ÉTUDE CHIMIQUE, PHYSIQUE ET PHYSIOLOGIQUE DU SANG CHEZ LTIOMME
De tous les liquides de l’économie, le sang est celui qui présente le plus d’intérêt pour le physiologiste. Cette proposition paraît très naturelle lorsqu’on sait que dans le sang réside la source de toutes les sécrétions du corps humain.
Considéré d’une manière très générale,' le sang est un mélange de tous les liquides et une dissolution de tous les solides qui doivent constituer l’être vivant. On comprend dès lors son importance dans les actes de la vie. On conçoit surtout que l’étude de ses propriétés ne doive être abordée qu’avec la plus sérieuse attention. Il est certain, en effet, que la connaissance complète et absolue des propriétés de ce liquide, que le médecin Bordeu, au siècle dernier, caractérisait si heureusement en l’appelant de la chair coulante , nous dévoilerait tous les mystérieux phénomènes de la nutrition et de l’organisation animale.
En le considérant d’abord sous le point de vue purement chimique, demandons-nous ce que c’est que le sang.
Quelques mots suffiront pour caractériser la véritable nature de ce liquide complexe.
Le sang est un liquide aqueux tenant en dissolution de l’albumine, en demi-dissolution de la fibrine, et en suspension certains corps, d’un volume microscopique, auxquels on donne le nom de globules du sang.
Cette constitution du liquide sanguin nous rend compte du phénomène remarquable qui doit arrêter tout d’abord l’attention quand on s’occupe d’études sur le sang. Nous voulons parler du phénomène de sa coagulation.
Quand on pratique une saignée sur l’homme, c’est-à-dire quand, après avoir arrêté, par une ligature, le cours du sang vers le cœur, on pique une veine avec une lancette, et que l’on reçoit dans un vase le jet de sang liquide, on observe, au bout d’une heure environ, que le sang s’est coagulé , c’est-à-dire s’est partagé en deux parties : à savoir, une sorte de gelée rougeâtre et tremblotante, que l’on appelle caillot , et une portion liquide, de couleur jaunâtre, le sérum (fig. 41).
GOMMENT LE SANG CIRCULE
D’où provient la coagulation du sang? La coagulation du sang est la conséquence de la précipitation de la fibrine. Cette matière, dissoute naturellement dans le sang pendant l’état de vie, se sépare, devient insoluble dans le sang tiré hors des vaisseaux. En d’autres termes, la fibrine, soluble dans le sang vivant, est insoluble dans le sang mort. Cette fibrine, en se précipitant au sein du liquide qui tient en suspension les globules du sang, enveloppe ceux-ci comme dans les mailles d’un filet, et les entraîne avec elle, en formant ce que l’on nomme le caillot.
Tel est donc le mécanisme physique de la coagulation du sang.
Le caillot est la réunion des globules du sang et de la fibrine; le sérum est le liquide aqueux qui surnage le caillot et qui renferme toutes les substances solubles.
Mais quelle est la cause précise qui détermine la précipitation de la fibrine? D’où vient que, soluble dans le sang vivant, la fibrine se précipite dès que le sang est tiré du corps de l’animal? Nous sommes encore bien peu en état d’expliquer ce phénomène. On démontre, par l’expérience, que ni la chaleur que le sang présente dans l’état de vie, ni l’agitation résultant de sa circulation dans les vaisseaux, ni la présence de l’oxygène de l’air, ne peuvent expliquer la coagulation du sang tiré des veines. En effet, chauffé à la température du corps de l’homme, le sang ne se coagule que plus vite. Agité hors des vaisseaux, maintenu dans le vide, il n’en subit pas moins sa modification ordinaire. Nous sommes donc conduits à admettre qu’il y a dans ce phénomène quelque chose de vital; que c’est par une cause vitale, c’est-à-dire inconnue, que le sang dissout la fibrine, et qu’il la laisse précipiter quand la vie l’abandonne.
On a fait, à cette manière de considérer le phénomène qui nous occupe, quelques objections, qu’il n’est pas inutile de rapporter, pour les réfuter.
On a dit qu’il suffît d’une très faible proportion de carbonate de soude ou d’ammoniaque pour empêcher la coagulation du sang. On a fait remarquer que, dans un assez grand nombre de
(B. Caillot. — A. Sérum.)
ETUDE DU SANG
maladies, le sang reste fluide après la mort; et qu’il en est de même pour les animaux frappés d’une décharge électrique, ou qui succombent à l’action de certains poisons.
