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LE MÉDIUMS

instant leur attention de l’opération à laquelle elles prennent part, le plus grand nombre n’éprouve aucun effet particulier. Mais il est bien difficile que l’une d’elles, une seule, si l’on veut, ne tombe pas, pour un moment, en proie à l’état hypnotique; il ne faut peut-être qu’une seconde de durée de cet état pour que le phénomène se réalise. Le membre de la chaîne tombé dans le sommeil hypnotique, n’ayant plus conscience de ses actes, et n’ayant que l’idée fixe de la rotation de la table, imprime, à son insu, le mouvement au meuble. Il peut en ce moment déployer une force musculaire relativement considérable, et la table s’élance. Cette impulsion donnée, cet acte inconscient accompli, il n’en faut pas davantage. L’individu dont l’esprit a été un moment égaré peut ensuite revenir à son état ordinaire, car à peine ce mouvement de déplacement mécanique s’est-il manifesté dans la table qu’aussitôt toutes les personnes composant la chaîne se lèvent et suivent ses mouvements, autrement dit, font marcher la table, en croyant simplement la suivre. Quant à l’individu, cause involontaire, inconsciente du phénomène, comme on ne conserve aucun souvenir des actes que l’on a exécutés dans l’état hypnotique, il ignore lui-même ce qu’il a fait, et il s’indigne de très bonne foi, si on l’accuse d’avoir poussé la table. Il soupçonne même les autres membres de la chaîne d’avoir joué le mauvais tour qu’on lui reproche. De là ces fréquentes discussions et même ces disputes graves auxquelles donnait si souvent lieu la puérile distraction des tables tournantes.

Les médiums , qui, en 1861, remplacèrent les tables tournantes, sont également des individus que l’on place, par divers moyens et surtout par l’habitude, dans l’état de somnambulisme artificiellement provoqué. En cet état, ils parlent, écrivent, répondent aux questions qu’on leur adresse, absolument comme les somnambules naturels, et comme les somnambules, ils n’ont, au réveil, aucun souvenir de ce qu’ils ont pu dire ou penser pendant leur sommeil.

Il est bien entendu que ces pauvres voyants ne peuvent tirer de leur faible cervelle que les notions qui s’y trouvent; et çes notions sont, hélas! bien peu de chose d’ordinaire.

On voit que, dans cette explication physiologique du phénomène des tables tournantes et des paroles des médiums, nous

LE SOMMEIL

ne nous préoccupons pas de l’hypothèse des esprits , fort discréditée d’ailleurs aujourd’hui.

Ce qui prouve que les médiums puisent tout en eux-mêmes, c’est que les prétendus esprits interrogés par un médium savent tout juste, et ni plus ni moins, ce que sait le médium. Demandez à un esprit de répondre à une question faite en anglais, l’esprit répondra parfaitement dans cette langue, si le médium connaît la langue anglaise; mais si le médium est étranger à cet idiome, l’esprit se taira. Que si, au contraire, notre médium sait l’anglais, l’esprit répondra dans l’idiome britannique, au grand ébahissement de l’assistance.

Nous avons souvent ri de la naïveté des gens qui demandent aux médiums des renseignements que personne ne peut savoir, par exemple, sur le cours de la Bourse du lendemain, ou sur les noms des chevaux qui doivent gagner aux courses de Longchamp. Ces naïfs consultants ignorent que l’esprit ne sait que ce que le médium sait lui-même, comme la somnambule d’un magnétiseur ne peut rien exprimer qui dépasse le nombre et l’ordre de ses propres connaissances.

On a remarqué, de même, que les esprits reflètent toujours avec exactitude les opinions des médiums, ou de ceux qui les assistent. Les esprits sont religieux et croyants dans un cercle de dévots; ils sont mécréants dans une réunion de sceptiques.

Nous rappellerons ici la réponse la plus plaisante que l’on ait conservée en ce genre. On demandait un jour à un médium ce qu’il fallait penser de l’existence du diable. Le médium ayant pris son crayon et s’étant mis, dans les formes voulues, en rapport avec les habitants de l’autre monde, transmit aux assistants cette mirifique réponse :

« Je n'existe pas. — Signé Satan. »

Dans un cercle de médiums, on avait besoin de connaître la date de la septième croisade. On trouva tout simple d’évoquer saint Louis pour lui demander cette date. On se recueille donc; on évoque l'esprit du roi mort sur la terre d’Afrique, et on lui demande la date de son embarquement à Aigues-Mortes. Mais saint Louis répond par l’organe du médium :

« Je ne la connais pas! »

— Il est bien extraordinaire, dit l’évocateur, que vous ne connaissiez point cette date! C’est vous qui vous êtes embarqué à Aigues-Mortes.

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