LE GOUT ET LE TACT
La vue. — Les moyens de protection et de défense du globe de l’œil. — Les sourcils-
— La paupière. — Les voies lacrymales. — Rôle des paupières comme moyen de protection de l’œil. — Maladies résultant de l’ablation partielle des paupières. — Régulus chez les Carthaginois. — Les glandes lacrymales. — Le canal lacrymal.
— Voie d’écoulement des larmes. — La fistule lacrymale et l’opération qui la guérit. — Les glandes de Meibomius et la chassie des paupières. — Composition anatomique du globe de l’œil. — La sclérotique. — La choroïde. — La cornée transparente. — La pupille. — L’iris. — Le cristallin. — Ce que c’est que l’humeur • aqueuse et l’humeur vitrée. — La rétine, qui tapisse le fond du globe de l’œil, est l’épanouissement du nerf optique. — Mécanisme physique de la vision. — Analyse de la marche des rayons lumineux dans les différents milieux réfringents de l’œil. — Les objets se peignent renversés au fond de la rétine. — Expérience avec l’œil d’un bœuf montrant la réalité du renversement des objets sur la rétine. — Théories diverses données pour expliquer la vue droite des objets renversés. — Théories pour expliquer la vue simple avec les deux yeux. — Comment l’œil réali set-il Vachrommatisme? — Explication de V accommodation de l’œil aux distances le s plus différentes. — Théorie de Helmholtz. — Ce que c’est que la myopie et le presbytisme. — Représentation par le dessin des défauts de l’œil qui constituent la myopie et le presbytisme. — Les besicles à l’usage des myopes et des presbytes. — Histoire de la découverte des besicles. — Salvino Armato, de Florence, inventeur des besicles, au quatorzième siècle. — Alexandre de Spina perfectionne les besicles. — La découverte des verres de lunettes à l’usage des myopes et des presbytes conduit à la découverte des verres de la lunette astronomique. — Le fils de Jacques Metzu et le coq de l’église d’Alcmaer. — Différentes couleurs données autrefois aux verres des besicles. — La teinte fumée. — Altérations pathologiques de la vue. — Nyctalopie. — Héméralopie. — Amaurose. — ^Glaucome. — Cataracte.
— Les mouvements de l’œil et les muscles qui les produisent. — Le strabisme. — Durée des impressions lumineuses. — Le phénakisticope de M. Plateau.
L’audition. — Les vibrations de l’air agissant sur le nerf acoustique sont la cause
LES CINQ SENS
de la production des sons. — Description de l’oreille. — L’oreille externe, l’oreille moyenne et l’oreille interne. — C’est dans l’oreille moyenne et l’oreille interne que sont logés les organes de l’audition. — La trompe d’Eustache, ou le canal de communication entre l’oreille et l’arrière-gorge. — Les osselets de l'ouïe. — Le labyrinthe et les canaux demi-circulaires. — Le liquide de Cotugno et l'épanouissement du nerf acoustique. — Exposé des différentes théories physiologiques de l’audition. — Idées de Blainville, de Dugès et de Breschet. — Théorie de M. Helmholtz. — Incertitude de la science touchant la véritable théorie de l’audition. — Les corps solides de la face et du crâne prennent-ils part aux vibrations sonores?
— Rôle des deux oreilles dans l’audition. — Comment peut-on percevoir simultanément une grande quantité de sons? — Comparaison des deux sens de la vue et de l’ouïe. — Le sourd de naissance et le muet de naissance. — Cause de la surdimutité. — L’ouïe est le sens de la nuit.
L’odorat. — Description anatomique du nez. — La membrane pituitaire. — Les fosses nasales. — Distribution du nerf olfactif dans les fosses nasales. — Le sens de l’odorat inférieur, chez l’homme, à ce sens considéré chez les animaux. — La classification des odeurs n’est pas possible. — Le système nerveux est impressionné très différemment chez les individus. — Curieux exemples historiques de ce fait.
— La forme du nez est un caractère physiognomonique, tant pour les nations que pour les caractères individuels. — Lavater et son ouvrage sur la Physiognomonie.
Le goût. — Structure anatomique de la langue. — La membrane muqueuse linguale et les papilles linguales. — Le nerf lingual et le nerf glosso-pharyngien. — Le siège du goût paraît résider surtout à la base de la langue et dans une partie de l’arrière-gorge. — Quantité de matière nécessaire pour impressionner l’organe du goût. — On ne sait rien sur la cause des saveurs, la sensation du goût étant constamment mêlée à celle de l’odorat. — Manière d’avaler impunément les breuvages désagréables. — Les antipathies du goût. — Nécessité de s’habituer de bonne heure à triompher de la répugnance et des préjugés concernant les substances alimentaires. — La viande de cheval. — Classification des saveurs. — Le sens du goût aux différents âges. — Le sens du goût décelant les substances vénéneuses. — Le goût est le sens des nations civilisées.
Le tact. — Le tact s’exerce par tous les points de la surface de la peau. — Structure anatomique de la peau : épiderme et derme. — Les corpuscules du tact. — Difficulté d’expliquer la sensation du tact. — Chez l’homme, la main est l’organe spécial du tact, mais les autres parties du corps peuvent, au besoin, la remplacer.
— Idées des anciens sur la main. — Aristote et Galien. — Description de la main et analyse de cet organe par Galien, dans son ouvrage De usu partium. — Un mot sur Galien. — Les philosophes et les encyclopédistes du dix-huitième siècle, Helvétius et Buffon ont exagéré l’importance de la main et du toucher comme origine de l’intelligence. — L’intelligence de l’homme n’est point la conséquence de la perfection de sa main.
Nous venons de voir que le système nerveux cérébro-spinal préside aux sensations et aux mouvements volontaires. Gomme suite au système nerveux, nous devons donc étudier maintenant les sens, par lesquels le cerveau a la sensation et la conscience des choses extérieures, et les mouvements, par lesquels, sous l’incitation du cerveau ou de la moelle épinière, nous nous déplaçons, ou mettons en action une partie ou la totalité de notre corps.
Les sens, par lesquels nous percevons les impressions du dehors, sont en nombre très limité. La vue, rouie, l’odorat, le goût, le toucher, à cela se réduisent les sens chez l’être humain. On n’a pu ni étendre ni diminuer ce nombre, quelque effort que l’on ait fait pour combiner ensemble deux de ces sens, ou pour en chercher un sixième. Le dénombrement de nos sens, qui remonte aux premiers philosophes observateurs, et qu’Aristote leur avait emprunté, persiste donc aujourd’hui tel qu’il avait été fixé à l’origine de la science.
Nous allons passer en revue chacun de nos sens et expliquer leur mécanisme physiologique.
LA VUE
Lia vue est le plus important de nos sens. Les yeux, par lesquels elle s’exerce, sont placés presque au sommet du corps, pour dominer sur un très grand nombre d’objets à la fois. Os homini sublime dédit , a dit Ovide.