On a dit encore que cet état de dissolution de la fibrine n’est pas sans analogue dans la nature morte. L’amidon, par exemple, affecte avec l’eau un état de dissolution qui rappelle celui de la fibrine, puisque, quand les dissolutions aqueuses d’amidon vieillissent, l’amidon s’en sépare, et qu’il suffit, d’ailleurs, de l’addition d’un sel soluble ou de l’exposition au froid, pour déterminer sa précipitation. De même, le bleu de Prusse, naturellement tout à fait insoluble dans l’eau, peut s’y dissoudre en apparence et passer à travers les filtres quand on ajoute à l’eau un peu de prussiate de potasse. Mais, au bout d’un temps assez long, le sel insoluble finit par se précipiter.
Ces objections, tout en faisant comprendre la manière dont la séparation de la fibrine peut s’effectuer dans le sang tiré des vaisseaux, ne nous donnent pas la raison de ce phénomène. Il reste, en effet, à trouver quelle est la cause qui provoque cette séparation de la fibrine, à expliquer pourquoi cette précipitation, qui se fait après la mort, ne s’effectue pas durant la vie. Cette cause, nous le répétons, est, selon nous, vitale, c’est-à-dire inaccessible à nos explications.
Pour ce qui est de la non-coagulation du sang additionné de matières alcalines, le fait s’explique sans peine, puisque les sels alcalins dissolvent les globules sanguins, et que si l’on ajoute au sang du carbonate de soude, sa coagulation ne peut être que très faible, ou même nulle, la matière qui produit le caillot étant désormais dissoute. La fibrine est la seule substance que le sang laisse précipiter; il est donc tout naturel qu’elle ne forme plus de caillot quand elle reste dissoute dans le sérum.
Après avoir établi ce que c’est que le sang, d’une manière générale, et fixé l’arrangement véritable et les rapports naturels des éléments divers qui le composent, entrons dans l’examen détaillé de sa composition chimique.
Pour introduire quelque clarté dans l’énumération des nombreuses matières qui font partie du sang, il n’y a rien de plus commode que d’utiliser cette analyse naturelle qui s’effectue spontanément dans le sang tiré des veines, c’est-à-dire que d’étudier à part le caillot et le sérum (fig. 41).
GOMMENT LE SANG CIRCULE
Caillot. — D’après l’analyse de Lecanu, 1000 parties de sang liquide fournissent 130 parties de caillot sec. Le caillot, comme nous l’avons dit, consiste uniquement dans le mélange de la fibrine et des globules. Pour 3 parties de fibrine il y a 127 parties de globules.
Nous dirons peu de chose de la fibrine. Nous rappellerons seulement qu’elle existe dans le sang à l’état de dissolution, et qu’elle est indépendante des globules.
Ce fait, qui est demeuré longtemps en doute, a été parfaitement prouvé par une expérience du physiologiste allemand, J. Muller, expérience qui est restée célèbre. J. Muller réussit à séparer les globules de la fibrine par une simple filtration. Il prit du sang de grenouille et le jeta sur un filtre : les globules restèrent sur le filtre, et la fibrine se coagula dans le liquide filtré. L’état de dissolution de la fibrine dans le sang et son indépendance des globules sont mis en évidence, de la façon la plus claire, par cette expérience, aussi simple que démonstrative.
Les globules du sang sont les organes dans lesquels paraissent résider les propriétés vitales du sang. Privé de globules, le sang n’impressionne plus le système nerveux. Examinons, en conséquence, avec quelque soin les propriétés particulières des globules du sang.
Les globules du sang sont de deux ordres : les globules rouges, qui caractérisent tout spécialement le sang, et les globules blancs, qui ne sont autre chose que ceux que la lymphe et le chyle ont déversés dans le sang.
Les globules rouges , organes microscopiques que l’on trouve dans le sang de tous les animaux sans exception, mais avec des formes différentes chez les divers animaux, affectent, chez l’homme, la forme de disques circulaires, ou mieux lenticulaires, de yj5 à ^ de millimètre, et présentant une tache ou un point obscur en leur centre. Chez les oiseaux, les reptiles et les poissons, les globules du sang sont elliptiques, et au lieü de présenter un simple point obscur en leur milieu, ils offrent un véritable noyau solide, bien apparent, et qu’il est facile de séparer de son enveloppe.
