RÉSUMÉ DES FAITS RELATIFS A LA DIGESTION
11 ne sera pas inutile, en terminant, de résumer en quelques lignes tous les faits relatifs à la digestion des aliments solides et des boissons, tant dans l’estomac que dans l’intestin.
Il faut, pour que ce résumé soit compris, se rappeler que toutes les substances, si diverses, qui entrent dans notre alimentation, peuvent se ramener à un très petit nombre de principes immédiats. Considérées au triple point de vue de la composition chimique, de la manière dont elles se comportent dans le tube digestif, et de leur destination ultérieure dans l’économie, toutes les substances alimentaires peuvent se réduire à trois groupes distincts, à savoir :
1° Les matières albuminoïdes (représentées par la viande, débarrassée de la graisse);
2° Les matières grasses ;
3° Les matières féculentes et sucrées .
Ces trois ordres de principes chimiques constituent, par leur association en proportions diverses, tous les aliments dont nous faisons usage. Or, en récapitulant ce qui a été exposé dans ce long chapitre, le lecteur se rappellera que chacun de ces trois groupes de principes alimentaires trouve, dans le parcours du tube digestif, trois liquides chargés de les modifier, de manière à les rendre absorbables.
1° Les matières albuminoïdes (viande, fibrine, etc.) sont dissoutes par le suc gastrique; elles passent à l’état de peptone , et sont absorbées par les veines dans l’estomac, puis dans l’intestin grêle par les veines et les vaisseaux chylifères.
2° Les matières grasses ne sont en rien altérées dans l’estomac. Elles passent dans l’intestin grêle et le gros intestin, et là elles sont émulsionnées par la bile, le suc pancréatique et le suc intestinal.
3° Les matières amylacées , qui n'ont été qu’en petite partie saccharifiées dans la bouche, par l’action de la salive, ne sont point modifiées par le suc gastrique dans l’estomac. Elles passent dans l’inteslin, pour s’y transformer en] sucre : d’abord
GOMMENT ON DIGÈRE
par l’action de la salive qui a été avalée, et qui est arrivée au tube intestinal, ensuite par l’effet du suc pancréatique et du suc intestinal réunis.
Quant aux boissons, elles sont absorbées dans l’estomac et dans l’intestin grêle, par les veines. Elles passent dans la veine porte, qui les déverse dans le foie. Après avoir séjourné dans cet organe, elles sont reprises par les veines hépatiques, qui vont les déverser dans la veine cave inférieure, d’où elles entrent dans le torrent général de la circulation, pour arriver aux reins, subir dans ces organes un travail d’élimination, et être enfin rejetées au dehors par l’appareil urinaire.
Séparer les principes assimilables de ceux qui sont inutiles à l’organisme, absorber les premiers et rejeter les seconds, toute la digestion est là. Nous avons vu comment ce double but est atteint, d’abord dans l’estomac, ensuite dans l’intestin grêle, enfin dans le gros intestin, tant pour les aliments solides que pour les boissons. L’étude de la digestion est donc terminée.
COMMENT S’OPERE LA NUTRITION
Les organes de l’absorption nutritive : les vaisseaux lymphatiques et les vaisseaux chylifères. — Histoire de la découverte des vaisseaux lymphatiques et chylifères.
— Hippocrate constate le fait de l’absorption par les veines de l’estomac. — Érasistrate aperçoit les vaisseaux chylifères de l'intestin. — Les médecins arabes, au moyen âge, connaissent le fait de l’absorption par la peau. — Eustachi, en 1563, découvre le canal thoracique (veine blanche du thorax), mais il méconnaît les vaisseaux aboutissant à ce canal. — En 1622, Aselli découvre sur un chien en état de digestion les vaisseaux blancs ou vaisseaux chylifères. — Eurêka! — Jean Pecquet, en 1648, découvre le réservoir du canal thoracique. — Découvertes complémentaires des précédentes, faites au xvne siècle. — Magendie démontre, dans notre siècle, les propriétés absorbantes des veines. — Rôle respectif des veines et des vaisseaux lymphatiques dans l’absorption. — Les théories de l’absorption.
— La capillarité. — L’imbibition. — Théorie de Dutrochet, Yendosmose et Vexosmose. — L’endosmomètre de Dutrochet. — Théorie moderne : les corps colloïdes et les corps non colloïdes. — Insuffisance des théories modernes concernant l’absorption. — L’absorption est un phénomène vital, un des caractères de la vie. — Propriétés physiques et chimiques de la lymphe et du chyle. — Le chyle et la lymphe vus au microscope. — Les globules de la lymphe et du chyle. — Composition chimique de la lymphe et du chyle.
Tu viens de voir, ami lecteur, comment s’opère la digestion des aliments solides el des boissons dans l’estomac et dans l’intestin. Tu sais quelles transformations subissent les liquides et les solides alimentaires, quand ils traversent toute l’étendue du canal digestif. Mais, de même qu’ingestion des aliments n’est pas digestion, digestion n’est pas nutrition. Il ne suffit pas de manger, il faut digérer; il ne suffit pas de digérer, il faut assimiler. Ce n’est pas assez que les matières alimentaires soient transformées en peptone et en produits albuminoïdes solubles, et que les boissons soient introduites dans les organes digestifs ;
COMMENT S’OPÈRE LA NUTRITION
il faut encore, pour que le chyle, les matières albuminoïdes devenues solubles, ainsi que les boissons, puissent servir à réparer les pertes de nos tissus, qu’elles soient pompées à l’intérieur de l’estomac ou de l’intestin, et transportées dans le sang, ce liquide vital qui circule dans toutes les parties de notre corps, et fournit à nos organes les matières nécessaires à leur nutrition.
