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CHAPITRE I

DKS OPÉRATIONS PHARMACEUTIQUES

Lorsque le pharmacien s"est procuré les piaules ou lualières premières il doit, pour les convertir en médicaments, leur l'aire subir un certain nombre de manipulations que nous allons passer successivement en revue.

Triage et mondnlion. -— La première opération que Ton fait subir à une plante que l'on vient de récolter consiste à la débarrasser de toutes les matières étranj;ères qui la souillent et à la séparer des autres plantes avec lesquelles elle peut se trouver accidentellement mélan^-ée. Cette opération a reçu le nom de triage ou inondation. Il faut d'abord nettoyer la plante, la débarrasser de la terre et des autres souillures puis enlever les parties détériorées et séparer celles qui ne doivent l)as être conservées dans les cas ou elle n'est pas utilisée toute entière. S'agit-il par exemple de digitale, on détachera les feuilles et on les séparera de la plus grande partie de leur pétiole de manière à ne conserver que le limbe; s'agit-il d'une écorce, on enlèvera

d2 NOTIONS DE l'HAUMACIE NÉCESSAIRES AU MÉDECIN

la couche superficielle qui peut être plus ou moius détériorée ou couverte de végétaux cryplogamiques ; Les raciues et tiges souterraiues (Rhizomes) seront lavées, brossées avec soin ; on en sépare les parties cariées, puis le collet, de manière à les mettre dans l'impossibilité de germer plus tard.

Les plantes IVaiches sont ou transformées de suite en médicament ou bien conservées.

Comerualion drs plantes. — Quelques plantes sont conservées à l'état trais ; ce sont les racines de rai/ovl, de guimauve, de grenadier, les rhizomes de réglisse, et quelques bulbes. On les plonge entièrement dans du sable fin contenu dans des caisses ou tonneaux que Ton peut couvrir et que Ton conserve dans un endroit fi-ais : Il n'y a aucun avantage à conserver ainsi ces plantes ; même celles qui sont nmcilagineuses. Lorsque la dessiccation a été faite dans de bonnes conditions la plante conservée est aussi active que la plante fraîche.

La dessiccation est le seul moyen de conserveries plantes ; théoriquement une plante sèche doit représenter la plante fraîche privée de noneau de végétation. Malheureusement quelques principes volatils peuvent disparaître en même temps que l'eau et les soins que l'on doit apporter à la dessiccation ont pour objet de remédier autant que possible à cet inconvénient.

Deux modes de dessiccation sont employés : à air

libre ; à iétuoe.

Dessiccation à air libre. — C'est le meilleur, celui qui expose le moins à la déperdition des principes volatils et que l'on devra employer toutes les fois que cela sera possible.

Dessécher un^ plante c'est lui enlever toute 1 eau qu'elle renferme, sans lui faire perdre aucun autre de ses principes volatils. La dessiccation à air libre sans

DES OPÉRATIONS PHÂRMÂCEUTIQUIÎS

élévation de tempéraiare est le moyen qui convient le mieux. Malheureusement il exige un temps assez considérable pendant lequel la plante est exposée à diverses causes d'altération. Il faut donc se placer dans les conditions les meilleures pour que la dessiccation s'edectue rapidement. Tout d'abord il ne faut dessécher de cette manière que les plantes ou parties de plantes qui ne renferment que peu d'eau de végétation, c'est-à-dire les feuiUes, les fleurs el les sommités.

Le séchoir est constitué par de vastes salles ordinairement situées dans les combles, exposées au midi et pouvant être largement ventilées : elles sont garnies f/e claies, grillaqesuu ftlriss.uv lesquels on dispose, en couche mince, les plantes préalablement mondées. On peut au moyen d'ouvertures qu'on ouvre et qu'on ferme à volonté, suivant l'orientation du vent, déterminer un courant d'air qui favorise l'évaporation ; mais jamaisla lumière ne doit pénétrer directement dans le séchoir afin que la couleur des plantes ne soit pas altérée : Les plantes doivent pendant qu'elles sont au séchoir, être, l'objet d'une surveillance constante et retournées au moins chaque jour sur les claies. La rapidité de la dessiccation est assurée par le renouvellement rai)ide, le degré de sécheresse et l'élévation de température de l'air; ajoutons-y le développement et le renouvellement des surfaces.