Les globules du sang de l’homme ont une tendance manifeste à s’accoler entre eux : de telle façon qu’on les voit, au bout de
ÉTUDE DU SAN U
quelques instants, se réunir par petites chaînes ou chapelets, dont on se fait sans peine l’idée en se représentant une pile de pièces de monnaie légèrement inclinée. Abandonnés à euxmêmes, ces petits chapelets se détruisent; puis les globules eux-mêmes s’altèrent manifestement. Ils se frangent sur leurs bords, deviennent transparents, et finalement disparaissent, en se dissolvant dans le liquide, par suite de leur décomposition naturelle.
Les globules sanguins sont solubles dans l’ammoniaque et les alcalis et dans l’acide acétique. L’eau les dissout en partie. Au
Fig. 42. Les globules rouges et les globules blancs du sang, grossis 600 fois.
1. Globule rouge vu de face. — 3. Globule rouge vu de profil. — 2. Globule blanc.
contraire, le sucre et les dissolutions de sel marin et de sulfate de soude, les conservent.
La composition intime des globules rouges du sang a donné lieu à beaucoup de discussions. Ce qui, toutefois, est aujourd’hui bien établi, c’est que les globules du sang contiennent et contiennent seuls la matière colorante du sang, ou hématosine.
Le docteur Donné voyait dans les globules rouges une vésicule, de nature albumineuse, enveloppant une substance demiliquide, V hématosine; mais il est reconnu aujourd’hui que les globules rouges ne renferment point de noyau.
Un exposé de l’état actuel de nos connaissances sur les globules blancs et rouges du sang, ne sera pas déplacé ici.
COMMENT LE SANG CIRCULE
Les globules blancs du sang ont 8 à 9 millièmes de millimètre de diamètre. Ils sont donc un peu plus gros que les rouges, mais ils sont beaucoup moins nombreux. Il n’y a qu’un globule blanc, pour environ 300 globules rouges. Ces globules sont sphériques.
Les globules blancs sont complètement identiques aux globules de la lymphe, qui existent dans les vaisseaux lymphatiques. Ils ne sont, en effet, autre chose que les globules qui ont été entraînés des vaisseaux lymphatiques et du canal thoracique dans le sang. Us contiennent des noyaux. Si on les examine au microscope, avec un grossissement de 200 à 300 diamètres, on leur trouve un aspect granuleux, un contour irrégulier et une couleur d’un blanc d’argent caractéristique. Pour examiner leur structure intérieure,. il est nécessaire de les détruire mécaniquement. 11 suffît, pour cela, de faire glisser entre les deux lames de verre qui emprisonnent le sang, sur le porte-objet du microscope, quelques gouttes d’eau, qui les gonflent et rendent leur contour lisse. On voit alors apparaître leur noyau, qui est de forme irrégulière, et quelquefois double ou triple. L’addition d’acide acétique à l’eau rend cette modification encore plus apparente, et peut fractionner le noyau en plusieurs parties, ou montrer deux ou trois noyaux réunis dans un globule.
Les globules blancs du sang proviennent manifestement de la lymphe; mais que deviennent-ils une fois déversés dans le sang? Il est bien probable qu’ils servent à former les globules rouges; mais aucune observation directe n’autorise cette affirmation. La filiation entre les globules blancs du sang et les globules rouges, est donc encore à trouver.
Dans l’état de santé, les globules blancs varient beaucoup en nombre. Ce nombre diminue pendant l’abstinence, et chez les personnes âgées. Il est plus grand après les repas et à la suite d’hémorrhagies. Leur augmentation, surtout après les repas, constitue ce que l’on a nommé la leucocytose physiologique.
Les globules blancs sont particulièrement abondants dans les veines de la rate et du foie.
Dans certaines maladies, les globules blancs s’accumulent jusqu’à former le tiers ou la moitié de la masse des globules du sang, qui perd alors en partie sa couleur. C’est ce qui a fait donner à ces maladies le nom de leucémie , ou leucocythémie.
ÉTUDE DU SANG
Les globules rouges du sang se présentent, avons-nous dit, au microscope, sous la forme de petits disques aplatis à leur centre et sur leurs deux faces, épais sur leurs bords, et d’un diamètre de à ^ de millimètre.
