus probable, attendu que son frère Garcia-Rodrigues Paes, en récompense des services du sertanejo défunt, reçut en 1683 le titre de capitâo-môr (directeur général) des mines d'émeraudes.
L'impulsion était donnée aux fougueux et indomptables paulistas. Entre autres nous citerons: Bartholomeo Bueno qui, réduit à la misère par ses folles dépenses, partit avec quelques autres chefs de handeiras en 1694 dans une expédition destinée à exploiter des richesses minérales, Manuel Garcia et le colonel Salvador Fernandes partirent bientôt après, et l'or qu'ils rapportèrent fit établir une fonderie de ce métal à Taubaté. L'or, les émeraudes et les trésors considérables que les cours d'eau et les terres offraient libéralement, refroidirent l'ardeur fébrile de ces aventuriers à la poursuite des Indiens. Cette chasse fut alors subordonnée à leur but principal qui était l'exploitation des riches mines d'or et de diamants; depuis lors, ils commencèrent à établir des bourgades dans le voisinage des mines les plus productives.
La richesse était à la portée de tous; ce fut peut-être la cause principale que excita leur cupidité et alluma la guerre de l'or qui commença peu de temps après. Ces terres qui
étaient alors nommées Minas-Geraes dos Cataguâs (du nom des Indiens coroados qui les habitaient) , furent envahies par de nombreuses bandes d'aventuriers pour la plupart portugais, parmi lesquels se trouvaient deux moines qui donnèrent les plus tristes exemples par leur conduite désordonnée. La concurrence et les excès de ces nouveaux arrivants déplurent aux paulistas qui, après avoir eu les peines et les difficultés de la découverte de ces mines, se croyaient offensés dans leurs droits par l'audace et les prétentions des nouveaux venus qui s'arrogeaient les mêmes privilèges que les premiers occupants. Les esprits s'irritèrent de part et d'autre, et bientôt s'engagèrent de sanglants combats entre les sertanejos de Sâo-Paulo et les Portugais qu'ils surnommaient cmboabas ou forasteiros (étrangers).
De la part de chacune de ces deux factions il y avait excès, violences et passions condamnables: les paidistas avaient tous les défauts de leurs qualités et un orgueil excessif de leurs brillants exploits; leur chef à Minas-Geraes était le vaillant et redoutable Domingos da Silva Monteiro qui se vantait d'être plus puissant que le pape, parce que celui-ci se donnait une peine infinie pour faire entrer une âme en paradis, tandis que lui, sans se fatiguer, en envoyait un grand nombre en enfer. Les forasteiros y sans les glorieux précédents des 2)wdist<xs} étaient des gens de mauvaises mœurs, livrés sans frein à leurs passions, poussés par l'avidité de l'or et dont le seul but était de faire de grandes fortunes rapidement et à tout prix; ils étaient conduits par Manoel-Nunes Vianna, intrépide, hardi, ambitieux et dissimulé jusqu'à trahison.
De conflits en conflits , ils arrivèrent les uns et les autres jusqu'en 1708, époque où s'engagea un sanglant combat entre les deux factions sur le bord de la rivière qui depuis lors reçut le nom de Rio das Mortes. Les forasteiros furent taillés en pièces et laissèrent le champ de bataille jonché de leurs morts ; mais bientôt après, Nunes Vianna demanda la paix et la réconciliation, trompa les pattlistas par son apparente humilité et, profitant d'une occasion favorable, les attaqua par surprise, les défit, les poursuivit sans pitié et les obligea à se réfugier à Sào-Paulo où, d'après Une tradition acceptée par l'histoire, les
mères et les épouses des scrtanejos vaincus pour la première fois, refusèrent d'embrasser leurs fils et leurs maris avant que par une éclatante revanche ils se fussent réhabilités à leurs yeux.