La dessiccation des fleurs demande des précautions spéciales si l'on veut conserver leur couleur vive et leur parfum. Il faut encore prendre plus de précautions que poiii- les feuilles et les sommités et les sousiruire eniiéremeni. à C action delà lumièi'e] pour quelquesunes il faut même les enfermer dans des sacs de papier ou d'étoffe [bouillon Liane) : de plus la dessication doit être faite le plus rapidement possible, et par un temps très sec.

Dessiccation à l'cluve. — Les plantes ou parties de plantes trop aqueuses ou à tissu compact et serré ne peuvent être desséchées à air libre, il faut avoir recours àTexposition dans une étuve. L'étuve n'est autre chose qu'un séchoir dont on peut élever artificiellement la température. Le chaufïage peut être pratiqué au moyen de calorifères placés dans l'étuve môme, mais il est bien préférable de disposer à l'extérieur la source de chaleur, l'air chaud est amené dans le séchoir par des ouvertures pratiquées près du sol et s'écliappe par la partie supérieure : il s'établit ainsi un courant d'air chaud qui favorise la rapidité de l'évaporation : L'aii' chaud ainsi introduit doit être sec : Dans aucuns cas la température de l'étuve ne doit dépasser 40 degrés : car alors l'albumine végétale serait altérée et la déperdition des principes volatils serait trop accusée. L'étuve est comme les séchoirs garnie de claies ou de grillages métalliques :

Les substances que l'on desséche à l'étuve, perdant moins facilement leur humidité que celles qu'on met au séchoir, devront être convenablement divisées. Les bois seront fendus ; les racines coupées transversalement en tranches minces (rouelles) que l'on étale sur les claies ou bien que l'on enfile en chapelet et que l'on suspend au plafond. Les fruits charnus sont également coupés en morceaux; il en est de même pour les bulbes;

Conscrvnlion des médicaments. — La conservation des espèces minérales ne demande pas de précaution autre que celle de tenir a l'abri de l'humidité celles qui sont déliquescentes ; et de conserver en lieu frais et dans des vases bien bouchés celles qui sont volatiles.

La conservation des substances végétales exige un peu plus de soins : nous venons de voir comment on pouvait en conserver quelques-unes à l'étal frais pen-

DIÎS OPÉRATIONS PIIARMACEUTICUES

do

daul un certain temps. Une fois qu'elles ont été desséchées, la conservation est beaucoup ])lus facile. Elles peuvent cependant se décolorer sous Faction de la lumière (^lleurs et feuilles) subir une sorte de fermenlaliou sous rinlluence de l'humidité, se couvrir de moisissures : Les racines sont en outre sujettes à se piquer et à devenir la proie de certains insectes.

On évite ces causes d'altération en conservant les substances végétales à l'abri de la lumière de Vliumi- (lilé ei renoiivelleinent de l'a^r, on les enferme soit dans de grandes caisses eu bois, peintes et garnies à l'intérieur de papier, soit dans des bocaux, ou des boites en fer blanc.

Pour les substances exotiques on utilise la compression toutes les fois que cela est possible, c'est ainsi que les feuilles de ca/iillaire du Canada, de malico, sont comprimées à la presse hydraulique et découpées ensuite en petites briquettes.

Coticnssal/oit.. Pul cérisation . — Toutes les substances, quelle que soit leur origine, doivent être réduites eu parties plus ou moins tenues, soit pour servir à la préparation des médicaments, soit pour être aduiinistrées au malade (voir Poudres.)

La Concassa tion est le premier degré de la Pulvérisaiion;Q\[Q consiste à diviser la substance en fragments de grosseur variable mais cependant assez voluminc^ux pour pouvoir toujours être saisis avec les doigts. Les procédés que l'on emploie varient suivant la nature de la substance à diviser.

PoiD- lus piaules fraîches (huit le lissu présente une certaine souplesse, on opère la section au moyen d'un couteau ou d'un coupe -racine [racine de guintauve, rhizûme de réglisse).

Lorsqu(! le tissu est plus dur, plus résistant, on a rec(uirs à la rasion, au mo^eu ti'une râpe ; c'est ainsi

<iue l'on prépare les pulpes de pommes de terre et de

carottes (voir pulpes). , , . r -u^cN

Les plantes fraîches molles (tiges herbacées, feuilles) „ui ne peuvent être ni secl>07inées ni râpées sont contusées dans un mortier en marbre au moyen d un pilon de bois; elles sont dilacérées et réduites en pate (pulpe). On opère ainsi pour la préparation des sucs

(voir sucs). . , 1 1 1 i:

Lorsque les substances sont sèches les modes de division sont plus nombreux. Pour les substances mmemles on a recours à la concassation dans un mortier métallique ; mais on s'en tient rarement à cette première opération ; la concassation n'est que le commencement de la pulvérisation.

