QU’EST-CE QUE LE SOMMEIL
Le sommeil est le repos du système nerveux central, avec persistance de l’action du nerf grand sympathique. — Le sommeil n’est pas l’image de la mort, mais l’expression de la vie. — Une suspension périodique de l’exercice des fonctions de l’encéphale est indispensable pour la réparation de nos forces. — Pendant le sommeil, les fonctions non soumises à la volonté et qui sont sous la dépendance du nerf grand sympathique, continuent de s’exercer, et même s’exercent quelquefois avec plus d’énergie. — Phénomènes précurseurs du sommeil. — Ordre successif dans lequel les organes de l’économie sont envahis par le sommeil. — On doit dormir sur le côté droit dans l’état de santé. — La durée moyenne du sommeil est de sept heures. — Le sommeil chez l’enfant, chez l’adulte et chez le vieillard. — Circonstances qui influent sur le sommeil. — Le sommeil provoqué par les agents anesthésiques. — Le réveil. — Phénomènes qui accompagnent le réveil. — Circonstances qui influent sur le réveil. — Qu’est-ce que le rêve? C’est un travail imparfait de l’âme, pendant lequel l’intelligence, à demi maintenue, associe et combine des idées, mais sans jugement et sans suite. Le sens intime dévoyé enfante des images bizarres. — Dans certains cas exceptionnels, l’intelligence suit, dans les rêves, un ordre logique, et l’on peut en rêvant accomplir des opérations d’esprit difficiles. — Exemples de ces rêves intelligents. — M. Alfred Maury donne trop d’importance à l’influence des causes agissant présentement sur le dormeur pour provoquer le genre de rêves. — Les songes prophétiques chez les anciens. — Si le rêve est poussé très loin, et que le système musculaire continue d’obéir aux impulsions du cerveau, on a le somnambulisme naturel. — Le somnambule est un rêveur en action. — Exemples de somnambulisme. — En général, les somnambules sont maladroits et sont exposés, en cet état, à de grands dangers. — Le somnambulisme naturel peut être provoqué par des manœuvres agissant à la fois sur le physique et sur le moral, et l’on produit ainsi chez l’homme Y état magnétique.
— Explication du magnétisme animal par Y état hypnotique , découvert, en 1841 , par le médecin écossais Braid. — Identité de l’état magnétique et de l’état hypnotique. — Travaux de MM. Azam, Broca, Cloquet, Giraud-Teulon, Follin, établissant que l’état magnétique est identique à l’état hypnotique. — Comparaison de ces deux états. — Le phénomène des tables tournantes expliqué par l’hypnotisme.
— Les médiums sont des individus en proie au somnambulisme naturel pro-
LE SOMMEIL
voqué. — L’état hypnotique explique d’autres phénomènes prétendus merveilleux : les opérations chirurgicales accomplies dans Y état mesmérique , la catalepsie des moines du mont Athos, l’immobilité prolongée des fakirs indiens, l’immobilité des Arabes de la tribu des Beni-Aïaoussas, etc. — Travaux récents de M. Charcot sur les effets de l’hypnotisme.
Il n’est pas de question qui embarrasse davantage l’homme du monde, l’homme étranger aux sciences naturelles, que celle du sommeil. En quoi consiste cet étrange état de l’économie dans lequel nous perdons toute conscience, tout sentiment de nousmêmes, dans lequel l’intelligence et la volonté sont suspendues, où nous sommes abandonnés, comme une chose inerte, aux influences du dehors, livrés à tous les hasards des événements extérieurs, et pendant lequel, néanmoins, une grande partie de nos fonctions, la respiration, la circulation du sang, de la lymphe et du chyle, la digestion, l’absorption, les sécrétions, l’innervation, s’accomplissent avec une régularité parfaite? Et les rêves qui viennent souvent traverser notre sommeil, et pendant lesquels nous saisissons des lambeaux flottants de notre intelligence, de notre conscience et de notre volonté, comment les expliquer? Quelle est la cause, quelle est la signification de ces obscures manifestations du sens intime, alors que tout paraît suspendu dans l’être intelligent? Autant de questions aussi embarrassantes les unes que les autres, pour le vulgaire.
Eh bien, chers lecteurs, ce problème qui paraît si compliqué, si peu accessible, si obscur, pour les personnes qui ne possèdent aucune notion des sciences naturelles, qui ignorent la structure du corps humain et les forces qui le régissent, se résout facilement avec les connaissances que nous fournit la physiologie. Celui qui a suivi avec attention les développements de ce livre, jouira ici de l’une des plus grandes satisfactions de l’esprit, en ce sens qu’il fera l’application des connaissances qu’il a acquises pour élucider une des questions les plus intéressantes de sa propre existence.
Nous avons étudié, dans un des chapitres précédents, le système nerveux. L’application des principes posés dans ce chapitre va nous expliquer quel est l’état de l’économie vivante que l’on nomme le sommeil , et nous donner la clef des phénomènes secondaires qui s’y rattachent, tels que les rêves et le somnambulisme.
Il existe, avons-nous dit, deux ordres de systèmes nerveux :
THÉORIE
celui qui préside aux actes volontaires, système ayant pour siège anatomique le cerveau et la moelle épinière, et celui qui préside aux fonctions inconscientes et involontaires, telles que la digestion, la circulation, la respiration, les sécrétions, etc., système ayant pour siège anatomique la poitrine et l’abdomen, et pour organe cette sorte de cerveau multiple intérieur, ce réseau sensitif qu’on nomme le nerf grand sympathique.
Le sommeil est l’acte qui établit avec le plus de netteté la séparation de ces deux ordres de système nerveux. En effet, les fonctions qui s’accomplissent sous l’influence du nerf grand sympathique, n’ont ni cesse, ni repos; elles représentent, pour ainsi dire, le mouvement perpétuel de la machine animale. La circulation, la respiration, les sécrétions, etc., ne subissent aucun temps d’arrêt, depuis la naissance jusqu’à la mort. Le système nerveux du grand sympathique est comme une sentinelle immuable, qu’on ne relève jamais; mais le système nerveux central, qui préside aux fonctions de la conscience, de la volonté et des sens, est un fonctionnaire qui se repose par intervalles. Le sommeil est l’état de repos du système nerveux central, c’est-àdire du cerveau, avec permanence de l’exercice du système nerveux ganglionnaire.
On peut définir le sommeil : la suspension temporaire de faction du système nerveux qui préside aux fonctions dépendant de la volonté et à l’exercice des sens, système qui a son siège dans le cerveau et dans une partie de la moelle épinière, avec persistance de l’action du nerf grand sympathique, qui continue de diriger les fonctions de l’économie vivante, en l’absence momentanée de son chef de file, le cerveau.
11 faut donc écarter bien loin cette idée, empruntée aux anciens, que le sommeil est l’image de la mort :
....Quid est somnus gelidæ nisi mortis imago1?
Contemplez le sommeil calme et tranquille de l’enfant, ses joues animées d’un doux incarnat; suivez les mouvements de sa respiration douce et régulière, et l’instinctive agitation de ses lèvres entr’ouvertes, qui, sous l’empire d’un rêve léger et charmant, semblent chercher le sein maternel, et vous ne direz pas, comme les anciens, que le sommeil soit l’image de la mort. Vous