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DES QUATRE GRANDS GENRES DE POESIE

1° l'jriqne — 2° épique — 3° dramatique — 4<> didactique

ET DE leurs différents CARACTERES.

La poésie, que l'on retrouve à Torigine de toutes les sociétés et au début de toutes les littératures , semble née d'une double cause, du goût naturel que l'homme a pour l'idéal et du plaisir qu'il éprouve, quand son oreille est frappée par des sons harmonieux. Inséparable alors de la musique , elle manifeste ses élans de reconnaissance ou de respect vers l'auteur de la nature, son admiration pour le spectacle de l'univers ou ses sentiments personnels d'amour, de haine ou de mélancolie en hymnes , en cantiques , en accents inspirés ou douloureux, dont les accords des voix chorales et des instruments soutiennent la mélodie.

Plus tard, la poésie descend de ces régions pour co:!Sidércr les actions humaines, se prend d'enthou-

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siasme pour les héros qui les ont accomplies sous l'œil de la divinité tulélaire ou jalouse , se les représente enrichies des plus vives couleurs , et raconte les exploits ou redit les discours transmis par les traditions et par les légendes ou créés par l'imagination.

Examinant ensuite de plus près les sentiments et les mœurs des hommes, elle en personnifie Texpression dans des acteurs quelle fait agir et parler, et imite ainsi la vie humaine , tantôt pour inspirer la terreur ou la pitié que produit la vue des grandes passions ou des grandes douleurs , tantôt pour livrer à la risée publique et pour redresser, en les châtiant , les vices, les défauts et les travers.

Enfin, la poésie, s'adressant directement à Thomme, sans autre intermédiaire que les images , les comparaisons et les tours saisissants , dont elle anime ses idées, lui dicte des maximes, lui donne des conseils et des leçons, qui règlent sa conduite, religieuse ou morale, et dirigent ses travaux quotidiens.

Ces quatre formes distinctes de la poésie, qui ont pour caractère le chant, le récit, le drame et le précepte, constituent les genres li/ricjue, épique, dramatique et didactique , dont les autres genres ne sont que des modifications ou des dépendances.

§ II

DU GENRE LYRIQUE. DE l'oDE ET DES DIFFERENTES ESPÈCES d'odes.

La poésie lyrique, ou chantée, prend son nom de la Ijre ou de tout autre instrument à cordes , qui jadis accompagnait le chant soit isolé, soit groupé en chœurs.

Son principal caractère est Teiithousiasme , c'est-àdire une exaltation plus ou moins vive de l'esprit et de l'imagination , ou bien l'effet d'une sensibilité profondément émue. Sa forme la plus ordinaire est Xode , dont Boileau dessine 1 es principaux traits dans les vers suivants :

L'ode avec plus d'éclat et non moins d'énergie, Elevant jusqu'au ciel son vol ambitieux, Entretient dans ses vers commerce avec les dieux. Aux athlètes dans Pise elle ouvre la barrière, Chante un vainqueur poudreux au bout de la carrière, Mène Achille sanglant aux bords du Simoïs , Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis. Tantôt, comme une abeille, ardente à son ouvrage, Elle s'en va de fleurs dépouiller le rivage : Elle peint les festins , les danses et les ris.

Ainsi le domaine de l'ode est immense. Tout ce que les sentiments humains offrent de variétés et de nuances, elle en fait le sujet de ses chants. Pensées sublimes, essors passionnés, imagination brûlante, expressions tantôt graves et majestueuses, tantôt gracieuses, riantes et simples , tel est le fond de son langage enthousiaste et harmonieux.

Mais quelles que soient la hardiesse et l'originalité de ses compositions inspirées , le poëte lyrique doit unir la mesure et la raison à l'imagination et à l'enthousiasme. Boileau a dit de l'ode :

Son style impétueux souvent marche au hasard : Chez elle un beau désordre est un effet de l'art.

11 ne faut donc pas croire qu'on puisse s'y abandonner à un transport, à une fougue, qui en feraient, pour parler avec Montesquieu, une harmonieuse extravagance. La réflexion doit y régler l'imagination et le goût en prévenir les excès.

On dislingue, en général, sept espèces d'odes qui correspondent aux objets que le poëte se propose :

1° h' ode sacrée, hymne, cantique ou psaume, célèbre les louanges de la Divinité.