Pour les substances végélaks dont le tissu est sec et résistant (bois de gaïac, semences de noix voraïques, ' on a recours à la râpe ou bien au rabot (bois de quas-

sia de sassafras).

On prépare également des poudres métalliques grossières au moyen de la lime (limaille de fer de zinc).

La pulvérisation n est, en realité, qu'une concassation beaucoup plus parfaite, la matière pulvérisée doit être, en effet, divisée en particules assez fines pour ne pas pouvoir être isolées et prises à la main (impalpables). On effectue la pulvérisation au moyen d'appareils variés et dont le choix est déterminé par la nature de la substance.

Le plus fréquemment employé de ces appareils est le mortier qui est, soit en marbre, soit en porcelaine (iig. 1) soit en biscuit (fig. 2), ou soit en fer. La pulvérisation au

Fifr. t Morlier en porcelaine.

DRS OPÉRATIONS PHARMACEUTIQUES d7

moyen de ceL appareil s'effectue par contusion par Iriluralhm.

La contusion consiste à frapper en laissant tomber verticalement le pilon sur les substances placées dans le mortier.

On se sert de pilons en bois duravecles mortiers (le marbre ou de biscuit et de pilons métalliques avec les mortiers de même nature. Suivant le poids du pilon on se contente de le soulever ou, au contraire, on lui communique une certaine impulsion eu le laissant tomber. On pulvérise ainsi les sels cliimiques, et les substances végétales préalablement liien desséchées.

La trilwalion est un mode de pulvérisation qui consiste à comprimer fortement la substance entre le pilon et le mortier en même temps qu'on lui imprime un mouvement de rotation.

On applique ce procédé aux substances qui se ramollissent sous l'action de la chaleur que développe la contusion.

On pulvérise ainsi les résines et les ffonnncs-résmes.

Certaines substances ne peuvent même pas être pulvérisées directement il faut avoir recours à la pulvérisation par intermède. On les mélange avec une autre substance qui se pulvérise facilement et qu'on sépare ensuite au moyen d'un véhicule approprié. C'est ainsi que pour réduire en poudre les feuilles d'or, d'étain ou les triture avec du sucre ou du sel marin ; (juo l'on enlève ensuite i)ar un traitement à l'eau.

Les substances molles telles que la vanille, la noix muscade, les semences huileuses ne se pulvéï'iseut

bien que mélangées avec du sucre (qu'on ne sépare pas ensuile).

Certaines substances très friables sont pulvérisées par frottement, par exemple le cai'bonate de magnésie que l'on réduit en poudre en le frottant sur un tamis de crin.

On utilise la mouture pour certaines graines oléagineuses, telles que les graines de lin, de moutarde. La pulvérisation en grand est souvent effectuée au moyen d'appareils spéciaux. {meulns, moulins, cylindres, etc.)

La Porphyrisaiion est une opération qui a pour but (le pulvériser très finement des substances minérales en les broyant par trituration et compression entre un pilon à large tête plate (molette) et une plaque nommée porpliyre : Cette plaque est en marbre, en verre ou en pierre très dure, la molette est de même nature ; la porphyrisation est effectuée en mouillant les substances avec un véhicule convenablement choisi : (Eau, alcool, huile) de manière à les convertir en pâte, ce qui facilite l'opération.

La porphyrisation donne des poudres plus ténues que les autres procédés. On l'utilise particulièrement pour les substances minérales (oxydes de mercure, de zinc, etc.,) destinées à la préparation des pommades antiophtalmiques.

On obtient enfin des poudres très fines au moyen de réactions chimiques ; ces poudres sont désignées sous le nom de poudres obtenues par précipitation : \j oxyde jaune de nmxure est obtenu en précipitant une solution de bichlorure de mercure par une autre de potasse caustique. Le chlorure mercureux désigné sous le nom de précipité blanc e?,t obtenu en traitant une dissolution d'azotate mercureux par l'acide chlor hydrique.

On obtient également des corps pulvérisés par volatilisation : par exemple le chlorure mercweux; ou

calomel queV on obtienl en volatilisant le sel déjà formé et en le faisant condenser dans une enceinte assez vaste pour qu'il prenne la forme solide avant de toucher les parois. Le fer obtenu par réduction du peroxyde de fer au moyen de l'hydrogène est un autre exemple d'obtention de poudre par procédé chimique.

