DES GENRES SECONDAIRES ET MIXTES
l» Podsic lyrique : ëlégie , sonnet , rondeau , Iriolet , ballade , lai , virelai , vilanelle. '2° Poésie épique : poëmc héroïque , Iiéroï-comique , épopée badine, épopée burlesque, conle; poëme pastoral ou bucolique, idylle, églogue. 3° Poésie dramatique : opéra, opéra-comique, ballet, drame, mélodrame, vaudeville, farce, parodie. 4° Poésie didactique : inscription, épigramme , épilaphe , madrigal, épithalarae, énigme, charade , logogriphe.
Aux quatre grands genres de poésie se rattachent plusieurs genres secondaires et mixtes, sur lesquels il est utile de jeter un coup d'œil.
La poésie lyrique comprend dans son domaine un certain nombre de poèmes qui n'ont, en général , qu une médiocre étendue , et auxquels on donne communément le nom de poésies légères ou fugitives. Ce sont ;
1° Vélégie, que Boileau caractérise ainsi :
La plaintive Elégie, en longs habits de deuil, Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil. Elle peint des amants la joie et la tristesse, Flatte, menace, irrite, apaise une maîtresse. Mais pour bien exprimer ces caprices heureux. C'est peu d'être poëte, il faut être amoureux. Il faut que le cœur seul parle dans l'Elégie.
2" Le sonnet, si vanté par Boileau, et déchu maintenant du rang exagéré où le plaçait le dix-septième siècle , est un petit poëme composé de quatorze vers partagés en deux quatrains et un sixain, qui se divise lui-même en deux tercets. Pour mieux faire comprendre la forme du sonnet , en voici un composé par un poëte moderne sur une horloge à musique :
Une horloge parfois, timbre gai, soucieux, Interprèle du temps, ou qui rit ou qui pleure,
NOTIONS DE LITTÉUATURE. 45
Benfcrmc un instnimcnf que son ai^jiiillc oniouro, Et dont la brnit soudain semble venir des cieux;
Et ce doux instrument, cliant vague et gracieux, Invisible, secret au fond de sa demeure, Sous un doigt inconnu nous redit, à chaque heure Qui rappelle la vie , un air délicieux.
iV'est-cc pas là le cœur caché dans le poëte,
Organisation agitée, inquiète,
Qu'un sublime horloger ne créa pas en vain?
A chaque émotion, à chaque circonstance,
Que lui compte le temps, lui marque l'existence,
Son cœur mystérieux exhale un son divin.
3** Le rondeau , dont le caractère est la naïveté gauloise , se recommande par une simplicité ingénieuse. Il se compose de treize vers et d'un refrain. En voici un modèle. 11 est de Chapelle, poëte paresseux et buveur, ami de La Fontaine, de Molière, de Boileau et de Racine.
A la fontaine oii l'on puise cette eau,
J'ai fait rimer et Racine et Roileau;
Je ne bois point, ou bien je ne bois guère;
Dans un besoin si j'en avais affaire.
J'en boirais moins que ne fait un moineau»
Je tirerai pourtant de mon cerveau Plus aisément, s'il le faut, un rondeau, Que je n'avale wn verre plein d'eau claire A la fontaine.
De ces rondeaux un livre tout nouveau A bien des gens n'a pas eu l'heur de plaire; Mais quant à moi j'en trouve tout fort beau : Papier, dorure, images, caractère.
Hormis les vers, qu'il fallait laisser faire A La Fontaine.
4° Le triolet, espèce de rondeau , ainsi nommé parce qu'on y redit frais fois le premier vcrs^
5° La ballade se compose de trois strophes de huit vers en général, suivies d'un envoi de quatre vers. Boileau a dit de ce poëme :
La ballade, asservie à ses vieilles maximes, Souvent doit tout son histre au caprice des rimes.
6** Le lai est une sorte de chant phiinfif en vers de
cinq syllabes , coupés de deux en deux p;jr un vers de
deux syllabes.
La grandeur humaine Est une ombre vaine.
Qui fuit :
Une âme mondaine A perte d'haleine
La suit.
7" Le virelai est plus étendu que le lai.
8* La vilanelle est une chanson de bergers.
La poésie épique a dans sa dépendance plusieurs poëmes secondaires , que nous allons énuniércr.
1" Le poëme héroïque est une sorte d'épopée historique sans mélange de fictions , comme la Pharsale de Lucain , où sont racontées les diverses phases de la lutte entre César et Pompée.