Il est certain et positif que Xunes Vianna avait acquis un tel prestige à Minas -Gerares qu'après avoir été acclamé par les siens gouverneur général des mines, il fit reculer le gouverneur de Rio de Janeiro I)om Fernando Martins de Mascarenhas qui était allé avec quelques troupes dans le but de rétablir la tranquillité et d'imposer l'autorité légale dans le territoire de Minas-Gcracs dos Cataguds. Il est également certain et positif que les paulistas commençaient à revenir à la charge, aspirant à prendre leur revanche, et que de nouveaux combats se préparaient lorsqne la cour de Lisbonne amnistia les révoltés et, par la charte rojale du 3 novembre 1709, créa la capitainerie de Sâo-Paulo et Minas indépendante de Rio de Janeiro et lui donna pour gouverneur l'énergique et habile administrateur Antonio de Albuquerque auquel Nunes Vianna se soumit dans la bourgade de Caeté, et qui sut se faire obéir des paulistas et de la population, sans aucune opposition ni mauvaise volonté.
C'est de cette époque que date la vie administrative et régulière du vaste territoire de Minas -Geraes, déjà peuplé et florissant au point qu'Antonio de Albuquerque reconnut la nécessité de créer en 1711 les bourgs de Ribcirâo do Carmo, ensuite Yilla-Bica et plus tard Ouro-Prcto, et Sahara, et de former un régiment de cavalerie de ligne pour le service de tout le district de Minas. "En 1714, son successeur, Dom Braz da Silveira érigea en bourgs les bourgades de Caeté, de Principe et de Pitangui et, peu de temps après, il divisa l'immense territoire de son gouvernement en quatre districts sous les dénominations de Villa -Rica, Rio dos Mortes, Sahara et Serro- Frio, noms qui rappellent, de même que ceux des bourgs et des bourgades, de riches terrains aurifères dont l'exploitation éleva rapidement des bourgades plus ou moins considérables qui n'avaient d'importance que par les mines d'or de leur voisinage, lesquelles ne pouvaient être inépuisables.
Cependant, lorsque quelqu'une des anciennes mines devenait moins lucrative, on en découvrait dix autres aussi riches que la première, et ainsi la population augmentait de jour en jour; mais, non corrigée des désordres et des luttes de 1708, elle se révolta de nouveau en 1720 contre l'établissement des fonderies d'or et d'autres mesures fiscales: le gouverneur de Sâo-Paulo et Minas, qui était alors le comte d'Assumar, réussit à dominer la rébellion et fit arrêter quelques-uns des principaux chefs. Dans cette même année, fut créée la capitainerie de Minas- Geraes indépendante de Sâo-Paulo; cette mesure fut d'une grande utilité immédiate.
Les diamants et d'autres pierres précieuses furent de nouveaux stimulants pour le développement extraordinaire de la capitainerie qui était déjà si riche, se croyait si forte et possédait des hommes si instruits et si éminents dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, qu'en 1788 quelques illustres mineiros commencèrent à ourdir une conspiration dans le but de proclamer l'indépendance et la république dans cette partie du Brésil; ils comptaient probablement aussi sur l'adhésion de quelques-unes et peut-être de toutes les autres capitaineries. Cette conspiration fut dénoncée en 1789, les principaux chefs furents arrêtés, jugés et condamnés à mort en 1792, peine qui fut commuée en dur et cruel exil pour tous les conjurés à l'exception du sous -lieutenant Joaquim José da Silva Xavier surnommé Tiradentes, qui monta à l'échafaud le 21 avril de la même année en laissant un nom légendaire et justement glorifié dans l'empire depuis 1822, car il fut le premier martyr et l'un des précurseurs de l'indépendance nationale.
La terreur de 1792 n'étouffa point les sentiments libéraux des mineiras: dans les brillants mouvements des premiers mois de 1822, la seule différence qui existait entre les patriots de Minas-Geraes, c'était l'esprit libéral plus exalté et plus exigeant chez les uns que chez les autres, divergence qui disparut à l'arrivée inattendue de Dom Pedro, le prince -régent, qui fut reçu avec enthousiasme comme le chef déjà reconnu de la révolution nationale brésilienne.