Tamisage. — Quel que soit le procédé adopté pour la pulvérisation il est toujours nécessaire que la poudre obtenue soit constituée par des grains de grosseur uniforme. Pour séparer les parties les moins ténues on a recours au tamisage. Cette opération consiste à faire passer la poudre à travers les mailles d'un tissu métallique ou végétal fortement tendu sur un cadre en bois. Cet instrument porte le nom de tamis lorsqu'il est découvert et de tambour lorsqu'il est muni d'un couvercle et d'un récipient destiné à recevoir la poudre tamisée. L'écartement des mailles du tamis limite la grosseur maximum des grains de poudre qui les traversent. Les tissus qui servent à confectionner les toiles des tamis sont constitués soit par des fds métalliques : [1er, fer étamé, cuim'e)^ ou par du erm, du lin^ de /a soie ; cette dernière substance donne les tissus les plus fins.

Les tamis sont désignés par des numéros qui indiquent le nombre de mailles contenues dans un pouce {"21 millimètres.) Les toiles de laiton et de soie donnent des tissus à mailles très régulières et permettent d'obtenir des poudres de grains uniformes. Les tamis de soie qui sont très employés sont encore désignés dans le commerce de la manière suivante :

00 liO mailles au pouce ou 27 mm.

etc.

!:0 NÛTIONS DE PHARMACIE NÉCKSSAIRES AU MÉDILCIN

Le ci'in rouniil des tissus bien moins réguliers cl désignés suivant leur finesse par les numéros 1-2-3. Les tissus métallifiues (l'er et Ter étamés) sont très lâches, Técartement des mailles est souvent assez consklérable et rinstrument porte le nom de criùle; il n'est par destiné à fournil' des poudres; mais plutôt à séparer les poussières des corps non pulvérisés ou à retenir les parties trop volumineuses lorsqu'on fait des concassations (voir page 15).

Grannler une substance c'est la réduire en grains d'une grosseur uniforme et déterminée. On fait usage de deux tamis. Le premier est formé par le tissu le plus lâche qui limite la grosseur maximum des grains qui le traversent. La poudre recueillie est ensuite passée sur un auti-e tamis plus fin, qui sépare les poussières ; l'écartement des mailles de ce second tamis limite la grosseur minimum des grains qui ne peuvent les traverser et ce qui reste dessus constitue la poudre granulée.

La pulvérisation n'est pas toujours une opération purement mécanique, elle demande parfois à être surveillée avec intelligence. Lorsqu'il s'agit de substance de nature et de texture homogène (camphre, résines, sels chimiques), on pousse la pulvérisation aussi loin que possible. Mais si la substance à pulvériser n'est pas homogène, les parties les plus friables se réduisent en poudre avant les autres ; ces parties sont souvent celles qui renferment la plus grande proportion de principe actif (racine d'ipécacuanha). La pulvérisation constitue donc un moyen de les isoler, et si elle est suspendue à temps, la poudre sera plus active que la substance d'où elle provient. Ainsi pour l'ipéca que nous venons de citer le Codex fait ari-éter la pulvérisalion au moment, où l'on a recueilli les 3/i en poids de la racine introduite dans le mortier. Le Codex de IHSi

DIÎS OPÉRATIONS PHAHMACEUTIQUES ^1

ne lait cette réserve que pour Tipéca ; pour toules les autres substances il fait pousser la pulvérisation aussi loin que possible. Le Codex de 18GG faisait arrêter la pulvérisation lorsqu'on avait obtenu les 3/4 des poudres cVlpéca, belladone, ciguë, jnsquiame, digitale, slramoniuin et les auteurs de cette édition avaient raison.

Mélange. — Cette opération consiste à réunir ensemble des substances ayant les mêmes propriétés physiques : elle est applicable aux liquides et aux solides. Dans ce dernier cas les substances doivent être divisées en fragments de grosseur uniforme autant quepossible. Le mélange des liquides s'effectue tout simplement en les versant Tun après l'autre dans le llacon et en agitant jusqu'à ce que les .-tries produites aient disparu (glycérine et eau) ; celui des poudres nécessite l'emploi d'un mortier ; on opère par triluraiion. Le mélange donne une poudre composée (voir ce mot). Pour que cette poudre soit bien homogène il est nécessaire que toutes les poudres qui la constituent présentent le même degré de ténuité. Le mélange étant effectué on tamise la poudre obtenue afin de la rendre encoi'C plus homogène et de lui rendre la légèreté que la trituration lui a fait perdre.