Les yeux sont logés dans deux cavités osseuses, nommées orbites. La base de la cavité de l’orbite est coupée obliquement en dehors, et sa paroi externe osseuse semble fuir le centre du crâne. Par cette disposition, le globe de l’œil n’étant soutenu en dehors que par des parties molles, nous pouvons voir les objets placés latéralement, sans qu’il soit nécessaire que nous tournions la tête.
Il faut considérer dans l’organe de la vue deux parties bien distinctes : 1° les moyens de protection et de défense du globe de l’œil; 2° le globe de l’œil lui-même.
Occupons-nous d’abord des parties qui servent à protéger le globe de l’œil, pour le soustraire, pendant certains intervalles de temps, à l’influence de la lumière, ou pour faciliter l’exercice de ses fonctions. On comprend sous ce titre : les sourcils, les cils, les paupières et les voies lacrymales. C’est ce que Haller appelait tulamina oculi (les moyens de défense de l’œil).
Les sourcils , qui surmontent la paupière, ont pour destination d’atténuer la vivacité de la lumière, en absorbant une partie de ses rayons. Cette absorption lumineuse est d’autant plus com-
LES CINQ SENS
plète que la saillie des sourcils est plus considérable et que leur couleur est plus foncée. Lorsque nous passons subitement d’un lieu obscur dans un lieu éclairé, pour défendre nos yeux d’une lumière éclatante et subite, nous fronçons le sourcil , c’est-à-dire que, par la contraction des muscles qui les font mouvoir, nous abaissons les sourcils et raccourcissons transversalement la peau , ce qui opère le redressement des sourcils, et forme comme un toit protecteur au-dessus de chaque paupière.
Chez certains peuples du Midi, on noircit les sourcils, pour qu’ils défendent mieux encore les yeux de l’action de la lumière.
Ce qui prouve que les sourcils ont bien l’usage que nous leur assignons, c’est que, lorsqu’elle ne nous arrive plus perpendiculairement ou obliquement, comme dans tout le cours de la journée, mais horizontalement, — ce qui n’a lieu qu’au coucher du soleil, alors que cet astre est au bord de l’horizon, — la lumière est presque impossible à supporter. C’est que les sourcils ne peuvent défendre l’œil contre des rayons lumineux parallèles à l’horizon.
Les sourcils ont un autre usage : c’est de détourner de l’œil la sueur qui découle du front.
Ajoutons qu’ils concourent beaucoup à l’expression de la physionomie. Le sourire, la bienveillance, la gaieté, les élèvent et les dérident; la colère, l’indignation, le chagrin, les passions tristes, les rapprochent; et leurs mouvements, en général, modifient singulièrement l’expression de nos traits.
La destination des paupières , c’est d’abriter contre toutes les influences extérieures l’organe délicat dans lequel réside le plus important de nos sens. Chaque paupière est une sorte de voile membraneux tendu au-devant de l’œil, et qui peut alternativement le cacher ou le mettre à découvert. Ce voile membraneux devait être à la fois très mobile et très régulièrement tendu. Les muscles qui entrent dans la composition des paupières et le petit cartilage placé dans toute la longueur de son bord libre, répondent à ces deux indications. Le cartilage tarse (c’est ainsi que l’on nomme le cartilage palpébral) maintient le voile bien tendu, et les muscles qui entrent dans la composition de la paupière produisent ses mouvements si rapides.
De chacun des bords libres des paupières sortent les cils , petits
LA VUE
poils recourbés, qui sont destinés, comme les sourcils, à attaquer l’éclat de la lumière, et, de plus, à empêcher les insectes ou les corps étrangers qui flottent dans l’air, de venir tomber entre le globe de l’œil et la paupière.
L’usage principal des paupières, c’est, disons-nous, de soustraire l’œil à l’action continue de la lumière. Comme tous les autres organes, l’œil a besoin de réparer dans le sommeil les forces qu’il a perdues. Il ne pourrait jouir du repos qui lui est nécessaire si les rayons lumineux, en le frappant sans cesse, venait perpétuellement exciter sa sensibilité. L’occlusion des paupières obvie à cet inconvénient.
Les observations pathologiques nous donnent la preuve de l’importance des paupières pour protéger le globe de l’œil contre la continuité de l’action lumineuse. Lorsque, par une blessure accidentelle, le bord d’une paupière a été enlevé, et qu’une partie du globe de l’œil est ainsi mise à nu, la partie du globe oculaire continuellement exposée à la lumière et à l’air s’irrite, s’enflamme et devient le siège d’une ophtalmie, que l’on ne guérit qu’en provoquant, par une opération chirurgicale, la réunion de deux bords de la fente de la paupière, cause de la maladie.
L’ablation des paupières était un des supplices imaginés par la barbarie des anciens peuples. Les malheureux prisonniers auxquels on coupait les paupières étaient en proie à une insomnie absolue. A la suite de l’irritation continuelle déterminée par l’air et la lumière, les yeux s’enflammaient, l’inflammation se propageait au cerveau, et la malheureuse victime de ce cruel supplice expirait au milieu des plus affreux tourments.
C’est ainsi que périt, entre les mains des Carthaginois, le consul romain Régulus, qui a laissé à l’histoire le souvenir de sa magnanime fidélité à la parole jurée.
On sait que Régulus, après avoir vaincu les Carthaginois sur leur territoire, fut fait prisonnier, et envoyé à Rome par le gouvernement de Carthage (250 ans avant J.-C.) pour traiter d’un échange de prisonniers. Mais Régulus conseilla au Sénat de refuser les propositions de Carthage. Ensuite, fidèle à sa parole, et malgré les supplications du Sénat, des préteurs et de sa famille, il revint se livrer aux mains des vainqueurs, qui le firent périr par le barbare supplice de l’ablation des paupières.
Ce n’est pas seulement contre l’action continuelle de la lumière que les paupières protègent nos yeux: elles les défendent encore
LES CINQ SENS
du contact des corps étrangers. A peine un objet quelconque menace-t-il d’atteindre le globe oculaire, qu’aussitôt un mouvement, prompt comme la pensée, rapproche les paupières dune façon automatique, c’est-à-dire indépendante de la volonté.
Le globe de l’œil est humecté sans cesse d’un liquide aqueux, dont la présence est nécessaire à ses fontions. Mais il faut que ce liquide se renouvelle constamment, car il se vaporise sans cesse, par suite de son exposition à l’air sur une grande surface.
On appelle larmes le liquide aqueux qui humecte constamment le globe de l’œil. La continuelle évaporation des larmes est compensée par leur continuelle sécrétion.
On appelle glande lacrymale l’organe qui sécrète les larmes. La glande lacrymale (fig. 106) est un petit corps caché dans une
fossette, qui se trouve ellemême à la partie antérieure et externe de la voûte osseuse de l’orbite. Elle déverse le liquide lacrymal par sept ou huit petits tuyaux, s’ouvrant par de très petits orifices à la face interne de la paupière supérieure.