Pendant le règne du premier empereur, la province de
Minas- Geraes se fit remarquer par ses idées libérales et eut la gloire d'envoyer comme son représentant à la chambre des députés le flumincnse Evaristo Ferreira da Veiga, modèle de bon sens de patriotisme et de vertus, qui compte peu d'émules et pas un seul supérieur dans le panthéon des nobles citoyens qui ont bien mérité de la patrie. Durant la minorité de l'empereur actuel, de 1831 à 1840, cette même province s'enorgueillit de la prépondérance qu'avaient acquise ses représentants, comme le pur et digne Evaristo; Bernardo de Vasconcellos, le premier homme d'Etat brésilien et qui n'a pas encore été égalé; le prêtre Ferreira de Mello dont l'instruction médiocre était suppléée par une infatigable activité politique et une volonté de fer; Honorio Hermeto, plus tard vicomte et marquis de Paranâ, intuition miraculeuse, mémoire sans pareille, dévouement extraordinaire, énergie imposante et presque despotique pour arriver au triomphe de ces idées ; et beaucoup d'autres illustres vieillards encore vivants, vénérés de tous, et qui, grâce à Dieu, n'appartiennent pas encore à l'histoire comme les précédents.
Le 22 mars 1833, la ville d'Ouro-Preto, capitale de la province, fut témoin d'une sédition civile et militaire, résultat de la contagion de cette époque d'exaltation fiévreuse; elle fut vaincue sans effusion de sang, ni sacrifices douloureux, ni vengeances subséquentes, et les chefs arrêtés et jugés, quelquesuns fugitifs, furent amnistiés l'année suivante.
En 1842, deux ans après la proclamation de la majorité de l'empereur Dom Pedro II, les mêmes causes qui soulevèrent les paulistas, poussèrent le parti libéral de Minas-Geraes à une manifestation illégale et armée, et après quelques combats de peu d'importance, ce parti, découragé par la défaite et la soumission de ses corréligionnaires de Sâo-Paulo, vit encore ses forces complètement battues à Santa-Luzia le 20 août; quelquesuns des principaux chefs du mouvement révolutionnaire furent arrêtés, d'autres se cachèrent ou se sauvèrent; enfin, en 1844, le baume salutaire de l'amnistie vint mettre un terme à l'action de la loi et effaça le souvenir politique de la révolte et de ses conséquences devant les tribunaux.
Depuis trente ans, la province de Minas-Geraes vit heu-
reuse, tranquille et prospère. Ses mines d'or ne sont pas encore épnisées, ses immenses plaines désertes animent encore l'espoir de trésors minéraux, ses ruisseaux, ses sables riches en diamants continuent à donner de beaux résultats; mais ce qui vaut mieux que tout cela, son sol d'une étonnante fertilité, ses belles et fertiles plaines sont les sources d'une richesse bien plus solide et alimentent l'industrie agricole, l'élève des bœufs pour sa consommation et l'approvisionnement de la capitale de l'empire.
POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS
Cette province est comprise entre le 13° 55' et le 23° 0' de latitude méridionale, et entre le 3° 33' de longitude orientale et le 7° 48' de longitude occidentale.
Sa plus grande étendue du nord au sud est de 1200 kilom. depuis la rive droite du Caninhanha jusqu'à Borda da Matta, sa limite méridionale avec Sâo-Paulo; et 1500 kilom. de l'est à l'ouest, depuis Santa- Clara, sur la rivière Mucury, jusqu'au confluent du Varanahyba avec le Rio -Grande ou Paranà. Sa surface est de 887,000 kilom. carrés.
BORNES
La province de Minas-Geraes est bornée au nord par celle de Bahia, au sud par celles de Sào-Paulo et Rio de Janeiro, à l'est par celles de Bahia, Espirito-Santo et Rio de Janeiro, et à l'ouest par celles de Sào-Paulo, Goyaz et Matto-Grosso.
Ses limites, bien que contestées par quelques provinces voisines, sont les suivantes, d'après V Atlas de V empire du Brésil de M. le sénateur Candido Mendes de Almeida:
«Sa frontière septentrionale est indiquée par le thalweg des rivières Caninhanha, Verde-Grande, Verdc-Pcaucno, la chaîne das Aimas, le mont Crundiûba, le Vallo-Fundo, une ligne droite jusqu'au confluent du Rio do Mosqxiito, avec le Pardo, et une autre tirée de ce point jusqu'à Sâo-Sebastiào do Salto- Grande sur la fleuve Jequitinhonha.