L'iliim ou lavagi-. — Cette opération a pour but de purifier une substance en la débarrassant au moyen de beau ou d'un autre véhicule des matières étrangères avec lesquelles elle se trouve mélangée. Le lavage peut être une opération purement mécanique. Tel est le cas du lavage des racines avec de l'eau afin de les débarrasser de la terre qui les souille ; mais il peut devenir et constitue du reste souvent une oi'éyation. phjisique lorsque la substance étrangèi-e est soluble dans le véhicule qui sert à pratiquer le lavage ; tel est le cas du lavage des précipités chimiques. Le véhicule

employé est le plus souvent l'eau (froide ou chaude) ; mais il peut aussi être constitué par de Talcooi, de l'éther, des hydrocarbures liquides. On réserve parfois le mot lotion au lieu de lavage lorsque la substance à enlever est soluble dans le véhicule employé ; mais dans la pratique on se sert indifleremment des deux mots. Le lavage des corps chimiques, obtenus par double décomposition demande à être fait avec soin; on le pratique par décantation, affusion et fîltration.

On exécute le lavage par décantation toutes les fois que le corps à purifier est très dense et se rassemble facilement au fond du vase (bi-iodure de mercure). Le lavage par décantation n'est souvent que le premier temps de l'opération suivante.

Lavage par affusion et fîltration : On le pratique toutes les fois que le précipité est trop léger pour se déposer rapidement au fond du vase, ou pour achever un lavage commencé par décantation. Il consiste à verser le liquide et le précipité tenu en suspension, dans un filtre en papier étalé dans un entonnoir en verre. On doit se servir d'un filtre sans plis afin de pouvoir atteindre facilement par l'affusion d'eau toutes les parties du précipité déposées sur le filtre. On laisse écouler tout le liquide, puis on procède au lavage. Pour que cette opération soit bien faite et avec le moins de liquide possible (ce qui est important lorsqu'on opère avec de l'alcool par exemple), il faut attendre que le filtre soit com/dètement vide avant de faire une nouvelle a/fusion de liquide. En opérant ainsi on évite de mélanger le liquide qui sert au lavage avec celui qui pourrait rester encore sur le filtre et qui est déjà chargé du corps que l'on doit enlever ; car dans le lavage par allusion et liltration les impuretés doivent toujours être solubles dans le véhicule employé.

DES OPÉRATIONS PHARMACEUTIQUES ^•<î

Le lavage est terminé lorsque les dernières gouttes de liquide qui s'écoulent de l'entonnoir ne donnent plus les réactions du corps étranger qu'il s'agissait d'enlever. Pour faciliter le lavage on le pratique souvent avec des liquides chauds. Lorsque le précipité recueilli sur le filtre a été bien lavé on laisse égoutter ; puis on retire le iiltre de l'entonnoir, on l'étalé sur plusieurs doubles de papier non collé qui absorbe encore du liquide et on laisse sécher, soit à air libre, soit àl'étuve. Après dessiccation le précipité est détaché du papier, pulvérisé, et tamisé. Parfois on le conserve sous forme de Irnchisques. On désigne ainsi des petits cônes d'environ un centimètre de base sur un centimètre et demi de hauteur. On les obtient en plaçant le précipité encore humide dans un entonnoir à douille courte et assez étroite. La pâte doit être assez épaisse pour ne pouvoir s'écouler qu'à l'aide d'une légère secousse, et la petite quantité qui s'écoule à chaque fois tombant d'assez haut sur une plaque de verre s'y fixe en prenant la forme que nous avons mentionnée et qu'elle conserve après dessiccation.

tiltrution et clarification. — La fil'.ration dont nous venons de parler est une opération qui consiste à séparer un liquide des corps solides qu'il tient en susliension. Dans le lavage de précipité c'était le corps solide que l'on devait conserver ; dans la filtration proprement dite le but est tout autre ; on conserve le liquide auquel on veut donner une limpidité aussi grande que possible.

La tiltration s'exécute en faisant passer le liquide à travers une substance poreuse qui retient mécaniquement tous les corps en suspension ; elle sera d'autant plus parfaite que le tissu de la substance fdtrante sera plus dmss et plus serré.