2" Vocle héroïque ou patriotique exalte le génie , les i^ertus et les exploits des grands hommes.

3° Vode morale ou philosophique exprime les sentiments qu'inspirent au poëte la vertu, l'amitié, l'humanité ou les vices qui leur sont opposés.

4° Vode musicale ou cantate, mélange de récitatifs et (ïaii's, est une scène ou une narration allégorique.

5" Vode dithyrambique ou dithyrambe joint à la vivacité des sentiments et à la hardiesse du ton la liberté de changer sans cesse de rhythme et de mesure. 6" Vode vive et gaie prend souvent le nom de chanson. La chanson est badine, quand elle roule sur des sujets légers et frivoles. On lui donne aussi quelquefois le nom de vaudeville: Elle est anacréontique , quand elle chante le vin, l'amour, les jeux et les plaisirs. Boileau la caractérise ainsi :

D'un trait de la satire, en bons mots si fertile, Le Français, né malin, créa le vaudeville; Agréable indiscret, qui, conduit par le chant. Passe de bouche en bouche , et s'accroît en marchant. La liberté française en ses vers se déploie : Cet enfant du plaisir veut naître dans la joie.

7° Vode sentimentale et triste s'appelle aussi romance. Elle traite d'un ton délicat et naturel quelque aventure tragique ou touchante , ou bien exprime avec mélancolie les douleurs ou les joies d'un cœur passionné.

Les odes du genre sérieux se divisent généralement en strophes et en stances, c'est-à-dire en un certain

nombre de vers à rimes plates ou croisées, après lesquels le sens est fini et complet. Le nombre des vers qui composent une stropbe ou une stance n est pas fixe, mais il ne doit pas être moindre de quatre; et communément il n y en a guère plus de dix.

Une stance de quatre vers s'appelle quatrain; de six vers, sixain ; de huit vers, huitain; de dix vers, dizain.

Une stance isolée de trois vers s'appelle tercet.

Les chansons, vaudevilles et romances se divisent en couplets, qui se terminent souvent par un refrain, ou retour périodique d'un ou plusieurs vers.

§ III

DU GENRK ÉPIQUE. DE l' ÉPOPÉE.

La poésie épique, ou narrative , se compose d'une suite de récits, groupés autour d'un fait principal et embellis d'épisodes, de fictions et d'événements merveilleux.

Sa forme littéraire est Vépopée qu'Aristote définit : la

tragédie en récit. Toutefois , l'épopée diffère du poëme

dramatique en ce que celui-ci fait agir et parler les

personnages , tandis que l'épopée raconte leurs actions

et redit leurs paroles. Boileau la caractérise ainsi :

D'un air plus grand encor la poésie épicpie,

Darit le vaste récit d'une longue action,

Se soutient paf là fabfè et rît de fiction.

Là, pour nous enchanter, tout est mis en usage,

Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage,

Chaque vertu devient une divinité :

Minerve est la prudence, et Vénus la beauté;

Ce n'est plus le vapeur qui produit le tonnerre,

C'est Jupiter armé pour effrayer la terre ;

Un orage terrible aux yeux dès matelots ,

C'est Neptune en courroux qui gourmande les (lais;

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Echo n'est plus un son qui dans l'air retentisse, C'est une nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse, ^insi, dans cet amas de nobles fictions, Le poète s'égaye en mille inventions, Orne, élève, embellit, agrandit toutes choses. Et trouve sous sa main des fleurs toujours écîoses. Qu'Enée et ses vaisseaux, par les vents écartés. Soient aux bords africains d'un orage emportés, Ce n'est qu'une aventure ordinaire et commune. Qu'un copp peu surprenant des traits de la fortune. Mais que Junon, constante en son aversion, Poursuive sur les flots les restes d'Ilion; Qu'Eolc, en sa faveur, les chassant d'Italie, Ouvre aux vents rautinés les prisons d'Eolie; Que X'eptunc en courroux, s'élevant sur la mer, D'un mot calme les flots, mette la paix dans l'air. Délivre les vaisseaux, des syrtes les arrache : C'est là ce qui surprend, frappe, saisit, attache. Sans tous ces ornements le vers tombe en langueur, La poésie est morte ou rampe sans vigueur; Le poëte n'est plus qu'un orateur timide, Qu'un froid historien d'une fable insipide.