«La frontière méridionale est comprise entre le mont do Lopo et la rive droite du Bio-Canôas au point de jonction avec
la petite rivière Onça, et forme une ligne irrégulière qui passe par les points suivants: Extrema, Sâo-Josê de Toledo, Espirito- Santo, Morro-Pelado, Borda da Matta, Morro do Bahû, Montes' Alegres, Barra de Sào-Matheus, ruisseau das Arias, mont de Carvalhaes, Sellado et Palmtiras.
«La frontière occidentale est indiquée par la ligne suivante : à Sâo-Paulo, le thalweg du Bio-Grande jusqu'au confluent du Paranahyba, l'arête de Mantiqueira jusqu'au Morro do Lopo par une ligne interrompue; à Rio de Janeiro, le thalweg des rivières Preto, Parahybnna et Parahyba jusqu'à l'embouchure du Pirapitinga, et par ce dernier jusqu'à la chaîne Santo- Antonio, et de là jusqu'à l'embouchure dans le Pomba de la rivière du même nom, remonte le cours de celle-ci jusqu'à sa source et de là suit une ligne droite jusqu'à la chûte du Fundâo ou Poço-Fnndo dans la rivière Muriahé, longe ensuite les chaînes Gaviâo et Batatal jusqu'à la rivière Carangôh, à le chûte dos Tombos, et de là, elle se dirige vers le nord jusqu'à la rive droite de Yltabapoana à l'embouchure de la rivière Onça; dans la province d'Espirito-Santo, elle suit le thalweg du Bio-Prcto, affluent de l'Itabapoana, le ruisseau Jequitibâ, le ruisseau José-Pedro, l'arête du Guandû et les chaînes do Souza, dos Aymorés ou das Esmeraîdas jusqu'à la chûte de Santa- Clara et de là jusqu'à Sûo-SebastiCio do Salto- Grande sur le Jequitinhonha.
«La frontière occidentale suit les rivières Canôas, Paranahyba, le ruisseau Jacaré, remonte celui-ci jusqu'aux chaînes Andrequicê, Piîôes, Tiririca, Araras et Paranan jusqu'au célèbre Vâo, et suit le cours du Câninhanha.»
CLIMAT
La grande élévation de presque toute la province au-dessus du niveau de la mer lui donne un climat très-doux et sain ; ce n'est que dans les terrains bas, près des grands cours d'eau que les fortes chaleurs se font sentir, et en quelques localités leurs rives sont moins saines et sujettes à des fièvres intermittentes à une certaine époque de l'année. Les saisons se réduisent à l'été et l'hiver, ou saison pluvieuse et saison sèche.
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En hiver, la température baisse quelquefois d'une manière considérable, et la gélée tombe dans les hautes vallées. «En été, dit M. Henri Gerber, la température arrive à un degré plus élevé et atteint son apogée pendant le Veranico, court été sans pluies et comparable aux jours caniculaires de l'Europe. »
ASPECT PHYSIQUE
La province de Minas-Geraes est la reine des montagnes et, en cette qualité, elle préside au système orographique générai de l'empire; d'immenses chaînes de montagnes la traversent ou s'étendent en diverses directions: la cordillière do Espinhaço lui donne des vallées escarpées, celle das Vertentes, par ses ramifications et par sa moindre élévation, forme de grands plateaux, dont quelques-uns fort étendus. De nombreux cours d'eau, plus ou moins puissants, traversent la province et en fertilisent les vallées et les plaines immenses.
Avec une excellente et savante méthode, M. Henri Gerber dans son travail intitulé: «Notions géographiques et administratives de la province de Minas-Geraes » a tellement bien élucidé cette question que nous ne pouvons mieux faire que de le suivre.
La cordillière do Espinhaço traverse la province et, avec ses rameaux, sépare le bassin du Bio-Grande ou Parand du côté occidental, de ceux du Sâo-Francisco et des autres cours d'eau qui se dirigent vers l'orient; elle bifurque à la chaîne do Mar de Sâo-Paulo et s'étend vers le N.-E. jusqu'aux hauteurs de Barbacena sous le nom générique de Mantiqueira; de là, elle suit presque exactement vers le nord jusqu'à la ville de Diamantina, reprend encore la direction N.-E. et entre dans la province de Bahia près du bourg de Rio-Pardo. La hauteur moyenne de cette cordillière n'est pas de beaucoup plus de 1000 mètres au-dessus du niveau de l'Atlantique. Son rameau principal est la chaîne qui, reliée au point nommé Alto das Taipas, à quelques lieues au nord d Barbacena, parcourt la
Macedo, Brésil. 29
province avec une direction peu régulière, mais en général de l'est à l'ouest, et divise les eaux du fleuve Sâo-Francisco de celles du Bio-Grande; ce rameau porte différentes dénominations, entr'autres Espigâo-Mcstrc, Vertentes, qui lui convient le mieux, parce que cette chaîne, se prolongeant jusqu'à Goyaz et Matto-Grosso , forme la vraie limite des grands bassins du Paraguay et du Paranâ au sud, du Sâo-Francisco et de Y Amazone au nord.