Pour la tiltration des produits pharmaceutiques

2i NOTIONS DE PHARMACIE NÉCESSAIRES AU MÉDECIN

on se sert d'étoiles en laine plucheuse et épaisse (blanchels), où de l'entres (chausses) et surtout de papier 7tun collé dont la pâte est plus ou moins serrée. Pour les huiles, lesessences, les sirops, on emploiedu papier épais à pâte spongieuse. Pour les liquides aqueux et alcooliques on l'ail usage de papier mince et à pâle line.

Le filtre doit être plissé et lorsqu'il est placé dans l'entonnoir ne le toucher que par lé Lord des plis; la surface filtrante est alors beaucoup grande que dans le filtre sans plis dont nous avons parlé et qui sert au lavage des précipités et le débit est bien plus rapide. On doit enfoncer le filtre assez profondément dans l'entonnoir dt^ manière à ce que la pointe pénètre dansla douille et soit assez soutenue pour ne pas se déchirer sous le poids du liquide. On peut aussi doubler le papier du filtre à cet endroit afin qu'U présente une résistance plus grande ou bien faire une ligature avec un gros fil.

On filtre quelquefois du liquide sur du coton (coton hydrophile) dont on place une boulette à l'entrée de la douille de l'entonnoir. Ce procédé ne donne que de médiocres résultats ; car la surface filtrante est très petite et si l'on veut obtenir des liquides limpides il est nécessaire de comprimer assez fortement le coton ; la filtration s'opère alors très lentement, beaucoup plus lentement qu'avec du papier. La filtration au coton ne présente des avantages que dans un seul cas; c'est lorsqu'un \U[mde dcjà limpii/e tient en

Fig. :i Entonnoir.

Fig. 4. — FilU-e plisse.

suspension des corps élrangers assez volumineux. On peut alovs le lillrer sur une boulette de coton non comprimée : le passage du liquide s'efl'ectue rapidement et les corps étrangers sont séparés.

Lorsqu'on veut se servir de tissus de laine ou de feutre, on les place dans un entonnoir enles disposant comme un filtre sans plis ou bien on les tend sur un cadre en bois portant aux. angles des pointes avec lesquelles on fixe le tissu découpé en carré et muni d'attaches ( élamineblancket) ou bien on conlectionne des poches coniques que l'on suspend à un cadre spécial et dans lesquelles on verse le liquide à filtrer. Cette disposition est très avantageuse, elle supprime l'emploi de renlonnoir et permet d'opérer en une seule l'ois sur une quantité souvent considérable (8 à 10 litres) de liquide.

La fi Itration sur les tissus spongieux [élamines, chausses) ne donne des liquides limpides que si les corps ([u'ils contiennent en suspension peuvent venir s'appliquei' contre les parois du tissu et constituer euxmêmes une couche filtrante dont l'épaisseur va en augmentant à mesure que la quantité de liquide filtrée est elle-même plus considéral)le. Les premières por-

•26 NOTIONS Dlî PHARMACIE NÉCESSAIRES AU MÉDECIN

tiens liltrées sont toujours un peu troubles, il i'aut les passer de nouveau. Ce fleure de liltration est surtout utilisé pour les sirops et les liquides aqueux, d'origine végétale: tels que les sucs, les décoctions, etc., etc. Ces liquides sont toujours troubles et contiennent en suspension assez de matières étrangères pour tapisser l'étolTe et constituer la couche liltrante dont nous avons parlé. Avant de les passer à la chausse on les soumet du reste, le plus souvent, à une clarificaimi préalable par coagulation des malieres alburrdnoides qu'ils peuvent renfermer, ou qu'on y introduit artificiellement.

Les sucs végétaux (sucs d'herbes) renferment de l'albumine. Lorsqu'on les a préparés par contusion et expression (voir à sucs) ils sont très troubles et tiennent en suspension de nombreux corps étrangers. La liltration, même au papier, ne donne que des résultats peu satisfaisants ; elle est fort longue et ne permet de retirer qu'une petite quantité de liquide. On a recours à la clarification par coagulation. Le suc renferme, avons-nous dit, de l'albumine végétale; en le chauffant vers 75 à 80 degrés on détermine la coagulation de cette albumine ; elle forme un réseau qui englobe tous les corps en suspension puis se rétracte en un coagulum qui nage dans un liquide transparent : on sépare alors par filtration à l'étamine ou à la chausse. Le liquide ainsi obtenu par filtraiion après clarification par coagulation est parfaitement limpide ; mais il est peu coloré, cela tient à ce que l'albumine végétale en se coagulant a entraîné avec elle la chlorophylle et peut-être aussi d'autres principes qui peuvent n'être pas dépourvus d'activité. Il en résulte que la clarification par coagulation peut, dans certains cas, donner des médicaments moins actifs que ceux qui sont obtenus par simple fdtration.