La découverte de la glande Fig. 106. L’œil et la caroncule lacrymale. lacrymale ne remonte qu’au
a. Caroncule lacrymale. . .
dix-septième siècle. Les anciens n’ont eu aucune connaissance de l’organe sécréteur des larmes. Ils croyaient qu’elles transsudaient du globe de l’œil. D’aucuns même les faisaient venir du cerveau. Ce fut l’anatomiste Nicolas Sténon, dont nous avons parlé à propos des glandes salivaires, qui découvrit sur le bœuf les conduits excréteurs de la glande lacrymale. Hunter et Monro reconnurent ensuite l’existence des mêmes conduits dans l’œil humain.
Le liquide lacrymal qui coule sans cesse, en petite quantité, le long du globe de l’œil, est étendu au devant de ce globe par les mouvements alternatifs des paupières. L’interposition de ce liquide adoucit les frottements et empêche l’organe de la vue de se dessécher dans sa partie exposée à l’air.
Ce qui prouve que le liquide lacrymal s’évapore sans cesse de la surface du globe de l’œil, c’est le larmoiement qui survient chez certaines personnes, lorsque l’atmosphère étant trop
LA VUE
humide, chargée de vapeurs d’eau, se prête mal à l’évaporation. Par les temps froids et humides, il arrive souvent que les yeux, sans cause apparente, se remplissent de larmes.
Dans l’état physiologique, les larmes, à mesure qu’elles ont arrosé le globe de l’œil, coulent de dehors en dedans et se diri-
Fig. 107. Coupe des os de la face, montrant le canal lacrymal et les fosses nasales.
A. Orbite oculaire. — l. Canal lacrymal. — 2. Fosses nasales. — 3. Cloison des fosses nasales. — 4. Sinus maxillaire.
gent vers l’angle interne des paupières, en suivant la pente d’une espèce de sillon triangulaire formé par la réunion des paupières.
Une fois parvenues à l’angle interne des paupières, les larmes se réunissent dans une sorte de cul-de-sac, nommé sinus lacrymal, petit espace résultant de l’écartement des bords des naupières par la présence en ce point d’un amas muqueux, recouvert d’un repli de la conjonctive, repli que l’on désigne sous le nom de caroncule lacrymale, et que l’on voit représenté sur la figure 107 (a).
Du sinus ou cul-de-sac lacrymal, les larmes coulent, par un petit conduit, nommé canal lacrymal, qui est creusé dans
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l’épaisseur même de l’os, et tombent dans les fosses nasales.
La figure 107 montre, grâce à une coupe verticale des os de la face, le canal lacrymal et sa communication directe avec les fosses nasales.
En se mêlant au mucus nasal, les larmes en augmentent la quantité et le rendent plus fluide.
Ainsi les larmes font un continuel voyage de la glande lacrymale au globe de l’œil, et du globe de l’œil aux fosses nasales. Même pendant le sommeil, ce liquide est sécrété et coule dans les fosses nasales.
Lorsque, sous l’influence d’une passion triste ou d’une émotion subite, les larmes sont sécrétées avec une extrême abondance, elles ne peuvent plus suivre leur cours naturel. Alors, le canal lacrymal étant trop étroit pour donner issue à cette grande quantité de liquide, les larmes inondent les joues et baignent tout le visage.
Ce qui arrive sous l’influence de la douleur ou du chagrin, peut être produit par une cause pathologique. A la suite d’une blessure, par la présence d’un corps étranger, ou par un accident quelconque, une partie du canal lacrymal peut se trouver obstruée. Alors le liquide lacrymal ne trouvant plus son issue naturelle se déverse à l’extérieur et coule sur les joues.
L’obstruction des voies lacrymales constitue une véritable maladie : la fistule lacrymale , et l’intervention du chirurgien est nécessaire pour la guérir. Un instrument particulier, le stylet de Méjan , dont on a beaucoup varié la forme, et qui consiste surtout en une petite canule d’argent, que l’on introduit de haut en bas dans. le conduit lacrymal, sert à désobstruer ce conduit et à rendre aux larmes leur cours naturel.
Dans l’ophtalmie (c’est-à-dire l’inflammation de la membrane muqueuse de l’œil que l’on nomme la conjonctive ), l’irritation de la conjonctive et sa sensibilité exaltée se transmettent à la glande lacrymale. Cette glande exagère alors sa sécrétion, et en même temps la composition chimique des larmes s’altère h
1. La composition des larmes est la suivante, d'après M. Fremy :
Eau 982
Albumine 5
Sel marin ]3
Autres sels minéraux traces.
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Ainsi s’explique l’abondance des larmes dans l’ophtalmie, et la sensation d’ardeur qu’occasionne sur les parties enflammées la présence des larmes, qui contiennent alors une proportion de sels minéraux plus grande qu’à l’ordinaire.
En résumé, défendre le globe de l’œil contre l’impression irritante de la lumière et de l’air, faciliter le glissement des paupières, adoucir les frottements entre les paupières et le globe de l’œil, tels sont les usages du liquide lacrymal.
Des glandes particulières, les glandes de Meibomius , qui sont placées sur les bords libres des paupières, sécrètent une humeur grasse et huileuse, dont le rôle n’est pas bien connu, et que l’on appelle vulgairement chassie. Cette humeur grasse forme, par son évaporation et sa dessiccation pendant le sommeil de la nuit, ces espèces d’écailles que l’on détache quand on se frotte les yeux au moment du réveil.
Un état pathologique de l’œil peut exagérer la sécrétion des glandes de Meibomius, dont le produit se concrète, et s’amasse alors, pendant le jour, aux bords des paupières. Les yeux qui deviennent chassieux pendant le jour sont affectés de maladie siégeant dans les paupières.
Toutes ces parties accessoires, ces tutamina oculi calculés avec tant de prévoyance, pour défendre le globe de l’œil des atteintes extérieures, donnent une idée suffisante de l’importance et de la délicatesse de l’organe lui-même, que nous avons maintenant à décrire.
Si l’on voulait ne considérer dans le globe de l’œil que ses fonctions visuelles, et le réduire à son rôle physiologique, on pourrait dire que le cristallin représente à lui seul l’organe de la vue. Mais l’espèce de lentille vivante qui compose le cristallin a besoin, comme, du reste, la lentille de cristal de nos instruments d’optique, d’être entourée d’enveloppes diverses, qui servent à la fois à la soutenir et à l’enfermer dans une sorte de chambre obscure, où doivent se rassembler en un faisceau unique les rayons lumineux venus de l’extérieur. De là l’extrême complication que présente le globe de l’œil, organe qui se compose d’une série de parties que nous allons énumérer, d’après la coupe verticale que représente la figure 108.
Une première enveloppe dure, consistante et d’un tissu membraneux, nommée la sclérotique , soutient toutes les parties du globe oculaire.
LES CINQ SENS
La sclérotique est doublée d’une seconde membrane, plus mince, nommée la choroïde . C’est une espèce de tunique noirâtre qui tapisse l’intérieur de la sclérotique, et qui, par sa couleur sombre, fait de l’intérieur de l’œil une véritable chambre obscure.
Disons pourtant que la sclérotique n’entoure pas entièrement la partie antérieure de l’œil. Elle est remplacée, en ce point, c’est-à-dire dans la partie qui envisage la lumière, par une membrane éminemment translucide, diaphane, qu’on appelle la cornée transparente , ou plus simplement la cornée. Enchâssée dans la partie antérieure de la sclérotique, et faisant môme saillie sur sa courbure, la cornée laisse pénétrer les rayons lumineux à l’intérieur de l’œil.