Chacun de ces deux troncs du système orographique de la province de Minas-Geraes se compose de plusieurs groupes et ramifications de chaînes que M. Gerber étudie avec un développement supérieur aux proportions de ce livre.
Mentionnons au moins ces groupes:
Système de la chaîne do Espinhaço: Il comprend quatre groupes: 1° groupe de la chaîne de Mantiqueira; 2° de la chaîne d'Itacolumi; 3° de Serro-Frio; 4° de la chaîne d'Jtacambira.
Système de la chaîne das Vertentes vers les fleuves Sào- Francisco et Grande: Il comprend quatre groupes: 1er groupe de la chaîne das Vertentes proprement dite avec diverses dénominations locales; 2° de la chaîne da Canastra; 3° de la chaîne da Matta da Corda; 4° de la chaîne dos Pirineus, qui d'ailleurs vient de Goyaz.
Chacun de ces huit groupes des deux principales chaînes de montagnes se compose de ramifications et de chaînes secondaires qui se trouvent dans l'orbite de la dominante; elles se comptent par dizaines.
L'étude de M. Gerber est encore très-utile et fort développée dans la partie qui traite des différents cours d'eau de la province. Nous lui ferons encore de nombreux emprunts.
HYDROGRAPHIE
Dans son excellent travail, M. Gerber, aussi heureux dans l'étude hydrographique que dans l'orographique , indique les bassins des nombreux cours d'eau qui découpent la province de Minas-Geraes; il en compte neuf, dont les principaux, ceux du
Bio-Grande , du Sâo-Francisco , du Jequitinhonha et du J?io- Doce, ont déjà été rapidement considérés dans la première Partie de ce livre.
Enumérons seulement les autres:
Bassin du Rio-Pardo: Il prend sa source dans la chaîne das Aimas (du 4e groupe do Espinhaço), coule de l'ouest à Test et après avoir reçu des rivières peu importantes comme le Preto, VAgtia-Fria, le Sào-Joào et le Mosquito sur un cours de 400 kilom. quitte la province, parcourt dans la province de Bahia une distance semblable et se jette dans l'Océan vis-à-vis de Canavieiras.
Bassin du Mucury: Il a depuis sa source jusqu'à la chute de Santa-Clara, où il sort de la province, un cours tout au plus de 330 kilom., et reçoit sur la gauche la rivière das Americanas, sur la droite le Todos os Santos et YUrucn, et encore sur la gauche le Pampam.
Les autres bassins qui sont ceux du Sâo-Matheus de Vltahapoana et du Parahyba appartiennent de droit aux provinces d'Espirito-Santo et de Rio de Janeiro, dans lesquelles ils ont déjà été considérés.
D'après les informations de M. Gerber, la distribution de la surface de la province de Minas-Geraes entre les différents bassins hydrographiques est la suivante:
Le Bassin du Sào-Francisco comprend 390,000 kilom carrés.
Rio-Grande Parahyba Itabapoana Rio-Doce Sào-Matheus Mucury
» de différents cours d'eaux qui se jettent dans l'Océan entre Porto- Seguro et Porto-Alegre (dans la province de Bahia)
Celui du Jequitinhonha
» du Rio-Pardo Surface de la province
PRODUCTIONS NATURELLES
Saint-Hilaire, juge savant et impartial, sur la nature et les ressources de la province de Minas-Geraes , a écrit la phrase suivante: S'il existe un pays qui puisse jamais se passer du reste du monde, ce sera certainement la province de Minas.