Le mode de clarification dont nous venons de parler ne semble, au premier abord, applicable qu'aux sucs qui contiennent de l'albumine végétale; mais on 1 utilise pour tout autre liquide en introduisant dans ce liquide de l'albumine animale (blanc d'œuf). Cestlo procédé de clarification à l'albumine que l'on utdise pour la préparation des sirops laits avec les miusions ou décoctions médicamenteuses, lesquelles ne renlerment plus d'albumine végétale (voir sirops). Lette clarification au blanc d'œuf s'effectue de deux manières:

1° On délaye les blancs d'œufs dans une petite quantité d'eau, puis on mélange au liquide que l'on veut clarifier. On chaulfe d'abord lentement et sans remuer de manière à atteindre le point de coagulation de falbumine, on chauffe ensuite plus fort de manière à condenser le coagulum formé et lorsqu'il est devenu bien dense et que le liquide commence à entrer en ebuUition on passe à la chausse. Si l'on entretenait trop longtemps le liquide à fébuUition, avant de passer, le coagulum serait divisé et la filtration à la chausse ne donnerait pas un liqu'ide aussi limpide ;

2° Lorsque le liquide à clarifier n'est pas très trouble on peut, lorsqu'il est en pleine ébullition, y verser les blancs d'œufs préalablement battus en neige avec un peu d'eau, brasser fortement et passer après quelques instants de contact.

Lorsqu'il s'agit de sucs de fruits acides: groseilles, cerises on a recours à la clarification par fermentation. Le suc étant obtenu (voir à sucs), on le laisse en repos dans un endroit dont la température est suflisamment élevée pour que la fermentation puisse s'élat)lir. Il se forme une écume épaisse (chapeau) qui (Mitraîne avec elle ioutes les impuretés et surnage le suc devenu limpide. On passe à la chausse.

-8 NOTIONS Dlî PHARMACIE NÉCESSAIRES AU MÉDECIN

Solution, dissolution. — Si Ton considère le cas lo plus fréquent, la solution consiste dans la liquéfaction d'un corps solide mis en contact avec un liquide qui prend le nom de dissolvant. Mais le phénomène est beaucoup plus général.

On peut en effet dissoudre :

Deux liquides l'un par l'aulro...

Un .s'oZf^/e dans un liquide

Deux solides l'un par l'autre

Un gaz ilans un liquide

Alcool et EUier,

Sucre el Eau.

Iode el Vaaeline.

Ac'de Chlorliyd<'ique&\, Eau.

D'où cette autre définition :

La solidion consiste dans l'union molécule à molécule d'un ou plusieurs corps doués de propriétés physiques différentes ; mais présentant en tre eux une certaine anologie de constitution.

Le mélange dont nous avons parlé est l'union pa7'ticule à fiarliciiii de corps ne présentant entre eux aucune analogie de constitution.

Dans le langage courant on emploie indifféremment les deux mots solution et dissolution ils désignent cependant deux phénomènes bien différents.

Le vaoi solution ne désigne qu'un phénomène physique : le corps dissous n'éprouve aucune modification et peut être retiré intact par évaporation du dissolvant (iodure de potassium et eau).

Le mot dissolution implique l'idée d'un ■phénomène chimique. Le corps dissous est plus ou moins profondément modifié et l'évaporation du dissolvant isole un corps nouveau jouissant depropriétés toutes autres que ceUes des corps primitifs : acide sul/urique et cuiu/e : après dissolution on retire du sulfate de cuii rc.

La solution est généralement accompagnée d'un abaissement de température : la dissolution présente le phénomène inverse.

DES OPÉRATIONS l'HAHAIACEUTlQUIÎS 29

Les circoaslances qui favorisenl la rapidité de la solution sont assez nombreuses. En premier lieu d laut citer l'élévation de température, qui agit en dilatant les molécules : cette action, adjuvante, lorsque 1 un des deuK corps est solide, devient indispensable lorsque les deux substances sont solides par exemple camphre et axo^Hje. L'élévation de température empêche, au ,>ontraire, la solution, lorsque l'un des corps est ^•azeux. La ioi-ce élastique des gaz qui est antagoniste de la force de dissolution s'accroît, en ellet, avec la température. A l'ébuUition, un corps liquide ne retient plus de gaz. La (ùokion des corps solides et l'agitatum du mélange favorisent encore la rapidité de la dissolulion.

