L’HYPNOTISME
— Pardon, pardon, dit le spectre, il y a erreur! Je suis, moi, saint Louis de Gonzague. On avait appelé saint Louis, je suis venu; mais le roi Louis IX était sorti! »
Le sommeil hypnotique, c’est-à-dire le somnambulisme provoqué par la longue comtemplation d’un objet, accompagnée d’une tension considérable, explique un grand nombre d’autres phénomènes qui ont paru longtemps appartenir à l’ordre surnaturel.
Dans un ouvrage publié à Londres en 1852 : Clairvoyance naturelle et mesmêrique , avec V application du mesmérisme à la pratique de la chirurgie et de la médecine , le docteur Esdaile faisait connaître les résultats de 261 opérations diverses exécutées sans douleur pour le patient, par un procédé qui n’est évidemment autre chose que l’hypnotisme. Parmi ces opérations figurent 200 ablations de tumeurs, provenant d’une maladie commune dans les Indes, et que l’on désigne sous le nom d’éléphantiasis. On sait que les tumeurs dites éléphantiasiques atteignent parfois des dimensions énormes; le poids des tumeurs enlevées par le docteur Esdaile, sous l’influence de ce qu’il appelle Y état mesmérique , variait depuis dix jusqu’à cent livres.
Voici en quoi consiste le procédé suivi par le docteur Esdaile pour rendre ses malades insensibles à la douleur de l’opération.
Le patient étant couché sur un lit un peu bas, dans une chambre à demi obscure, un individu quelconque du service, le plus souvent un serviteur nègre, se place debout, à la tête du lit, et s’incline en avant, jusqu’à ce que son visage soit placé immédiatement au-dessus du visage du malade. Il demeure dans cette attitude fixe pendant un quart d’heure ou une demi-heure, en faisant par intervalles, avec les mains, des passes sur la tête ou sur la poitrine du patient. Celui-ci finit par tomber dans un état de catalepsie et d’insensibilité qui permet de pratiquer sur lui, sans douleur, les opérations les plus longues. Le docteur Esdaile se servait aussi, pour arriver au même résultat, de ce qu’il nommait le procédé européen , qui consistait dans l’emploi des passes et manipulations diverses qui sont propres à nos magnétiseurs.
Quand on considère que le nègre indien, qui fait fonction de mesmériste , se tient incliné et immobile un long espace de temps au-dessus du visage du patient, ses yeux étant fixés sur les yeux
LE SOMMEIL
du malade, il devient évident que l’état physiologique provoqué par ce moyen de fascination n’est autre chose que l’hypnotisme.
Un autre fait que l'on peut invoquer à propos même du sujet, c’est celui que présentent les moines du mont Athos, qui se jettent dans de longues extases cataleptiques, prolongées par eux à volonté, en se regardant fixement la région ombilicale. On ne peut attribuer qu’à l’hypnotisme l’état extatique provoqué chez ces moines par cette singulière contemplation.
Les fakirs des Grandes-Indes tombent en catalepsie en se regardant, pendant un quart d’heure le bout du nez. Au bout de ce temps, une flamme bleuâtre apparaît, dit-on, à l’extrémité de leur nez, et bientôt la catalepsie se manifeste. C’est évidemment grâce à l’hypnotisme que les fakirs indiens peuvent conserver pen dant un temps considérable ces attitudes et ces poses extraordinaires qui leur attirent le respect et l’admiration de la multitude.
Si l’on interrogeait les voyageurs de l’Orient, on trouverait une foule de pratiques en usage chez les peuples de ce pays pour produire l’enchantement, la fascination, et qui s’expliqueraient toutes par le phénomène dont nous parlons.
Tels sont, par exemple, les étranges spectacles dont les Beni- Aïaoussas, tribu arabe de Constantine, rendent le public témoin, les jours de fête publique. Ils se livrent à des contorsions violentes du corps et à des mouvements désordonnés. La face est inondée de sueur, les yeux rouges et saillants, le cerveau manifestement congestionné; l’écume sort de leur bouche. On les voit alors se percer la joue avec des armes aiguës et des fers rougis au feu, marcher sur des barres de fer rouges, avaler du verre pilé qui ensanglante leur bouche, etc., sans manifester le moindre signe de douleur.
Dans cette étrange scène, on ne peut voir que les effets d’un état hypnotique, provoqué par un moyen particulier.