Quelques personnes appellent la cornée la vitre de l'œil. L’expression, pour être triviale, n’en est pas moins juste.
Quand on a vu l’intérieur d’une lunette de spectacle, d’une longue-vue, ou d’un instrument d’optique analogue, on sait qu’il y a toujours, à l’intérieur du tuyau, un disque percé à son centre, qui a pour objet de ne laisser passer qu’un faible faisceau des rayons lumineux et de rejeter les autres rayons, c’est-à-dire ceux qui n’arrivaient pas directement dans l’axe de la lentille réfringente placée à l’autre bout de l’instrument. Ce diaphragme existe dans l’œil humain, le plus admirable instrument d’optique que l’on puisse imaginer. Il consiste en une membrane transparente, que l’on nomme iris , espèce de cloison qui est enchâssée, comme la cornée transparente , dans l’ouverture antérieure de la sclérotique, et qui est percée d’une ouverture arrondie. Cette ouverture, c’est la pupille.
Le diaphragme naturel que forme la membrane iris est bien supérieur à celui que nos opticiens placent dans les instruments d’optique, car il a la faculté de se dilater ou de se resserrer de lui-même, d’après la quantité de lumière qui arrive, et de rétrécir ou d’augmenter ainsi, selon les besoins, l’ouverture que l’on nomme la pupille.
Derrière l’iris, à environ une demi-ligne de distance, vers l’union du quart antérieur du globe de l’œil avec ses trois quarts postérieurs, se trouve la lentille réfringente dont la nature a doté l’homme et les animaux supérieurs. On appelle cette lentille naturelle le cristallin , en la raison de sa ressemblance avec le cristal.
LA VUE
Le cristallin, placé en face de l'ouverture de l’iris, est un corps solide, transparent, contenu dans une capsule membraneuse, de forme lenticulaire, transparente elle-même, et fixée à la place qu’elle occupe par son adhérence aux membranes du globe de
l’œil.
Notons qu’il existe entre la cornée transparente et le cristallin un petit intervalle libre, qui est occupé par de l’eau à peu près pure. L’humeur aqueuse , tel est le nom que l’on donne communément au liquide incolore qui remplit le petit espace que nous signalons. Les physiciens appellent cet espace chambre antérieure
Fig. 108. Coupe verticale du globe oculaire.
A. Cornée transparente. — B. Espace contenant l’humeur aqueuse. — C. Pupille. — D. Iris. — E. Cristallin. — G. Cercle ciliaire. — H. Sclérotique. — I. Choroïde. — K. Rétine. — L. Corps et humeur vitrés. — M. Nerf optique. — N. Muscle droit inférieur. — O. Muscle droit supérieur. — P. Muscle élévateur de la paupière. — Q. Glandes lacrymales. — R. Conduit lacrymal.
de l’œil; mais les anatomistes ne la mentionnent pas, parce que cette prétendue chambre ne joue aucun rôle important dans l’acle de la vision, et que l’humeur aqueuse elle-même manque .souvent.
Après le cristallin vient un espace fort étendu, car il occupe les trois quarts postérieurs de la profondeur de l’œil. Cet espace est rempli par un liquide, non pas tout à fait libre, mais logé dans les cellules d’une membrane extrêmement fine, qu’on nomme membrane hyaloïde. Le liquide qui remplit l’espace faisant suite au cristallin s’appelle l’humeur vitrée.
LES CINQ SENS
Enfin, après l’humeur vitrée vient une membrane toute tissée de substance nerveuse, car elle résulte uniquement, comme nous l’avons dit en parlant des nerfs crâniens, de l’extension, de l’épanouissement du nerf optique. C’est la rétine , c’est-à-dire la membrane nerveuse, qui reçoit l’impression de la lumière, but final du système compliqué que nous venons d’analyser.
En résumé, la partie translucide du globe de l’œil présente la succession suivante, en allant d’avant en arrière, dans l’axe visuel (fig. 108) :
La cornée transparente , A;
L’ humeur aqueuse , B;
\ J iris, D, et son ouverture centrale ou pupille, C;
Le cristallin, E ;
L humeur vitrée, L;
La rétine, K.
Derrière la rétine, toujours dans l’axe visuel, on voit reparaître ce qui appartient aux parties opaques de l’œil, et que nous avons déjà signalé, à savoir : la choroïde, I, dont l’enduit noirâtre absorbe les rayons qui ont pu traverser la rétine, membrane qui par elle-même est toujours diaphane; puis la sclérotique , H; enfin, le nerf optique, M, qui pénètre dans le globe de l’œil, pour s’épanouir en formant la rétine.
Quelques détails sont nécessaires pour faire comprendre le rôle que jouent dans la vision les différentes parties du globe oculaire que nous venons d’énumérer.
La cornée transparente, qui est enclavée dans le vide antérieur de la sclérotique, comme le verre d’une montre dans la châsse de son couvercle, est une membrane assez résistante. Elle contient le liquide que nous avons nommé humeur aqueuse ; mais, comme nous l’avons dit, ce liquide n’existe pas toujours, et sa présence n’est pas indispensable au mécanisme de la vision. L’humeur aqueuse n’est autre chose que de l’eau exhalée des membranes séreuses de l’œil et contenant en dissolution un peu d’albumine et de sels.
Le cristallin est un des organes les plus merveilleux qu’ait façonnés la nature. Si les anciens physiciens en avaient fait une étude approfondie, ils auraient découvert, à son aide, les véritables lois de la lumière, et ils auraient même pu construire les
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instruments d’optique, qui n’ont pris naissance qu’au dixseptième et au dix-huitième siècle. Non-seulement, en effet, le cristallin produit l’effet des lentilles réfringentes de nos lunettes, et donne, au fond de l’œil, une image raccourcie et renversée des objets extérieurs, mais il produit, comme nous le verrons plus loin, le délicat phénomène de Y achromatisme, c’est-à-dire qu’il corrige par lui-même la décomposition de la lumière, effet fâcheux, que l’on ne combat, dans nos instruments d’optique, que par des moyens artificiels compliqués. Le cristallin produit encore, comme nous le verrons plus loin, Y accommodation de Vœil , c’est-à-dire la vision aux plus grandes distances comme aux distances les plus rapprochées.
Renfermé dans la capsule membraneuse qui le fixe aux membranes intérieures de l’œil, le cristallin est composé d’une série de couches, qui augmentent de consistance en allant du dehors au dedans. Molles et demi-liquides à l’extérieur, les couches concentriques qui composent ce globule vivant augmentent de consistance à mesure qu’elles se rapprochent du centre, et elles forment en ce point une espèce de noyau solide.
La variation de densité des couches du cristallin est une particularité dont nos lecteurs ont pu se convaincre plus d’une fois par eux-mêmes. Quand on froisse entre les doigts le cristallin extrait de l’œil d’un poisson cuit, servi sur la table, on sent fort bien que les couches extérieures cèdent, s’écoulent, et laissent un noyau compact, qui est la partie centrale et dure de cette lentille naturelle.