Les gobules rouges ne laissent discerner ni noyau, ni enveloppe bien distincte. Seulement la couche extérieure est trèsmince, et semble indiquer l’existence d’une membrane enveloppante, ou tout au moins d’une zone extérieure plus condensée, et de composition différente de celle du corps des globules. M. Béchamp a cependant affirmé l’existence d’une enveloppe autour des globules rouges du sang.
Les globules rouges sont extrêmement altérables. Si le sérum du sang dans lequel ils nagent vient à s’évaporer un peu, ils prennent une forme crénelée sur les bords.
On a fait beaucoup de recherches sur la composition chimique des globules rouges du sang. Ils paraissent, en définitive, composés d’une substance de nature albumineuse, qui jouit de la propriété de cristalliser. Cette substance cristallisable, c’est Y hémo globuline, ou hémoglobine , résultant de la combinaison de la globuline (composé analogue à la caséine plutôt qu’à l’albumine) et de Yhématosine (substance protéique contenant la matière pigmentaire du globule).
En soumettant à la congélation ou à l’action de l’éther une couche de globules, on les déforme, on les détruit, et on obtient d’abord une dissolution d’un beau rouge, qui ne tarde pas à laisser déposer des cristaux d’hémoglobine. Les formes de ces cristaux sont différentes selon les animaux. Ils sont prismatiques chez l’homme, tétraédriques chez la souris et le cochon d’Inde, hexagonaux chez l’écureuil.
C’est au professeur Ch. Robin que l’on doit la découverte des cristaux de la matière colorante du sang.
La figure 43 représente les cristaux d’hémoglobine, principe essentiel de la matière colorante du sang chez l’homme. Ces cristaux sont des prismes à quatre pans, qui affectent les formes que nous représentons ici, c’est-à-dire la forme de rectangles ou de prismes allongés.
Au contraire, Yhématine ou hématosine, qui est la matière colorante du sang proprement dit {Y hémo globuline moins la globuline), se retire du sang sans aucun traitement chimique compliqué : c’est la matière rouge que l’on obtient en traitant par
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l’eau du sang frais, et évaporant la liqueur, que l’on reprend par l’éther. C’est une matière non cristalline, qui se présente sous forme de grains rouge noirâtre.
En faisant agir divers réactifs sur l’hémoglobine ou sur l’hé-
matine, on obtient des dérivés et des combinaisons de l’hématine cristallisant dans des formes régulières : ce sont Yhémine et Yhématoïdine , dont nous nous contenterons de signaler l’existence.
Les travaux entrepris par les physiologistes modernes ont parfaitement établi le rôle que jouent les globules du sang dans l’économie vivante. Leur fonction, c’est de se charger, dans le poumon, de gaz oxygène, qu’ils vont ensuite distribuer aux tissus. Les globules blancs et rouges sont donc de véritables réceptacles d’oxygène , des condensateurs d’oxygène. Lorsqu’ils traversent les lobules du poumon, ils empruntent à l’air venu de l’extérieur son oxygène, et vont ensuite apporter cet oxygène aux différents tissus de l’économie, et surtout à ceux qui consomment beaucoup de ce gaz, c’est-à-dire aux muscles et aux nerfs. Les muscles et les nerfs absorbent cet oxygène, et rendent, à sa place, une quantité à peu près équivalente de gaz acide carbonique. Une faible partie de ce gaz acide carbonique reste logée dans les globules sanguins; mais la plus grande partie reste dissoute dans le sérum du sang.
Ainsi, les fonctions des globules du sang sont, pour ainsi dire, toutes mécaniques. Ces microscopiques agents ont pour mission d’exciter le système nerveux.
La vie n’est possible que si les globules sanguins sont bien constitués et renferment une dose convenable de gaz oxygène. C’est pour cela que les hémorrhagies un peu abondantes sont mortelles. Un animal ne peut perdre sans mourir plus du cinquième de son sang. Quand il a perdu cette proportion du fluide
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vital, il succombe, en présentant successivement de la prostration, une diminution de sensibilité, des bourdonnements d’oreilles, de la surdité, des mouvements convulsifs, enfin la mort.
On sait aujourd’hui que le sang contient du fer, et l’on croit que le fer se trouve localisé dans la matière colorante du sang, c’est-à-dire dans Yhématosine de Lecanu et de nos chimistes modernes.
La découverte de l’existence du fer dans le sang de l’homme est due à Menghini, chimiste italien du dix-septième siècle.
