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LETTRES DE REMERCIEMENTS

Expression d'un sentiment de gratitude, ces lettres doivent être proportionnées à la nature du service. S'il s'agit d'une grande faveur, il faut en témoigner chaudement sa reconnaissance, sans tomber toutefois dans un excès de protestations fausses et outrées; s'il s'agit d'un cadeau, d'un petit présent, d'un léger office d'ami à ami, d'égal à égal, on peut remercier avec esprit et gaieté.

ni COURS LITTÉRAIRE.

En voici une très - agréable de Boileau à son am

lîrosselte :

tt II y a huit jours, Monsieur, que j'ai reçu votre magnifique présent, et j'ai été tout ce temps-là à chercher des paroles pour vous en remercier dignement, sans en pouvoir trouver. En effet, à un homme qui fait de tels présents, ce n'est point des lettres familières et de simples compliments un peu ornés , ce sont des lettres du plus haut style qu'il faut écrire, et où les comparaisons du soleil soient prodiguées. Balzac aurait été merveilleux pour cela, si vous lui en aviez envoyé de pareils, et il aurait peut-être égalé la grosseur de vos fromages par la hauteur de ses hyperboles. Il vous aurait dit que ces fromages avaient été faits du lait de la chèvre céleste ou de celui de la vache lo; que votre jambon était un membre détaché du sanglier d'Erymanlhe : mais pour moi, qui vais un peu plus terre à terre , vous trouverez bon que je me contente de vous dire que vous vous moquez de m' envoyer tant de choses à la fois; que, si honnêtement j'avais pu les refuser, vos présents seraient retournés à Lyon; que cependant je ne laisse pas d'en avoir toute la reconnaissance que je dois, et qu'on ne peut être plus que je ûe le suis, etc. »

LETTRES d'adieu.

Nous ne connaissons rien de plus touchant en ce genre que la lettre adressée, dit-on, par la reine Marie- Antoinette à Madame Elisabeth, sa belle-sœur :

a C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois : je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse , elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente , j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes paivrjs enfants. Vous savez que je n'existais que pour eux; et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui

NOTIONS DE LITTERATUnE. 173

avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse! J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous : hélas! la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre; je ne sais pas même si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux ma bénédiction. J'cspèi'e qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer; que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur; que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a elle doit toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer; qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position qu'ils se trouvent, ils ne seront vraiment heureux que par leur union; qu'ils prennent exemple de nous. Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolation! et, dans le bonheur, on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément, qu'il ne cherche jamais à venger notre mort... Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès; mais, outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide que je n'en aurais réellement pas eu le temps,

ï Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que , dans sa bonté , il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma sœur, eu particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal

il(5 COURS LITTERAIRE.

qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis, l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant : qu'ils sachent du moins que jusqu'à mon dernier moment j'ai pensé à eux. Adieu , ma bonne et tendre sœur. Puisse cette lettre vous arriver! Pensez toujours à moi , ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours! Adieu! adieu! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. »

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