On distingue trois choses essentielles dans le poëme épique: 1° ïaction; 2° les personnages ; 3° la conduile du poëme.

P L'action doit être une, grande, intéressante.

L'action est une, quand son étendue et son ensemble peuvent être saisis facilement d'un coup d'œil. Sous ce rapport, la bonne dimension est celle qui comprend tous les événements nécessaires ou naturels qui l'ont passer les personnages du malheur au bonheur ou du bonheur au malheur.

Homère ne s'y est point mépris. Il a renfermé son Ilutfle et son Odyssée dans le cercle d'une -seule action. Ainsi le fond de X Odyssée, comme le fait remarquer

Aristote , est peu de chose , à n'en considérer que Funité. Un homme est absent de chez lui depuis plusieurs années et poursuivi par la haine de Neptune. Il est sans compagnons. D'un autre côté, sa maison est pillée par des prétendants qui dressent des embûches à son fils. Il revient, après avoir été battu par la tempête, se fait reconnaître par quelques personnes, attaque ses ennemis et se sauve lui-même en les faisant périr. Il en est de même de \ Iliade, dont Boileau a dit :

N'offrez point un sujet d'incidents trop chargé : Le seul courroux d'Achille, avec art ménagé, Remplit abondamment une Iliade entière.

Souvent trop d'abondance apaiivrit la matière.

Ainsi la colère d'Achille, retiré dans sa tente, d'où il ne sort que pour venger la mort de Patrocle , son ami; le retour d'Ulysse dans Ithaque sa patrie et dans ses foyers, tel est le fond unique des deux grandes épopées d'Homère : le reste est rempli parles épisodes.

On appelle épisode une action subordonnée et liée à l'action principale, de telle sorte que sa suppression ne nuise point au reste du poënie.

La grandeur de l'action épique est nécessaire pour justifier l'appareil avec lequel le poëte l'expose , ainsi que l'intervention de la Divinité dans les actions humaines.

Viliade raconte les faits qui préparent la ruine de Troie : \ Enéide de Virgile est le récit de l'établissement d'Enée en Italie et la fondation des villes qui seront le berceau de Rome ; le Tasse , dans la Jérusalem délivrée, chante les chevaliers chrétiens qui ont arraché le tombeau du Christ à la profanation des Musulmans.

L'action du poëme épique est intéressante en raisoa

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même de sa grandeur et de la variété des épisodes que le poëte y introduit. Mais l'intérêt s'y accroît encore de ce qu'on nomme le merveilleux , c'est-à-dire la part que prennent à l'action les êtres surnaturels , dont la religion nous révèle l'existence.

Disons toutefois que ces fictions , pour être agréées par le jugement, doivent offrir quelque vraisemblance. Le merveilleux et le surnaturel ne sont admis que quand ils se fondent sur la religion du héros que l'on prend pour sujet, du poëte qui compose l'ouvrage et de tous ceux qui doivent le lire et en juger. Homère et Virgile ont fait leurs fictions d'après les fables , qui étaient le fond de leur religion ; et le Tasse a créé les siennes sur le fond de la religion chrétienne, qui croit à un seul Dieu, aux anges et aux démons.

2° La création ou le développement du caractère des personnages , mis en scène dans l'épopée , en est une des parties les plus importantes. Réels ou fictifs, ils doivent exprimer des sentiments naturels vrais , en conformité parfaite avec les caractères et les passions de la vie humaine.

3° La conduite du poëme épique est subordonnée à l'unité de l'action, c'est-à-dire au point fixe, autour duquel gravite le fait principal avec les épisodes qui s'y rattachent. Mais, de même que dans la nature, un corps, quel qu'il soit, se compose de parties, de même un poëme épique a un commencement, un milieu et une fin .

Le commencement ou début est l'exposition du sujet.

Le milieu s'appelle nœud de l'action. Ce nom vient de ce que les événements, préparés par une volonté supérieure à l'homme ou par les passions que le poëte

a voulu peindre, s'enlacent, se croisent et se mêlent

comme les fils d'un tissu.

La fin prend le nom de dénouement. C'est la limite extrême de l'action, la catastrophe heureuse ou malheureuse qu'a fait pressenfir le déhut.

Les divisions du poëme épique se nomment chants.

§ IV

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