Menghini s’exagérait beaucoup la quantité de fer qui pouvait exister dans le sang de l’homme, car il émit la pensée que l’on pourrait un jour fabriquer, avec le fer extrait du sang de l’homme, des épées, des couteaux, des instruments de fer de toute espèce. C’était prendre l’effet pour la cause, car le fer qui se trouve dans le sang ne provient que des composés ferrugineux qui se sont mêlés à nos aliments.
On peut évaluer à 15 kilogrammes la quantité de sang qui existe dans le corps de l’homme adulte, et cette quantité renfermerait, d’après Lecanu, 2sr,4l4 de fer. Il résulte de là qu’il n’y aurait dans le sang des trente-six millions d’habitants de la France que 87 000 kilogrammes de fer.
Les chimistes Parmentier et Deyeux émirent, au commencement de notre siècle, une idée ingénieuse : c’était de faire frapper, avec le fer retiré du sang des grands hommes, des médailles destinées à éterniser leur mémoire.
Le célèbre chimiste Orfila se souvenait sans doute de cette pensée de Parmentier et Deyeux, car en 1840, dans le cours d’une grave maladie, ayant été saigné plusieurs fois, il fit conserver ce sang, et chargea le chef de son laboratoire, Lesueur, d’évaporer ce sang, de calciner le résidu, et d’en extraire l’oxyde de fer qu’il contenait, puis de réduire cet oxyde de fer par l’hydrogène.
Avec le fer métallique provenant de cette opération, Lesueur fit un lingot, qui est encore religieusement conservé par la famille d’Orfila.
M. G. Colin (d’Alfort) a réuni sous forme d’oxyde de fer, représentant plus de deux kilogrammes de métal, le fer provenant du sang de deux cents chevaux.
Sérum. — Le sérum du sang est un liquide incolore, très
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alcalin, visqueux, et d’une densité représentée par 1,102. La proportion très forte d’albumine qu’il renferme, le fait ressembler au blanc d’œuf par toutes ses propriétés. En effet, la chaleur, les acides azotique et sulfurique, le tannin, le bichlorure de mercure, y déterminent des précipités, comme dans une simple dissolution aqueuse de l’albumine de l’œuf.
D’abrès Lecanu, la composition du sérum est la suivante, pour 1000 parties de sang liquide :
Eau 790
Albumine 86
Chlorures de sodium, potassium et ammonium, carbonates de soude, chaux et magnésie, sulfate de potasse, phosphate de soude, lactate de soude, cholestérine, acides gras, séroline.
Lesquels, joints aux 130 parties de caillot, représentent les 1000 parties du sang analysé.
Outre ces corps, on peut apercevoir dans le sérum du sang, maintenu en repos et coagulé, des globules blancs.
Le sang, quand il circule dans les vaisseaux, présente aussi certains corps que la distribution de son étude ne nous a pas encore permis d’indiquer. Nous voulons parler de quelques gaz qui s’y trouvent en dissolution. On conçoit que, le sang se trouvant en contact continuel avec l’air, certains gaz doivent s’y mêler.
Les chimistes ont assez longtemps discuté la question de l’existence des gaz dans le sang. La cause des différences d’opinion qui ont divisé les savants à cet égard, c’était l’imperfection des procédés que l’on employait pour la recherche des gaz. La viscosité du sang empêche, en effet, les gaz d’être facilement chassés du sang, soit par l’ébullition, soit par l’exposition dans le vide de la machine pneumatique. Tous les liquides visqueux se comportent, d’ailleurs, de la même manière. Un gaz dissous dans l’huile ne s’échappe de cette huile qu’avec une extrême lenteur, par l’action du calorique ou par l’effet du vide. Mais si, au lieu d’employer le vide ou la chaleur, on chasse les gaz dissous dans le liquide visqueux par un courant continu d’un autre gaz, on met sans peine ces gaz en liberté. Faites passer dans le sang un courant de gaz hydrogène, et vous en retirerez
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un mélange formé d’oxygène, d’acide carbonique et d’azote, si l’on faisait usage d’acide carbonique pour balayer le sang, on en retirerait seulement l’oxygène et l’azote.
On a trouvé, en opérant ainsi, que le sang veineux contient, pour 100 volumes de liquide, 7 volumes d’acide carbonique,
Fig. 44. Orfila.
1 volume d’oxygène et 1 volume d’azote. Le sang artériel renferme 3 volumes de gaz oxygène.
Il reste, pour terminer l’histoire complète du sang pris dans l’état normal, à étudier la manière dont ce liquide se comporte quand il est mis en contact avec les divers corps.