Lorsque le corps est Irès soluble : wdure de pniassuim et eav\ il sufiit de mélanger et d'agiter jusqu'à disparition des stries; mais il y a toujours une limite à la dissolution, et si l'on ajoute une quantité croissante d'iodure de potassium dans un poids déterminé d'eau, il arrivera un moment où le sel ne disparaîtra plus et conservera sa forme solide ; on a alors atteint la limite de solution et le l'iqnide est dit salure : cette limite de solution désignée sous le nom de : » Coefficient de solubilité » des corps, varie suivant la nature du dissolvant ; et pour le même dissolvant elle varie suivant la température ; et croît généralement avec elle.

Lorsque le corps est peu soluble, dans le véhicule, chlorate de potasse et eau : on a recours à un artilice favorisant la dissolution; par exemple, la division du corps: on place le sel dans un mortier et on le triture avec une petite quantité de dissolvant, on fait écouler le liquide saturé et on le remplace par d'autre, la dissolution doublement favorisée par la 'livision du corps et la triluraliun s'effectue assez rapidement.

30 NOTIONS Dlî PHARMACIE NÉCESSAIRES AU MÉDECIN

On a parfois recours à un autre arLilice qui consiste à dissoudre d'aboi-d la substance en faisant usage d'un dissolvant dans lequel elle est très soluble, puis en mélangeant ensuite au véhicule proprement dit. Soit par exemple à dissoudre 1 gramme de codéine dans lOOU grammes de sirop simple, on commence par dissoudre la codéine dans 20 grammes d'alcool et on mélange cette solution au sirop.

On peut employer l'action de la chaleur pour favoriser la dissolution, mais il faut bien veiller à ce que la quantité du corps solide à dissoudre ne dépasse pas le coefficient de solubilité dans le liquide refroidi, soit par exemple à préparer une dissolution d'acide borique à 40 gr. pour 1000 ; c'est-à-dire en proportion telle que la dissolution soit saturée à la température ordinaire. On peut faire chauffer l'acide borique avec 3 à 400 gram. d'eau et la dissolution effectuée ajouter le reste de l'eau. La durée de l'opération est abrégée ; mais si l'on veut agir de même pour dissoudre 60 gr. d'acide borique dans un litre d'eau ; la dissolution s'effectuera d'abord très bien, et se maintiendra aussi longtemps que le liquide sera chaud, puis à mesure qu'il se refroidira, l'acide en excès sur la solubilité correspondante à la température, déposera et cristallisera.

Il est donc très important que le médecin et le pharmacien connaissent bien la solubiUté des corps employés ; le premier, afin de ne pas en indiquer une quantité trop considérable, par rapport au véhicule, et le second pour ne pas employer inconsidérémenl l'action de la chaleur et délivrer une préparation liquide, qui se troublera et cristallisera chez le malade.

La connaissance des coefficients de solubilité est donc très importante c'est ce qui nous engage à indiquer ceux des substances les plus employées; et cela

dans divers véhicules : la tempéralui-e étant de 15 degrés : au-dessous la solubilité est diminuée, elle s'accroit dans le cas contraire.

Dans le tableau suivant le mot soluble ou 1res soluble mis à la place d'un chifire, indique que la substance est soluble dans le véhicule à la dose thérapeutique usuelle.

NOMS

Acctale de morphine. . .

— de plomb (iieuU'e).

— de potasse

— de soude

Acétone

Acide arsenieux (opaq.)-

— benzoïque

— borique

— ctiroiiiique

— citrique

— plieniquc

— picrique

— pyroiîallique

— sàlicyiique

— tnrtrique

— valcrianique

Aconiline ■

Apomorphine

Arséniale ferreux

— de potasse (Bi)

— de soude

Atropine

Azotate d'aconitine

— d'artrent cristallise

— de potasse

— de pilocarpine

— de soude. ....

— de strychnine

Benzoate de chaux

— de lilhinc ....

— de soude

Borate de soude.. .

lironie

P, ro m h y cl ra t e d ' am m on

— de cicutine.. .

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