La rétine est, après le cristallin, la région la plus intéressante de l’œil interne. C’est, comme nous l’avons dit, le nerf optique qui forme la rétine en s’épanouissant, après avoir percé la sclérotique et pénétré dans le globe de l’œil. La rétine est une membrane très-mince qui s’étale sur la choroïde en arrière, et qui est en contact, en avant, avec la surface convexe du corps vitré.
Toute l’étendue de la rétine peut recevoir l’impression de la lumière. On a cependant signalé un point d’où la sensibilité lumineuse paraît absente, et que l’on a appelé pour cela punctum cæcum (point aveugle).
Le nerf optique, l’un des plus volumineux des nerfs crâniens, paraît une continuation immédiate des fibres nerveuses du cerveau.
LES CINQ SENS
Connaissant maintenant la disposition de toutes les parties du véritable instrument d’optique que représente l’œil humain, nous pouvons analyser lç mécanisme de la vision.
La physique nous enseigne que chaque point d’un objet éclairé envoie des rayons lumineux divergents, lesquels, à partir de ce point, forment de véritables cônes lumineux, le sommet du cône appartenant au point considéré. C’est donc un faisceau de rayons divergents que chaque point d’un objet envoie à la surface de l’œil.
Tous les rayons par trop divergents, c’est-à-dire ceux qui tombent hors de la cornée transparente, sur les sourcils, les paupières ou la sclérotique, sont perdus pour la vision. Nous n’avons donc à considérer, pour expliquer ce phénomène de la vision, que les rayons lumineux qui viennent frapper les parties transparentes du globe oculaire.
La figure 109 permettra de suivre cette analyse du phénomène physique de la vision. .
Les rayons qui ont traversé la cornée transparente, f, commencent à perdre de leur divergence; ils éprouvent une certaine réfraction, proportionnée à la puissance réfringente de cette membrane (car la cornée jouit d’un certain pouvoir réfringent, et sa convexité ajoute encore à l’effet de réfraction). Ainsi rapprochés légèrement de la perpendiculaire, les rayons lumineux traversent l’humeur aqueuse , contenue dans l’espace g. L’humeur aqueuse ne leur fait pas éprouver de grandes modifications, soit parce qu’elle forme une couche peu épaisse, soit parce qu’elle réfracte la lumière à peu près comme la cornée.
Mais ici les rayons lumineux rencontrent la membrane iris , G, que nous avons appelée un diaphragme naturel, et ce diaphragme produit son office ordinaire. Les rayons excentriques du faisceau lumineux qui tombent sur l’iris ne peuvent pénétrer à l’intérieur de l’œil : ils sont réfléchis et renvoyés au dehors. Seuls les rayons lumineux placés au centre du faisceau traversent l’ouverture centrale de l’iris, c’est-à-dire la pupille , et pénètrent jusqu’au fond de l’œil.
Arrêtons-nous un instant sur ces rayons lumineux qui, tombant sur la membrane iris , sont réfléchis à la surface de cette membrane et renvoyés au dehors. Nous surprendrons peut-être beaucoup nos lecteurs et lectrices, en disant que la couleur de leurs yeux dépend uniquement de cette réflexion opérée à la
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surface de l’iris. Cette membrane est, par elle-même, transparente et sans couleur; mais elle est appliquée sur la membrane colorée que nous avons appelée la choroïde [b). C’est la couleur plus ou moins foncée de la choroïde, vue à travers l’iris, au moyen des rayons lumineux qui vont s’y réfléchir, qui communique aux yeux leur couleur particulière. Une choroïde fortement éclairée, qui laisse apercevoir sa nuance brune à travers l’iris, donne les yeux noirs, les yeux de couleur foncée. Si la choroïde est pâle et sans couleur, on n’aperçoit à travers la transparence de l’iris qu’une nuance affaiblie, laquelle, grâce à un léger effet de décomposition de la lumière, donne une apparence bleue, et ainsi se produisent les yeux bleus.
Fig. 109. Phénomène physique de la vision. a. Sclérotique. — b. Choroïde. — c. Nerf optique. — d. Conjonctive. — f. Cornée transparente. — g . Humeur aqueuse. — h. Humeur et corps vitrés. — l. Cristallin. — k. Paupière inférieure. — L Corps lumineux dont l'image renversée se peint sur la rétine, en l'.
On nous pardonnera cette prosaïque analyse. La froide dissection que se permet la physiologie de l’un des plus beaux attributs de la physiologie humaine, n’empêche aucunement de trouver du charme aux yeux bleus, de la douceur aux yeux châtains et de la beauté aux noirs.
Suivons la marche des rayons lumineux qui, faisant partie du centre du faisceau, ont traversé la pupille et pénétré au fond de l’œil. Mais faisons auparavant remarquer que la pupille a le précieux privilège de s’agrandir ou de se rétrécir, par les contractions de l’iris, selon l’intensité de la lumière. C’est la rétine qui, désagréablement affectée par l’éclat d’une trop vive lumière, provoque, par une action réflexe, ainsi qu’il a été expliqué dans le chapitre précédent, le resserrement de la pupille, ou, à
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l’opposé, provoque sa dilatation quand la lumière est insuffisante. Dans ce dernier cas, par exemple, quand nous passons subitement de la lumière à l’obscurité, la pupille s’agrandit considérablement; elle s’ouvre le plus possible, pour admettre dans l’œil les quelques rayons lumineux qui peuvent pénétrer dans cet espace obscur.
Certains agents médicamenteux accroissent considérablement la dilatation de la pupille, c’est-à-dire les mouvements de dilatation de l’iris. Le suc d’une plante de la famille des Solanées, la belladone, est dans ce cas. Si l’on exprime une belladone fraîche, de manière à en recueillir le suc, ou à défaut, si l’on délaye dans l’eau un peu d’extrait de belladone, et qu’on instille dans l’œil quelques gouttes de ce liquide, on trouve, au bout d’un quart d’heure, la pupille de l’œil démesurément agrandie.
L’instillation de quelques gouttes de suc de belladone sur la cornée transparente est l’acte par lequel le chirugien prélude toujours à l’opération de la cataracte. On sait que pour faire cette opération, il faut introduire une aiguille acérée à l’intérieur de l’œil, à travers la pupille, afin de détruire le cristallin, devenu opaque ou qui s’est altéré par l’effet de l’âge ou de la maladie. En agrandissant ainsi artificiellement, c’est-à-dire par l’influence de la belladone, l’ouverture de la pupille, qui doit donner accès à l’aiguille du chirurgien, on facilite les manœuvres qu’il faut accomplir à l’intérieur de l’œil pour se débarrasser d’un cristallin malade ou dénaturé.
Les mouvements de contraction ou de dilatation de l’iris sont dus à de petites fibres musculaires qui existent dans cette membrane, les unes rayonnantes, destinées à dilater la pupille, les autres circulaires, servant à la rétrécir.