Un Allemand illustre, M. Gerber, partageant l'opinion du juste et expansif Saint-Hilaire, ajoute: Ce serait sans doute répéter la vérité la mieux reconnue que de parler de la richesse et de la fécondité dont la Providence a doué cet heureux sol de Minas, dans le sein duquel, ainsi que dans ses forêts et dans ses plaines immenses, dorment des capitaux incalculables qui n'attendent que le travail et l'intelligence pour le bien et l'avantage de la société.
Après ces appréciations si autorisées de deux illustres étrangers , l'humble écrivain brésilien peut bien se borner à l'exposition la plus succinte.
Bègne minéral: Presque tout le territoire de Minas-Geraes est un dépôt immense de toute sorte de minéraux, surtout d'or et de pierres précieuses, mais principalement de formations métamorphiques dont la richesse minérale a déjà été considérée au chap. IX de la première Partie; il est donc inutile de répéter ce qui a déjà été dit. Us nous suffira d'ajouter qu'en productions minérales, aucun pays du monde et même aucune province du Brésil ne peut rivaliser avec Minas-Geraes.
Bègne végétal: M. Gerber distingue à Minas-Geraes trois zones de végétation: la zone do mato (des forêts), la zone dos campos (des plaines) et la zone alpine; il ajoute que ce serait plus que hardi que de chercher à classer et à énumérer tous les végétaux qui appartiennent à chacune de ces zones. La cordillière do Espinhaço forme généralement la limite entre la région do mato qui s'étend au sud et à l'est, et celle dos cam- 2)os qui se prolonge vers le nord. La troisième région qui est comparable à Valpine de l'Europe occupe les hauteurs des montagnes au-dessus de 1100 mètres. Le mato comprend une surface d'environ 267,000 kilom. carrés , et la région dos campos avec la zone alpine environ 620,000 kilom. carrés. C'est dans
les terres basses des grands cours d'eau que les forêts sout le plus luxuriantes et majestueuses. Ayres Cazal et d'autres y indiquent l'existence de nombreux végétaux employés en médecine, tels que: l'ipécacuanha, le calumbé, le réglisse, le jalap, une espèce de nard etc.; les arbres qui produisent la gomme eopale, Yangico, le mastic, le benjoin et d'autres. Le copahu y abonde. On y rencontre beaucoup de fruits excellents et d'innombrables plantes grimpantes et parasites aux plus belles fleurs; les bromélies et les orchidées avec leurs magnifiques bouquets y sont innombrables.
Tous les naturalistes qui ont visité cette province ont témoigné leur admiration en présence de la richesse du règne végétal. Parmi les principaux bois de construction, on doit mentionner Vipê, le braûna, les divers jacarandâs, le sapucaïa, les cannelliers noirs et gris, le peroba, le cèdre, le laurier, le massaranduba , le licurana, le sassafras, etc.
La zone dos campos est d'une végétation plus modeste et, à l'exception dos capbes (petits bois) et des arbres isolés qui se rencontrent en assez grand nombre, le sol est couvert de graminées.
La zone alpine présente une végétation bien plus pauvre que celle dos campos, d'après M. Gerber.
Ayres Cazal, en écrivant sur cette matière sans la précision et la science du savant Allemand, indique cependant quelques autres végétaux d'une grande utilité.
Eègnc animal. Le savant ingénieur allemand , déjà plusieurs fois cité dans l'étude de cette province, dit que la faune de cette province est encore plus admirable que sa flore; malgré tout, elle est à peu près celle des provinces voisines.
AGRICULTURE, INDUSTRIE ET COMMERCE
La culture du café, du coton, du tabac, de la canne à sucre prospère dans la province; celle du maïs est remarquable par sa consommation extraordinaire ; ce grain sert à la nourriture des animaux et, réduit en farine, à celle de l'homme; les haricots, le riz, le manioc, les patates, les pommes de terre,
les légumes, les fruits indigènes et exotiques sont d'un rapport considérable et servent peu pour l'exportation; on y cultive également le blé, le seigle, l'indigo et la vigne, mais sur une petite échelle.