Les acides très concentrés coagulent le sang, en agissant sur l’albumine et la fibrine : de telle sorte que le liquide jeté sur
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un filtre passe clair, en retenant seulement le laclate de soude et quelques sels. Mais les acides moins énergiques ou plus dilués, comme le vinaigre, l’acide phosphorique, rendent le sang fluide, en dissolvant ses globules.
Nous ferons remarquer, comme application de ce fait, que dans les hémorrhagies il est désavantageux de tamponner avec des linges imbibés de vinaigre, comme on le recommande quelquefois. Le vinaigre agit, il est vrai, en crispant les vaisseaux qui donnent issue au sang; mais si le vaisseau offre un calibre un peu fort, il ne pourra se resserrer sous l’influence de cet acide, lequel empêchera, au contraire, la fin de l’hémorrhagie, en dissolvant les caillots qui se produisent à l’orifice du vaisseau divisé.
Les alcalis étendus empêchent la coagulation du sang, par suite de la dissolution des globules.
L’alcool, le tannin, la créosote' coagulent le sang, en agissant à la fois sur l’albumine du sérum et sur celle des globules. C’est donc avec raison que l’on a employé comme hémostatiques l’alcool, le tannin, la créosote et l’acide phénique.
L’eau se comporte avec le sang d’une manière particulière. Elle dissout la matière colorante des globules; ensuite, pénétrant dans leur intérieur, elle les distend et les modifie, de manière à les altérer complètement.
On conçoit, d’après cela, le danger que présente l’injection de l’eau dans les veines d’un animal. Les globules sont détruits, et le sang, devenu plus fluide, peut s’épancher, en filtrant à travers les vaisseaux qui le contiennent. Aussi est-il de la plus haute importance, toutes les fois que l’on étudie le sang, d’éviter son mélange avec l’eau. Toutes les divergences qui ont réiné si longtemps entre les micrographes sur les dimensions des globules, sur leurs formes diverses chez les animaux, tenaient à ce que les observateurs étaient dans l’usage d’étendre avec un peu d’eau les gouttes de sang qu’ils soumettaient à l’examen microscopique.
Si, au lieu d’employer l’eau pure, on se sert de dissolutions de certaines matières neutres, comme le sucre, le sulfate de soude, le sel marin, on opère, au contraire, la conservation des globules, et l’on empêche le sang de se coaguler.
Certains gaz n’ont aucune action sur le sang, bien qu’ils exercent un effet assez énergique sur l’économie. Tels sont le gaz
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azote et ses oxydes, les gaz acide carbonique, hydrogène carboné, et surtout Toxyde de carbone. Ces divers gaz, mis en contact avec le sang, déplacent les autres gaz qui s’y trouvent dissous en vue de ses fonctions physiologiques. Aussi ces gaz déterminent-ils la mort de l’animal, soit que, ayant chassé l’oxygène, ils rendent la respiration impossible et déterminent l’asphyxie, soit que, arrivés dans le cerveau, ils impressionnent mortellement le système nerveux, en vertu de leur nature propre.
Les gaz qui exercent sur le sang une action chimique peuvent être distingués en gaz acides et alcalins.
Les gaz un peu énergiquement acides, comme l’acide chlorhydrique et l’acide sulfureux, coagulent le sang, en le noircissant. L’hydrogène sulfuré est détruit par le sang : le soufre et l’hydrogène paraissent brûlés. Cette action s’accompagne du dégagement d’une odeur particulière et désagréable, que l’on remarque dans le sang d’individus morts d’affections putrides.
Le gaz ammoniac agit comme alcali, en maintenant la fluidité du sang.
Le chlore coagule le sang, puis le décolore, en formant du chlorure de fer.
Connaissant les propriétés chimiques du sang, le lecteur n’aura aucune peine à comprendre le procédé qui sert, dans les laboratoires, à déterminer la composition chimique de ce liquide complexe.
La méthode qui est la plus suivie aujourd’hui pour l’analyse du sang, c’est-à-dire pour fixer les proportions relatives d’eau, de fibrine, de globules et de sels minéraux qui existent dans le sang, est aussi la plus anciennement connue. Elle a été employée pour la première fois, il y a un demi-siècle, par l’illustre chimiste J. B. Dumas, mort en 1884.