Les fibres musculaires de l’iris ont été décrites par Haller, d’après les anatomistes de son temps.
Les rayons qui ont franchi l’ouverture de la pupille et traversé l’humeur aqueuse, qui ne leur a fait éprouver, avons-nous dit, aucune modification appréciable, rencontrent le cristallin (ï, fig. 109), qui, par son pouvoir réfringent particulier, par sa forme lenticulaire, par l’augmentation de densité de ses couches de la circonférence au centre, réfracte puissamment les rayons et les rapproche de la perpendiculaire. Ils sortent du cristallin en convergeant les uns vers les autres, et pénètrent dans l’humeur vitrée (à, fig. 109), laquelle, terminée par une surface
concave, du côté du cristallin, augmente encore la convergence des rayons. Ainsi réunis en un faisceau unique résultant de la convergence de tous ceux qui ont pénétré dans l’œil, en partant de l’objet considéré, les rayons lumineux viennent frapper la rétine en un point, et donnent sur ce point de la rétine l’impression (/') de l’objet extérieur (l).
Mais un fait capital doit être noté maintenant. Quand on reçoit dans la chambre obscure des physiciens l’image d’un objet extérieur produite sur un écran par la lentille convergente, l’ob-
Fig. 110. Effet de la chambre obscure des physiciens : image renversée d’un paysage.
jet vient se peindre renversé sur l’écran. On voit l’image d’une maison, par exemple, avec le toit en bas, un homme les pieds en l’air et la tête en bas. C’est ce que met en évidence la figure 110. Notre œil n’étant autre chose qu’une chambre obscure naturelle, c’est-à-dire qu’une boîte fermée contenant un diaphragme (l’iris), une lentille convergente (le cristallin) et un écran (la rétine ), l’image doit être renversée sur la rétine. C’est en effet ce qui arrive.
On a longtemps mis en doute que les objets extérieurs vins-
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sent former sur la rétine une image renversée, mais l'expérience directe a complètement justifié le raisonnement fait à priori par l^s physiciens. Prenez l'œil d’un bœuf récemment tué, débarrassez la partie postérieure de ce globe de toutes les parties autres que la rétine, en raclant ces parties avec beaucoup de précaution, jusqu’à ce que vous soyez arrivé à la rétine. Disposez alors audevant de l’œil du bœuf une lumière d’une certaine intensité, un bec de gaz par exemple, et grâce à la demi-transparence de la rétine, vous verrez, à travers l’épaisseur de cette membrane, se reproduire sur cet écran naturel l’image de l’objet lumineux, mais l’image renversée (fig. 111). C’est une jolie expérience, que l’on exécute dans les cours de physique et de physiologie.
Magendie faisait cette expérience avec l’œil d’un animal albi-
Fig. 111. Renversement de l’image d’un objet, manifesté sur la rétine de l’œil d’un bœuf.
nos, celui d’un lapin blanc par exemple, dont la sclérotique et la choroïde sont transparentes toutes les deux. La flamme d’une simple bougie se voyait ainsi renversée sur la rétine.
Il est donc vrai que l’image des objets qui se peignent au fond de notre œil est renversée.
Il n’est pas moins vrai pourtant que nous voyons les objets droits.
On a longtemps hésité sur l’explication à donner de ce fait. Le physiologiste allemand, J. Müller, et plusieurs autres, d’ailleurs, ont dit que nous voyons les objets renversés, mais que, comme tout se présente à nous dans la même position, en réalité tout est renversé, et par conséquent rien n’est renversé, les idées de haut et dê bas, de droite et de gauche, n’existant que par opposition les unes aux autres.
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Longet a donné, après beaucoup d’autres physiologistes, l’explication du même phénomène d’une manière qui satisfait davantage, car elle est l’expression des lois de la physique. Sans doute, dit Longet, les objets sont peints renversés au fond de notre œil, mais nous ne pouvons voir ces objets que sur le prolongement rectiligne de chacun des rayons lumineux qui ont frappé la rétine. Nous voyons tous les points de cette image selon les lignes droites qui partent de la rétine pour aboutir à l’objet. Et c’est la vision sur ce prolongement rectiligne qui donne la vision droite *.
La figure 112 fait comprendre comment l’objet extérieur qui vient se peindre renversé au fond de l’œil, peut être vu dans sa rectitude normale. L’objet P M H se peint renversé au fond de
Fig. 112. Effet de renversement de l’image d’un objet extérieur au fond de l’œil.
H M P. Rayons lumineux partant d’un objet. — h m p. Rayons lumineux réfractés à l’intérieur de l’œil et peignant sur la rétine l’image renversée de l’objet extérieur.
l’œil, en formant l’image p m h; mais, comme la vision s’opère sur le prolongement rectiligne de chaque point qui part de la rétine pour aboutir à l’objet extérieur, on doit voir l’objet selon les lignes droites allant de p en P, et de h en H, et par conséquent redressé.
Un autre phénomène de la vision doit être expliqué ici. Nous avons deux yeux, et la vision s’accomplit dans chacun de ces organes. Si l’œil droit voit un arbre, l’œil gauche le voit également. L’âme devrait donc avoir conscience de deux objets : nous devrions voir deux arbres, au lieu d’un. On sait pourtant qu’il n’en est rien, et que les deux yeux ne nous donnent la sensation
1. Longet, Traité de Physiologie, tome II, page 827. 3e édition, 1873.
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que d’un seul et même arbre. Comment expliquer que nous n’ayons la perception que d’une seule image, alors que l’image de cet objet se produit dans chacun de nos yeux, et que, par conséquent, il existe pour nous deux images?
On explique la vue simple à l’aide des deux yeux par la symétrie des organes, qui fait que presque toutes les parties de notre corps se répètent exactement d’un côté et de l’autre. La rétine, qui reçoit l’impression des objets lumineux, est composée exactement de la même manière dans l’œil gauche que dans l’œil droit,
* l’épanouissement du nerf optique se faisant de la même manière dans les deux yeux. Sur la rétine [de l’œil droit et sur la rétine de l’œil gauche il se forme, sans nul doute, une image dis- . tincte, mais ces deux images sont parfaitement identiques l’une à l’autre. Elles sont identiques par les dimensions et les couleurs, de telle sorte que la rétine transmet au nerf optique, et le nerf optique à l’encéphale, deux impressions en tout semblables de la même image. Dès lors l’encéphale confond en une seule ces deux impressions, et nous ne voyons qu’un seul objet.
Cette explication n’est pas du pur domaine de la métaphysique; elle est l’expression des faits, et l’on peut en donner la preuve. Nous disons qu’on voit les objets simples, parce que la rétine est symétrique dans l’un et l’autre de nos yeux, et que dès lors les images s’y forment en des points rigoureusement correspondants! En effet, si nous dérangeons la correspondance des parties de nos deux rétines, en comprimant le globe de l’un de nos yeux, ou son angle externe, ce qui modifie la situation de la rétine, on verra deux images au lieu d’une. C’est que, l’un des deux globes oculaires étant ainsi dérangé de la situation normale, les parties des deux rétines sur lesquelles viennent se peindre les deux images, ne sont plus les mêmes, et que chaque œil a dès lors la sensation d’un objet différent. C’est donc bien parce qu’elles se peignent sur des régions exactement correspondantes des deux rétines, que nous avons la vision simple avec les deux yeux.