2° Le poëme héroï-comique donne à des événements et à des personnages vulgaires l'importance qu'ils ont dans l'épopée. Mélange de sérieux et de plaisant , ce poëme emprunte à l'épopée les mouvements et les ressorts de l'action et des caractères , et à la comédie sa gaieté, sa malice, ses traits satiriques et mordants. Le Lutrin de Boileau et le Vert-vert de Gresset sont les chefs-d'œuvre du genre.
3° Vépopée badine a la variété pour caractère dominant : l'auteur, suivant le vol et le caprice d'une ima-
gination inépuisable, y prend tous les tons et aborde tous les sujets. Le modèle de Tcpopce badine est le Uoland furieux de l'Arioste, où la comédie, la satire, la passion , la noblesse et l'élégance se succèdent sans effort sous la plume du poëte.
4" V épopée burlesque est un jeu d'esprit, d'un goût équivoque , qui consiste à travestir les mœurs et le langage des personnages héroïques pour les faire descendre au niveau de la populace. Scarron doit sa réputation à ce genre de parodie , mais les vers de Boileau en ont détourné les imitateurs du Virgile travesti.
Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse :
Le slyle le moins noble a pourtant sa noblesse.
Au mépris du bon sens , le burlesque effronté
Trompa les yeux d'abord , plut par sa nouveauté :
On ne vit plus en vers que pointes triviales;
Le Parnasse parla le langage des halles :
La licence à rimer alors n'eut plus de frein;
Apollon travesti devint un Tabarin.
Cette contagion infecta les provinces,
Du clerc et du bourgeois passa jusques aux princes;
Le plus mauvais plaisant eut ses approbateurs ,
Et jusqu'à d'Assoucy tout trouva des lecteurs.
Mais de ce stylo cnlin la cour désabusée
Dédaigna de ces vers l'extravagance aisée.
Distingua le naïf du plat et du bouffon,
Et laissa la province admirer le Tifphon.
Que ce style jamais ne souille votre ouvrage.
Imitez de Marot l'élégant badinage,
Et laissez le burlesque aux plaisants du pont \feuf.
5° Le conte en vers tient le milieu entre l'épopée badine et l'apologue. Nous n'en pouvons donner une meilleure idée qu'en nommant le Meunier sans souci d'Andrieux.
0° hc poème pastoral ou bucolique, qui participe à la
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fois (lu po('me épique el du poënic didacliquo, doiil il est comme un décor, et du poëme dramatique, auquel il emprunte Faction et le dialogue, offre une peinture embellie des mœurs de la campagne, destinée à inspirer aux habitants des villes le goût de la simplicité rustique.
On distingue deux genres particuliers de poésie pastorale, V idylle et Xéglogue.
L'idylle, ou. pe lit tableau, met sur la scène des bergers et des pêcheurs qui se racontent leurs joies et leurs peines : elle peint aussi les mœurs et les sentiments des habitants de la ville.
L'égloguc, ou pièce choisie, peint également la vie et
les mœurs des laboureurs et des bergers. Voici comment
Boileau caractérise ces deux poèmes :
Telle qu'une bergère, au plus beau jour de fèlc,
De superbes rubis ne charge point sa tète,
Et, sans mêler à l'or l'éclat des diamants.
Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornements;
Telle, aimable en son air, mais humble dans son style,
Doit éclater sans pompe une élégante idylle.
Son tour simple et naïf n'a rien de fastueux
Et n'aime point l'orgueil d'un vers présomptueux.
Il faut que sa douceur flatte, chatouille, éveille,
Et jamais de grands mots n'épouvante l'oreille.
Mais souvent dans ce style un rimeur aux abois
Jette là de dépit la flûte et le hautbois;
Et follement pompeux, dans sa verve indiscrète,
Au milieu d'une églogue entonne la trompette.
De peur de l'écouter, Pan fuit dans les roseaux,
Et les Nymphes d'effroi se cachent sous les eaux.
Au contraire cet autre, abject en son langage,
Fait parler les bergers comme on parle au village;
Ses vers plais et grossiers, dépouillés d'agrément,
Toujours baisent la terre et rampent tristement.
Entre ces deux excès la route est difficile :
Suivez pour la trouver Théocrite et Virtjile.
KOTIONS DE LITTERATURE. 40
La poésie dnuiialiquc, outre les deux grandes divisions que nous avons signalées, tragédie et comédie, comprend quelques genres mixtes, dont voici les principaux :
1° Vopéra ou tragédie lyrique est un drame fait pour être chanté. Cette composition rentre donc à la fois dans les conditions de la tragédie et de la poésie lyrique.