Divers procédés de fascination propres aux sorciers égyptiens et arabes s’expliquent, comme une foule d’autres phénomènes du même ordre, par l’état hypnotique, et l’on peut dire, de la manière la plus générale, que le curieux état physiologique découvert par le docteur Braid nous rend compte de la plupart des faits prétendus merveilleux qui ont si longtemps abusé de la crédulité publique.
QU’EST-CE QUE LA MORT
Définition de la mort. — Trois doctrines différentes sont professées pour expliquer la nature intime de l’être humain : 1° Y animisme de Stahl, 2° le vitalisme de Bichat, 3° le vitalisme Barthézien. — Le matérialisme n’est pas une doctrine scientifique.
— Appréciation de Y animisme et rejet de ce système. — Appréciation du vitalisme de Bichat. — La doctrine des propriétés vitales de Bichat mal comprise par les physiologiques contemporains partisans de ce système. — Le système des propriétés vitales admis par Claude Bernard se réduit au quia opium facit dormire de Molière. — Le vitalisme Barthézien. — Exposé de cette doctrine. — II y a dans l’homme trois éléments : le corps, l’âme et la vie. — Distinction de ces trois éléments. — Propriétés du corps. — * Caractères de la vie. — Attributs et caractères de l’âme. — Parallèle de l'âme et de la vie, d’après Barthez et Lordat.
— Le fuseau vital et le parabole animique de Lordat. — Après la mort, la vie disparaît, et le corps se dissout, tandis que l’âme, impérissable et immortelle, recommence une carrière nouvelle dans l’infini des espaces célestes.
- Bichal a défini la vie : « l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. » Cette définition a été fort admirée. Elle exprime, en effet, avec une grande concision, la réalité des phénomènes biologiques; mais elle n’a aucune importance au point de vue doctrinal, car elle ne dit nullement en quoi consiste la vie. Elle présente, d’ailleurs, le vice logique de comprendre dans la définition le mot, ou, si l’on veut, l’idée à définir.
Qu’est-ce donc que la mort , au point de vue scientifique?
Pour nous, c’est la séparation de l’àme et du corps.
Pour justifier cette définition, il faut exposer l’idée doctrinale à laquelle nous nous rallions, concernant la nature intime de l’être humain.
QU’EST-CE QUE LA MORT
Pour expliquer la nature propre de l’homme, les physiologistes sont aujourd’hui partagés entre trois doctrines :
1° L 7 animisme de Stahl, que professaient la plupart des médecins spiritualistes de nos jours, par exemple MM. Pidoux, Parchappe, Cayol, Saies-Girons, Bouchut, Chauffard, etc.;
2° Le vitalisme de Bichat , auquel adhérait Claude Bernard, et qui compte parmi ses partisans la grande majorité des médecins, français;
3° Le vitalisme Barthézien , propre à l’école de Montpellier.
On remarquera que nous ne comptons point parmi les systèmes destinés à expliquer la nature intime de l’homme, le matérialisme. En effet, le matérialisme n’est pas un système de philosophie. C’est une négation pure et simple; c’est une manière enfantine de raisonner, car elle n’exige aucun savoir, aucune connaissance, car elle est l’apanage de l’ignorant, aussi bien que du savant. Mais en philosophie , comme dans les sciences naturelles, il ne s’agit pas de nier, il s’agit d’expliquer; et le matérialisme, qui se borne à dire que les phénomènes physiques organiques, intellectuels et moraux propres à l’homme ne tiennent qu’à son organisation et périssent avec ses organes, le matérialisme qui ne s’inquiète de rendre compte d’aucun des phénomènes admirables que présente l’organisation humaine, ne saurait être admis comme un système scientifique ni philosophique. Le matérialisme ne formule aucune théorie; il se contente de dire que les lois de la matière expliquent tout. Mais comment les lois de la matière donnent-elles cette explication? Comment les lois de la matière donnent-elles la raison de la génération des êtres, vivants, du développement du germe dans l’ovaire végétal ou. dans l’oviducte humain, des battements de notre cœur, des contractions de nos muscles ou du rôle des nerfs? C’est ce qu’il ne songe même pas à rechercher. Le matérialisme n’cst donc pas une doctrine scientifique.
D’ailleurs, le matérialisme, il est facile de l’établir, n’est autre chose que l’athéisme. Or l’existence de Dieu est un fait évident, qui n’a besoin d’aucune démonstration, car Dieu n’est autre chose que la cause suprême de tous les effets dont la nature étale à nos yeux le spectacle. Le matérialisme, qui s’identifie avec l’athéisme, n’est donc pas digne d’être pris en considération comme système philosophique.