Il est encore un phénomène de la vision qu’il importe d’expliquer. Nous disons que le cristallin est une lentille réfringente. Mais une lentille réfringente, qu’elle soit composée de cristal, d’un corps liquide ou d’un corps transparent quelconque, décompose la lumière, en même temps qu’elle la réfracte. On
sait qu’un objet vu à travers une lentille apparaît coloré sur ses bords, par suite de la décomposition d’une partie de la lumière qui a traversé la lentille. Gomment se fait-il que nous n’apercevions jamais les objets avec les franges colorées, les bords irisés, qui résultent de la décomposition de la lumière? Comment se fait-il, pour employer le langage des physiciens, que l’œil soit achromatique, c’est-à-dire détruise l’effet de la décomposition de la lumière opérée par le cristallin?
L’inégale densité des couches qui composent le cristallin nous rend compte de ce résultat. Le cristallin est formé par l’assemblage de plusieurs couches de différentes densités, dont les unes réfractent la lumière et les autres la décomposent. Le physicien Dulong a prouvé que les couches différentes du cristallin ont pour résultat de recomposer, au centre de la lentille, la lumière qui a été décomposée sur ses bords.
U achromatisme de l’œil n’est pas du reste aussi complet qu’on l’admettait autrefois. Arago, Fraunhofer et d’autres physiciens ont prouvé que dans certaines conditions de la vision, les objets présentent des bandes colorées. Si, par exemple, on regarde, à la fois, un objet lointain et un point imaginaire situé plus près, en même temps que l’image devient moins distincte, ses bords semblent colorés, irisés. On constate également les effets d’irisation en regardant un corps placé près de la cornée transparente, de manière à masquer une partie de la pupille.
Autre difficulté à résoudre. Comment se fait-il que nous voyions avec la même netteté les objets très rapprochés et les objets très éloignés? La théorie physique des instruments d’optique n’explique pas cette accommodation de l’œil aux différentes distances. En effet, lorsque l’image d’un corps vient se peindre sur l’écran d’une chambre noire, cette image n’est bien nette que si l’écran est placé exactement au foyer de la lentille. Pour recevoir sur un même écran l’image d’objets plus éloignés ou plus rapprochés, il faut éloigner ou rapprocher l’écran, afin de le mettre bien au foyer, c’est-à-dire au point précis où convergent tous les rayons réfractés par la lentille. 11 en est tout autrement pour l’œil humain. On sait bien que nous n’avons pas besoin, pour voir de près ou de loin, de rapprocher ni d’éloigner l’écran naturel que nous portons au fond de l’œil, c’est-àdire la rétine. On sait bien que nous n’avons à faire aucun
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mouvement de l’œil ni de la tête pour voir à une petite comme à une grande distance. En d’autres termes, nous apercevons avec une égale netteté les objets placés loin ou près, et nous n’avons pas conscience d’accomplir le moindre effort pour nous procurer cette précieuse faculté de la vision à toutes les distances.
On discute depuis plus d’un siècle pour expliquer le curieux phénomène de Y accommodation de l’œil. On a longtemps professé que les muscles de l’œil ont le privilège, en comprimant le cristallin, de faire varier sa courbure, et de le rendre ainsi apte à voir les objets tantôt éloignés, tantôt rapprochés. Mais il est parfaitement démontré aujourd’hui que les muscles propres du globe de l’œil ne portent aucunement leur action sur le cristallin, et qu’ils agissent seulement sur le globe oculaire.
Quelques physiologistes ont prétendu que la rétine, comme l’écran de nos lanternes magiques, peut se rapprocher ou s’éloigner du cristallin; mais l’anatomie dément cette assertion.
Une explication qui a réuni de nombreuses adhésions, c’est que l’ouverture de l’iris, la pupille, grâce aux fibres qui entrent dans son tissu, peut se rétrécir ou se dilater, selon la distance de l’objet à considérer.
Le physicien Helmholtz croit que la surface antérieure du cristallin augmente de convexité pour voir les objets de près, et s’aplatit pour voir les objets lointains. Il croit également que la pupille se resserre pour voir les objets rapprochés, et s’élargit pour voir aux grandes distances. On comprend que la pupille puisse se dilater ou se resserrer pour s’accommoder aux distances, puisqu’elle est pourvue de fibres contractiles; mais on ne comprend pas comment le cristallin pourrait modifier par luimême sa courbure, alors qu’aucune fibre musculaire n’entre dans sa substance. Il est vrai que des travaux récents d’anatomie et de physiologie attribuent cet effet à l’action du muscle ciliaire.
Ce qui prouve néanmoins qu’aucune explication tirée de la physique ne peut rendre compte de Y accommodation de l’œil, c’est que nous percevons à la fois les objets lointains et les objets rapprochés. Si l’œil exerçait un effort quelconque pour s’accommoder à la vision des objets ou éloignés, ou rapprochés, si le cristallin devait diminuer ou augmenter sa convexité selon que l’objet est loin ou près, il ne pourrait évidemment accomplir ces
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deux efforts d’une manière simultanée : s’il s’aplatit, il ne peut, en même temps, se bomber. Il est certain pourtant que du même regard nous voyons à la fois, sans aucun effort, sans aucune fatigue, les corps placés à 20, à 30, à 100 mètres, etc., et cela simultanément. Cette remarque prouve que le phénomène de V accommodation de l’œil, en dépit des efforts des physiologistes, est encore inexpliqué.
Si les yeux ont une force de réfraction trop énergique, soit en raison de la trop grande courbure du cristallin ou de la cornée transparente, soit par l’excessive profondeur du globe oculaire, soit par la trop grande densité de l’humeur aqueuse ou de l’humeur vitrée, les rayons lumineux ayant leur foyer formé trop en avant de la rétine, ne donnent plus une image nette et précise. Si ce foyer est en avant de la rétine, les rayons s’entrecroisent, divergent de nouveau, et, tombant épars sur la rétine, n’y, produisent qu’une sensation confuse.
On appelle myopie le défaut organique de la vision dans lequel on ne peut distinguer que des objels très rapprochés, c’est-à-dire ceux qui envoient des rayons divergents, et qui ont par conséquent besoin, pour arriver au fond de l’œil, de rencontrer un cristallin j ouissant d’une grande puissance de réfraction.
Un vice organique contraire, c’est-à-dire un cristallin peu convexe, une cornée transparente aplatie, un globe de l’œil court, ou des humeurs trop abondantes, ont pour résultat d’allonger le foyer des rayons visuels, de sorte que ce foyer tombe au delà de la rétine. Alors on est presbyte, on ne voit que des objets éloignés, parce que les rayons qui émanent de ces objets étant peu divergents, n’ont pas besoin d’être beaucoup réfractés.
Les figures 113, 114 et 115 mettent en évidence la situation du foyer visuel : 1° dans l’œil normal, 2° dans l’œil presbyte, 3° dans l’œil myope.