A mesure que le liquide sort de la veine, on divise en deux parties le sang de la saignée. La première partie est battue avec un balai d’osier, et la fibrine, se séparant, adhère aux brins du balai. On recueille cette librine, on la lave, on la sèche à la vapeur de l’eau bouillante, et son poids, comparé au poids du sang de la saignée, donne la quantité de librine qui est ordinairement de 3«r,5 pour 1 kilogramme de sang.
La seconde partie du sang de la saignée sert à déterminer la quantité d’eau, de globules et de sels.
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Pour cela, on abandonne ce sang à la coagulation spontanée. Quand le coagulum s’est bien formé, on le sépare du sérum; on pèse le caillot humide ; on le dessèche. On pèse le caillot sec; le sérum est évaporé à siccité et on pèse le résidu.
Ces diverses opérations fournissent tous les éléments du sang, si on les interprète comme il suit :
1° L’eau est représentée par la différence entre le poids du sang liquide et le poids des matériaux solides fournis par l’évaporation du caillot et du sérum.
2° La fibrine est fournie directement par le battage du sang de la saignée.
3° Les globules sont donnés par la différence entre le poids du caillot sec et la quantité de fibrine déjà trouvée. Il faut seulement remarquer que, le caillot retenant du sérum liquide interposé, on doit tenir compte de la quantité des matières fixes abandonnées par la quantité de sérum que renferme le caillot desséché. Cette distraction est facile, puisque l’on sait combien un poids connu de sérum évaporé laisse de résidu.
4° Les matières fixes du sérum sont posées par la différence entre le poids du sérum liquide et celui du sérum desséché.
5° Enfin, la proportion relative des matériaux organiques et des matériaux inorganiques du sérum est reconnue par l’opération suivante. On calcine le résidu sec laissé par le sérum; la matière organique est détruite par l’action du feu, et la différence entre le poids du résidu et celui des cendres laissées par la calcination indique la proportion relative des matériaux organiques et des sels minéraux.
Ce procédé présente quelques inconvénients, qui peuvent en rendre l’application difficile, et même quelquefois fautive. En effet, les globules du sang sont dosés indirectement; l’albumine du sérum est confondue avec les sels minéraux et les produits organiques. On suppose que le liquide qui baigne le caillot est identique au sérum, hypothèse que semblent renverser quelques observations récentes. Enfin, une assez grande quantité de sang, et d’ailleurs la totalité du sang de la saignée, sont nécessaires à l’analyse.
On a essayé de substituer d’autres méthodes à celles que nous venons de décrire, mais ces méthodes sont beaucoup moins pratiques que la méthode de Dumas, qui reste seule en usage aujourd’hui.
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A propos de l’analyse du sang, le chimiste Klaproth a raconté, dans un de ses mémoires, une anecdote, que nous ne passerons pas sous silence.
Un baron allemand, de très haute lignée, était pourvu d’un orgueil démesuré, qui le portait à se considérer comme d’un sang bien plus pur que celui des autres hommes. Ce noble
Fig. 45. J. -B. Dumas.
seigneur aimait pourtant les sciences; car il suivait le cours de chimie de Klaproth, qui, à la fin du siècle dernier, professai! à Berlin, avec beaucoup d’éclat. Un jour, comme le baron se rendait au cours de Klaproth, sa voiture versa. Le maître et le cocher furent meurtris par la chute, et l’on crut devoir saigner, aussitôt après l’accident, le maître et le cocher. Le baron trouva
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l’occasion bonne pour s’édifier sur la différence qui pouvait exister entre le sang d’un gentilhomme et celui d’un homme de rien. Il pria donc le professeur Klaproth de conserver le produit des deux saignées et d’en faire l’analyse comparative.
Klaproth ne trouva aucune différence dans la composition des deux sangs. Celui du cocher ne renfermait que 2 pour 100 d’eau de moins que celui du baron : sans doute parce que le cocher ne mettait pas d’eau dans son vin, suivant la coutume des cochers de tous les pays. Mais, à cette différence près, qui était insignifiante, le sang du gentilhomme et celui du valet étaient d’une composition parfaitement semblable.
Cette leçon donnée par la science corrigea l’orgueil du hobereau. Et comme son fils, marchant sur ses traces, avait une trop grande inclination à se croire d’une nature supérieure à celle des autres hommes, le baron copia de sa main l’analyse chimique faite par Klaproth, et la remit au jeune homme, pour le ramener au sentiment de la vérité, toutes les fois qu’il se sentirait disposé à se croire d’un sang plus pur que celui du peuple.
