ET DE LA POÉSIE GNOMIQUE OU .SENTENCIEUSE
La poésie didactique, d'un mot grec qui signifie enseigner, peut se définir la vérité mise en vers : elle est le fruit de l'expérience et de la réflexion, double élément dont se compose la sagesse.
Le poëme didactique se propose d'instruire , de formuler en vers les lois de la raison, de la pensée, du bonlieur, de donner des préceptes théoriques ou pratiques, soit pour les sciences,, soit pour les arts, de tracer des règles de morale et de conduite ; en un mot, d'exposer et de rendre aimable la vérité.
V ordre, la méthode et la clarté sont la condition première du poëme didactique,
NOTIONS DE LITTÉHATUUE. 41
L^ordrc est la suite logique , rcnchaîneiiient analytique des idées.
La nicthodc est la bonne disposition , la juste répartition des divers éléments qui constituent un ensemble.
La clarté est la lumière des mots répandue sur la lumière des idées. Vauvenargues l'appelle le vernis des maîtres.
Boileau fait comprendre dans les vers suivants toute
la valeur de ces trois qualités indispensables cà tout
poëmc didactique :
Si le sens de vos vers larde à se faire entendre , »
]\Ion esprit anssitôt commence à se détendre,
Et, de vos vains discours prompt à se détacher,
Ne suit point un auteur qu'il faut toujours chercher.
Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées;
Le jour de la raison ne les saurait percer.
Avant donc que d'écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure.
L'expression la suit, ou moins nette ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Le poëme didactique , comme le poëme épique , se divise en morceaux d'une certaine étendue, auxquels on donne le nom de chants.
Il admet aussi les épisodes, destinés à répandre de la variété sur le sujet et à en bannir la froideur.
Les Géorgiques de Virgile , le ])oëme de la Bclifjion de L. Hacine, cl V Homme des champs de Delille sont d'excellenis modèles de poëme didactique.
On rallaclie à la poésie didactique le poëme descriptif, la satire , VépUre, V apologue et la poésie gnomique ou sentencieuse,
42 COURS LITTI'RAIBE.
Le poëme descriptif, que son nom caractérise suffisamment , n'offre pas une suite aussi continue que le poëme didactique. Cependant il ne s'égare pas , sans idée, sans plan et sans but moral, dans les détails minutieux et fatigants de descriptions détachées. Les Saisons de Saint-Lambert , les Mois de Roucher et les Trois règnes de Delillc offrent un enchaînement de faits exposés avec méthode et dans un style qui ne manque point d'agrément.
La satire est un discours en vers , qui attaque directement les vices des hommes ou les défauts de leurs ouvrages. Elle a tout à la fois un caractère moral et littéraire, dont Boileau nous a donné le double modèle. Il dit lui-même de ce poëme qu'il connaissait si bien :
La satire, en leçons, en nouveautés fertile.
Sait seule assaisonner le plaisant et l'utile,
Et d'un vers, qu'elle épure aux rayons du bon sens,
Détromper les esprits des erreurs de leur temps ;
FJle seule, bravant l'orgueil et l'injusHce,
Va jusque sous le dais faire pâlir le vice;
Et souvent, sans rien craindre, à l'aide d'un bon mot,
Va venger la raison des attentats d'un sot.
C'est ainsi que Lucile , appuyé de Lélie ,
Fit justice en son temps des Cotins d'Italie,
Et qu'Horace, jetant le sel à plaines mains.
Se jouait aux dépens des Pelletiers romains.
C'est elle qui, m'ouvrant le chemin qu'il faut suivre,
M'inspira, dès quinze ans, la haine d'un sot livre,
Et sur ce mont fameux , oiî j'osai la chercher,
Fortifia mes pas et m'apprit à marcher.
Tous les tons conviennent à la satire , depuis le tour A enjoué et la plaisanterie délicate jusqu'aux sorties vigoureuses et aux attaques mordantes de la raison indignée.
Vépître en r^rs traite, comme la lettre en prose, une grande variété de sujets. Tantôt familière et simple, tantôt grave et élégante, elle donne un tour poétique aux objets sur lesquels roulent d'ordinaire les entretiens des hommes d'esprit , de bon sens et de goût.
Vapologue ou fable est un récit ou un petit drame allégorique, dont les acteurs sont ordinairement des animaux auxquels on attribue les passions et les travers des hommes. La Fontaine définit l'apologue :
Une ample comédie à cent actes divers Et dont la scène est l'univers.
Et ailleurs :
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.
On voit par là que l'apologue , qui appartient par son but à la poésie didactique , se rattache au genre épique et au genre dramatique. Il suit donc les règles propres à chacun de ces trois genres.
La lecture et l'analyse des fables de La Fontaine feront comprendre , mieux que toutes les théories , l'excellence de l'apologue et l'influence qu'il peut avoir sur la conduite et sur le goût littéraire des jeunes gens quiTétudient et qui s'en meublent l'esprit.
La poésie gnomique, d'un mot grec qui veut dire sentencieuse, consiste en sentences, en maximes, en règles de conduite et de direction religieuse ou morale, crue le poëte formule isolément pour les mieux graver dans la mémoire , ou qu'il embellit , en les étendant , au moyen d'images vives et de comparaisons pittoresques. Telle est cette maxime de Solon : « Obliger un ingrat, c'est ensemencer la mer. »>
44 couns LrniiUAiRE.
§ VI