2" V opéra-comique est une comédie d'intrigue , dont la musique est coupée par un dialogue parlé , et non par un récitatif déclamé conmie dans Topera.
3° Le ballet est une pièce mêlée de danses.
4" Le drame, pris dans un sens spécial, est une tragédie bourgeoise , dont les personnages sont empruntés à la vie commune et aux classes inférieures de la société.
5** Le mélodrame est un drame mêlé de musique.
6" Le vaudeville est une sorte d'opéra-comique, dont la partie musicale est calquée sur des airs connus.
7° La farce est une pièce burlesque et bouffonne.
8° La parodie est l'imitation risible d'un ouvrage sérieux .
A la poésie didactique on peut rattacher plusieurs genres qui se rapprochent également de la poésie lyrique, gnomique et élégiaque.
1° V inscription se compose d'un ou plusieurs vers gravés sur un monument, au pied d'une statue, au bas d'un portrait, pour en consacrer le souvenir ou pour en déterminer le caractère. En voici une que Fontenelle écrivit sur une estampe qui représentait des patineurs :
Sur ce mince cristal l'hiver conduit leurs pas,
Le précipice est sous la glace :
Telle est de nos plaisirs la légère surface;
(jlissez, mortels, n'appuyez pas.
2'' Vépigramme, d'un mot grec qui veut dire inscription, ajoute à l'idée que ce mot exprime celle d'un tour spirituel et piquant , d'une nuance touchante et gracieuse, et parfois d'un ton sévère et expressif.
Voici une épigramme dans chacun de ces trois genres.
La première est de Jean-Baptiste Rousseau.
Ce monde-ci n'est qu'une œuvre comi([ue
Où chacun fait ses rôles différents.
Là, sur la scène, en habit dramatique,
Brillent prélats , ministres, conquérants;
Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs,
Troupe futile et des grands rebutée ,
Par nous d'eu bas la pièce est écoutée,
Mais nous payons, utiles spectateurs.
Et, quand la pièce est mal représentée,
Pour notre argent nous sifflons les acteurs.
La seconde est d'Écouchard Lebrun.
Un malheureux au monde n'avait rien , Hors un barbet, compagnon de misère, Et qui mangeait le rien du pauvre hère; Quelqu'un lui dit : « Que fais-tu de ce chien, Toi qui n'as pas même le nécessaire?
• Plus à propos serait de t'en défaire. » Le malheureux à ce mot soupira :
ft Si ne l'ai plus, dit-il, qui m'aimera? t
La dernière est de Clément Marot.
Lorsque Maillart, juge d'enfer, menait
A Montfaucon Samblançay l'ame rendre,
A votre avis, lequel des deux tenait
Meilleur maintien? Pour vous le faire entendre,
Maillart semblait homme que mort va prendre;
Et Samblançay fut si ferme vieillard
Que l'on croyait pour vrai qu'il menât pendre
A Montfaucon le lieutenant Maillart.
3* Véjntaphe est une inscription tuniulaire. Celle de
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Scairon , qui souffrit toute sa vie (rinûrmilés précoces , a quelque chose de touchant :
Cehii qui ci raainlenant dort Fit plus tic pitié que d'envie, Et souffrit mille fois la mort Avant que de perdre la vie.
Passant, ne fais ici de bruit, Prends bien garde qu'on ne l'éveille, Car voici la première nuit Que le pauvre Scarron sommeille.
4° Le madrigal csi un compliment en vers. Boileau a dit de ce petit poëme :
Le madrigal, plus simple et plus noble en son tour, Respire la douceur, la tendresse et l'amour.
On cite souvent ce madrigal de Desmarets sur une violette offerte à mademoiselle de Rambouillet :
Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour, Francbe d'ambition, je me cache sous l'herbe, Mais si sur votre front je puis me voir un jour, La plus humble des fleurs sera la plus superbe.
5* \j' épithalame est une pièce de vers adressée à de jeunes époux.
G" liénigme propose au lecteur la description d'un objet en termes vagues et obscurs, dont il faut pénétrer l'enveloppe pour arriver au sens réel.
7° La charade est une énigme en trois parties , dont il faut deviner le premier, le second et le tout, c'est-àdire chaque syllabe et en dernier lieu l'ensemble du mot qui la compose.
8" Le logogriphe décompose un mot en diverses partics qu'il faut analyser en en retranchant successivement une ou plusieurs lettres.