Les principales industries, outre l'agriculture, sont les suivantes: exploitation de mines, élève de bestiaux et tissus de coton. Pour l'industrie textile, Minas-Geraes est supérieure à Rio de Janeiro et Bahia quant au mérite des produits de ses fabriques: ses nappes, ses couvre-pieds, ses couvertures pour chevaux, ses tissus pour pantalons, à l'imitation du cachemire, n'ont de rivaux ni au Brésil ni dans les tissus de coton des fabriques d'Europe ou des Etats-Unis de l'Amérique du Nord. Quant à l'élève des bestiaux, il y a celle de l'espèce bovine dont l'exportation annuelle est de plus de 80,000 têtes; de l'espèce porcine dont l'exportation annuelle est de 80 à 100,000 têtes; on calcule que la province en élève au moins quatre millions par an et que l'exportation de lard est de près de 300,000 arrobas (4,400,000 kilogr.); celle de l'espèce ovine est moins considérable , on en exporte pourtant environ 20,000 têtes par an. Ces produits sont exportés à Rio de Janeiro. On y élève encore, bien que sur une plus petite échelle, des chevaux, des mulets et des chèvres. A l'industrie de l'élève du bétail se rattachent la fabrication d'excellents fromages, important produit d'exportation, et la préparation des cuirs qui sont recherchés. Nous passerons sous silence d'autres industries plus modestes, telles que: la fabrication des confitures, l'élève des volailles, l'agriculture etc.
En sa qualité de province centrale, Minas-Geraes dépend de ses voisines maritimes pour le commerce d'exportation; dernièrement, elle a cherché a obtenir un débouché direct pour quelques-uns de ses municipes par le Mucury, entre les provinces d'Espirito-Santo et de Bahia, mais jusqu'à présent la réussite n'a pas été aussi complète qu'on l'espérait. Elle exporte une très-petite partie de ses produits par Sâo-Paulo et Bahia, mais ses principaux marchés sont Sâo-Fidelis et Carapos dans la province de Rio de Janeiro par le bassin du Parahyba, et la capitale de l'empire par quatre grandes routes dont l'impor-
tance a plus ou moins diminué par la puissante influence du chemin de fer de Pedro II. Ces circonstances mettent au second plan le commerce de Minas-Geraes qui n'a pas dans la province un seul marché digne de sa richesse et de son développement, attendu que la grande masse de sa production agricole et industrielle est directement expédiée à Rio de Janeiro.
Pour former une idée approximative des relations commerciales de la province de Minas, il suffira de rappeler qu'en 1868 le nombre de ses établissements d'agriculture et d'élève de bestiaux était de plus de 20,000, sans compter les manufactures d'industrie textile et d'autres établissements moins importants.
STATISTIQUE
Population: 1,500,000 habitants dont 1,200,000 libres et 300,000 esclaves.
Représentation nationale et provinciale: 10 sénateurs et 20 députés à l'assemblée générale, et 40 à la provinciale.
La province est divisée en 7 districts électoraux avec 2987 électeurs et 161,596 citoyens qualifiés votants.
Force publique. Garde nationale: 36 commandements supérieurs, 105 bataillons d'infanterie , 19 escadrons et 3 corps de cavalerie en service actif; 12 bataillons et 31 sections de bataillon de réserve; avec un effectif de 71,929 gardes-nationaux de la force active et 13,946 de la réserve; total 85,875.
Corps policial: 555 hommes (état effectif).
Instruction primaire et secondaire. Primaire publique: 484 écoles dont 399 avec 10,424 élèves pour le sexe masculin, et 85 pour le sexe féminin avec 1778 élèves; particulière: 117 écoles dont 78 avec 853 élèves pour le sexe masculin, et 39 pour le sexe féminin avec 580 élèves. Secondaire publique : 51 établissements pour le sexe masculin avec 314 élèves.
On n'a pas d'informations précises sur les établissements particuliers d'instruction secondaire qui, sans aucun doute, sont assez nombreux dans la province de Minas-Geraes.
Cette province était autrefois renommée pour l'étude sévère et appliquée de la langue latine, bien mieux cultivée qu'elle ne
l'est aujourd'hui, de môme que pour l'enseignement de la musique; elle a fourni à la capitale de l'empire des chanteurs et des instrumentistes qui se sont fait une grande réputation.
Division civile, judiciaire et ecclésiastique: La province de Minas-Geraes se divise et de subdivise en comarcas (districts), municipes et paroisses ainsit qu'il suit:
Municipes.