Dans la figure 113, la flèche qui représente l’objet considéré vient se peindre sur la rétine à la distance de la vue normale ; dans la figure 114, le foyer est plus rapproché et l’image de la flèche est formée trop en avant de l’œil pour que la vision soit distincte : l’œil est myope. Dans la figure 115, l’image de la flèche est formée au delà de la rétine : l’œil est presbyte.
La portée de la vue à l’état normal, pour lire ou écrire, est d’environ 30 à 35 centimètres. Pour lire, le myope doit donc
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tenir son papier à une distance moindre de 30 centimètres, et le presbyte à une distance beaucoup plus grande, mais qui ne dépasse guère 75 centimètres, c’est-à-dire à peu près le double de la longueur de la vision normale. Quelquefois la myopie est si forte, qu’il faut rapprocher l’objet jusqu’au contact du nez, c’està-dire à 2 ou 3 centimètres de l’œil.
Fig. 113. Situation de l’image formée Fig. 114. Situation de l’image formée dans l’œil normal. dans l’œil myope.
il arrive souvent que la myopie n’existe que dans un œil, l’autre ayant la force de réfringence normale. Cette différence dans la portée des yeux est extrêmement commune. Elle passe habituellement inaperçue, parce que beaucoup de personnes ne se servent que d’un œil, sans s’en douter, un de leurs yeux étant myope ou presbyte et l’autre ayant la vision normale. Dès lors, c’est l’un ou l’autre œil qui fonctionne selon les besoins, et, nous
Fig. 115. Situation de l’image formée dans l’œil presbyte.
le répétons, sans que l’individu s’en doute. L’égalité dans la portée des deux yeux est l’exception, et non la règle.
La myopie résulte quelquefois de la mauvaise habitude qu’on laisse prendre à l’enfant de regarder de très près les objets qui excitent son attention. Alors le cristallin prend une plus grande concavité, la pupille se rétrécit, et cet organe s’habituant à
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cette constriction, la conserve dans la suite de l’âge. Pour prévenir cette vicieuse tendance, il ne faut présenter à l’enfant qu’à une assez grande distance les objets qui piquent sa curiosité.
La myopie est un vice congénital, mais la presbytie est le plus souvent un effet de l’âge. (C’est du reste ce qu’indique le nom même de presbyte , tiré du grec rcpeagtiç, vieillard.) Avec le temps, les humeurs de l’œil se dessèchent, ou la convexité du cristallin diminue. De là résulte la disparition, ou, ce qui est plus fréquent, la diminution de la myopie avec l’âge, et une tendance à la presbytie. Vers l’âge de soixante ans, il est rare qu’on ne soit pas un peu presbyte.
La science et l’art réunis ont réalisé un bienfait inappréciable pour remédier aux effets de la myopie et de la presbytie. Nous voulons parler des lunettes à l’usage des presbytes et des myopes, vulgairement nommées besicles.
Les figures 114 et 115, qui ont mis sous les yeux du lecteur la formation de l’image en avant du foyer de la rétine chez le myope, et la place de l’image de l’objet au delà de la rétine chez le presbyte, font, pour ainsi dire, comprendre d’avance le genre de lentilles ou de verres qu’il faut appliquer à la vue du myope et du presbyte pour lui permettre de voir les objets avec netteté. Au myope il faut donner des lunettes biconcaves, qui reculent le foyer visuel, et viennent le placer exactement sur la rétine. Le presbyte doit s’armer de verres biconvexes, qui fassent avancer le foyer, et le placent exactement sur la rétine.
La figure 116 fait comprendre le mécanisme optique des verres de myope et de presbyte.
Considérons d’abord l’effet des verres de myope.
Les rayons lumineux partis du point A (fig. 116), placé à la distance ordinaire, et rendus divergents par l’effet du verre biconcave placé au-devant de l’œil, vont former leur foyer sur la rétine, et paraissent venir dès lors du point A', situé à portée de la vision existante du myope.
La même théorie, s’appliquant à l’effet des verres de presbyte, fait comprendre que les rayons lumineux partis du point A (fig. H7), situé à la distance ordinaire, et rendus convergents par la lentille biconvexe placée devant les yeux du presbyte, paraissent venir du point A', situé à la portée de la vision distincte du presbyte.
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Nous disions tout à l’heure que la myopie est congénitale, mais que la presbytie est une infirmité résultant de l’âge, et que vers soixante ans il est rare que l’on ne soit pas un peu presbyte. Il faut alors se résigner à porter des lunettes biconvexes.
Quant aux lunettes à l’usage des myopes, il est sage de n’en point abuser, surtout pendant la jeunesse. Il est reconnu que
Fig-. 116. Effet du verre de lunette biconcave à l’usage des myopes.
l’usage des lunettes trop fortes aggrave la myopie. Les personnes qui regardent souvent au microscope, comme les naturalistes, ainsi que les ouvriers qui travaillent à la loupe, comme les horlogers et les graveurs, se rendent presque tous myopes, par l’habitude de forcer le jeu de l’iris et du cristallin.
Avant l’invention des besicles , qui est historiquement de date
Fig. 117. Effet du verre de la lunette biconcave à l’usage des presbytes.
récente, les myopes étaient les gens les plus malheureux du monde. Ils ne voyaient qu’à travers un brouillard tout ce qui se trouvait à quelques pas de distance, et cette infirmité était pour eux une source d’inconvénients et même de dangers. La découverte des besicles, c’est-à-dire des lunettes à verres concaves pour les myopes et à verres convexes pour les presbytes, est donc un des plus grands bienfaits dont la science ait doté l’iiuma-
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nité. A ce titre nous croyons devoir rappeler ici le nom du véritable auteur de cette invention utile. L’histoire de cette découverte est d’ailleurs peu connue, et présentée dans les ouvrages élémentaires d’une manière inexacte.
Les anciens ont fabriqué et manié le verre sous toutes ses formes. Il n’est aucune application du verre que n’ait réalisée l’industrie des Romains, des Grecs, des Égyptiens et des peuples de l’ancienne Asie, particulièrement de la Syrie et de la Phénicie. D’un autre côté, les mathématiciens de l’antiquité et ceux du Moyen âge connaissaient fort bien les principes géométriques sur lesquels repose la construction des besicles. Enfin, les globes de verre remplis d’eau étaient employés par les ouvriers grecs et romains pour grossir les objets. Il est donc étrange que les besicles n’aient pas été imaginées dès l’antiquité grecque ou romaine. Le fait est pourtant que les anciens n’ont jamais eu l’idée de tailler des verres grossissants. Ce n’est qu’au quatorzième siècle que l’on construisit pour la première fois des besicles, c’est-à-dire des lunettes munies de lentilles de verre à l’usage des myopes et des presbytes.
Un passage de YOpus majus de Roger Racon, ce moine prodigieux qui, au treizième siècle, créa, pour ainsi dire, toutes les sciences physiques, aurait pu mettre sur la voie de la construction des besicles1. Mais les écrits de Roger Bacon ne furent connus qu’assez longtemps après la mort de ce grand