Quelle est la quantité totale de sang qui existe dans l’organisme?
On a eu recours à différentes méthodes pour déterminer cette quantité. Ed. Weber et Lehmann, physiologistes allemands, ont fait cette détermination en opérant sur deux suppliciés. Ils commencèrent par mesurer la quantité de sang qui s’était écoulée après la décapitation; puis ils injectèrent de l’eau dans les vaisseaux, recueillirent le liquide obtenu, et déterminèrent, par l’analyse chimique, la proportion de sang contenue dans l’eau qui avait ainsi lavé l’intérieur des vaisseaux. En ajoutant ce sang à celui qui avait été obtenu directement après la décapitation, Ed. Weber et Lehmann évaluèrent le poids du sang contenu dans le corps d’un homme le huitième du poids total du corps.
Un autre physiologiste allemand, Welcker, a déterminé la quantité totale de sang contenue dans le corps de l’homme par le degré de coloration de l'eau injectée dans les vaisseaux, puis recueillie. Yoici comment opère Welcker. Il tire du corps une quantité déterminée de sang, l’étend avec de l’eau, et note le degré de coloration de ce mélange. Ensuite il injecte de l’eau dans les
ETUDE DU SANG
vaisseaux, recueille cette eau, et après avoir haché les tissus, les traite également par l’eau. Il obtient ainsi une eau sanguine, qu’il étend d’eau pure jusqu’à ce qu’elle présente la même coloration que la première. Comparant alors le volume de ces liquides, il en déduit la quantité totale de sang contenue dans le corps. La masse totale du sang de l’animal mis en expérience est à la quantité de sang que l’on extrait de J a veine, comme le volume d’eau ajouté à la première est au volume d’eau ajouté à la seconde, pour obtenir le même effet de coloration.
Welcker, en opérant ainsi, de concert avec un autre expérimentateur, Birchoff, a constaté que la quantité de sang contenue dans le corps d’un homme adulte, n’est que le treizième ou le quatorzième du poids de son corps.
Les résultats obtenus par la méthode de Ed. Weber et Lehmann sont, selon nous, les plus précis. L’évaluation directe de la masse du sang, chez l’hommé ou les animaux qui ont succombé par mort violente ou à la suite d’une hémorrhagie, est, en effet, la seule méthode qui doive inspirer confiance.
Il faut savoir, du reste, que les quantités de sang, chez l’homme, doivent varier à l’infini, si l’on en juge par ce qui arrive chez les animaux. Tel sujet doit avoir un tiers, un quart et même moitié moins de sang qu’un autre, comme tel individu a un tiers, un quart ou moitié moins de graisse, de muscles ou de sang qu’un autre. La détermination de la quantité de sang chez l’homme a donc peu d’importance, ces quantités devant nécessairement beaucoup varier. C’est sous la réserve de cette réflexion que nous ferons connaître les résultats suivants des déterminations de la masse du sang faites par des observateurs contemporains, chez les animaux et chez l’homme.
Welcker et Ileidenhain, dans des expériences exécutées séparément, ont trouvé les résultats suivants pour la quantité de sang existant dans le corps de différents animaux. Chez le chien, 'le poids de la masse du sang est du poids du corps; — chez la souris, — chez le chat, ^ — chez le lapin, — chez les oiseaux, ^ à ; — chez la grenouille, p? ; — chez les poissons, ^ .
Vierordt, avec les données obtenues par Dursy et Krause, évalue la quantité de sang chez l’homme adulte au treizième du poids du corps.
Le même auteur (Vierordt) rapporte l’évaluation de la quantité
GOMMENT LE SANG CIRCULE
de sang faite sur un suicidé, par Krause. Le poids du corps était de 65 kilogrammes, et la quantité de sang de 5&r,020, ce qui correspond au treizième du poids du corps.
Cependant, nous le répétons, le résultat de Weber et Lehmann, qui admettent pour la proportion dont il s’agit le chiffre de £, nous paraît le plus rapproché de la vérité.
Le sang nous étant maintenant bien? connu, dans toutes ses propriétés physiques, chimiques et organoleptiques, nous pouvons entreprendre l’étude de la circulation du sang. Nous venons d’étudier le sang à l’état de repos; nous allons le considérer maintenant lorsqu’il est en mouvement, c’est-à-dire lorsqu’il parcourt les canaux qui sillonnent l’intérieur de notre corps.