Les physiologistes appellent absorption la fonction au moyen de laquelle les différentes substances, tant solides que liquides, peuvent être transportées d’un point à un autre de l’économie vivante, et de là dans le torrent de la circulation sanguine.
La peau, privée de son épiderme, les membranes muqueuses ou séreuses, ainsi que le tissu cellulaire, sont le siège de Y absorption.
Mais il faut ajouter que l’absorption s’exerce également, en dehors de l’état physiologique, sur tous les solides et les liquides qui peuvent être épanchés accidentellement dans les cavités naturelles, lorsque ces corps, venus de l’extérieur, sont mis en contact avec les membranes muqueuses ou séreuses ou avec la peau dénudée.
On distingue donc, dans l’absorption, considérée d’une manière générale :
1° V absorption des substances nutritives ;
2° V absorption des corps non nutritifs , solides et liquides ;
3° L’ absorption des corps étrangers accidentellement introduits dans Y économie.
Nous n’avons à nous occuper ici que de Y absorption, des substances nutritives.
L’absorption, en général, est produite par un système de vaisseaux particuliers, répandus dans toutes les parties du corps humain, dans ses profondeurs comme à sa surface, et qui sont chargés de verser dans le sang les substances qui servent à réparer et à entretenir la machine animale. Les mêmes vaisseaux ont encore pour mission de transporter au dehors les résidus solides, liquides ou gazeux qui résultent de la continuelle destruction de nos organes.
On appelle vaisseaux lymphatiques les petits conduits qui sont chargés d’opérer l’absorption dans la profondeur de nos tissus. Le liquide qui circule dans ces vaisseaux, s’appelle la lymphe.
Les vaisseaux lymphatiques qui se distribuent à la surface de
LES VAISSEAUX CHYLIFÈRES
l’intestin, et qui sont chargés, pendant la digestion, d’absorber le chyle résultant de l’élaboration stomacale et intestinale, ont un nom spécial : on les appelle vaisseaux chylifères. Ces derniers vaisseaux ne sont autre chose, disons-le bien, que les vaisseaux lymphatiques ordinaires, lesquels, selon le moment, c’est-à-dire suivant la durée des intervalles des repas, charrient alternativement de la lymphe ou du chyle.
Les vaisseaux lymphatiques, ou chylifères ne sont pas les seuls qui servent à l’absorption des substances nutritives : les veines remplissent le même rôle. C’est par les veines de l’estomac et par les veines de l’intëstin grêle que sont absorbées, comme nous l’avons dit, en parlant de la digestion, la plus grande partie des boissons, ainsi que le sucre et le produit de la digestion des viandes opérée par le suc gastrique, c’est-à-dire les matières albuminoïdes devenues solubles par l’action du suc gastrique, en passant à l’état de peptone.
Ce n’est qu’au commencement de notre siècle qu’il a été bien prouvé que les veines concourent à l’absorption, en même temps que les vaisseaux absorbants proprement dits. Mais la fonction de l’absorption a été connue dès la plus haute antiquité, et chaque époque a apporté son tribut de recherches à l’étude de son mécanisme. Nous résumerons ici l’histoire de ces découvertes.
Hippocrate avait noté le fait physiologique de l’absorption, et dit que les veines de l’estomac s’emparent des parties fluides de nos aliments et de nos boissons.
Galien rapporte qu’Érasistrate trouva sur un jeune cheval, tué après avoir teté sa mère, les vaisseaux qui partaient de l’intestin pleins d’un liquide qui ressemblait à du lait.
Un autre observateur, Érophile, signala également des veines particulières partant de l’intestin, et qui renfermaient un liquide blanc.
Au Moyen âge, les médecins arabes connaissaient la propriété absorbante de la peau, car ils appliquaient à sa surface certains médicaments qu’ils voulaient faire pénétrer dans l’économie.
Les notions transmises au Moyen âge par l’antiquité, concernant le phénomène vital de l’absorption, étaient cependant vagues et incomplètes. Une découverte capitale, faite au seizième
GOMMENT S’OPÈRE LA NUTRITION
siècle, par l’anatomiste romain, Eustachi (Eustache), vint mettre hors de doute l’existence du système des vaisseaux lymphatiques.
En 1563, Eustachi découvrit le canal qui sert de réceptacle commun à tous les liquides charriés par les vaisseaux lymphatiques, c’est-à-dire le conduit membraneux qui, recevant les produits de l’absorption des vaisseaux lymphatiques de toute la partie inférieure du corps, les déverse dans la veine sous-clavière gauche. C’est le conduit que nous appelons aujourd’hui le canal thoracique , et qu’Eustachi appelait la veine blanche du thorax. Toutefois les vaisseaux qui apportaient au canal thoracique le liquide qui le remplit, furent entièrement méconnus par Eustachi.
Un autre anatomiste italien, Gaspard Aselli, né à Crémone, en 1651, chirurgien des armées italiennes, et qui enseignait avec éclat l’anatomie à Pavie, eut le bonheur de découvrir les vaisseaux conducteurs du chyle. Ayant ouvert un chien pendant sa digestion, Aselli aperçut les vaisseaux chylifères, qui étaient en ce moment reconnaissables à la blancheur que leur communiquait leur contenu. Ayant piqué un de ces vaisseaux, Aselli en vit sortir un fluide blanc, qui n’était autre que le chyle.
D’après la relation que nous a laissée Aselli, ce fut le hasard seul qui présida à cette grande découverte, la première, à rigoureusement parler, des conquêtes de la physiologie moderne, car Harvey n’avait pas encore fait paraître le livre dans lequel il expose ses immortels travaux sur la circulation du sang.
Le 23 juillet 1622, Aselli, en présence de quelques élèves, pratiquait sur un chien vivant la section des nerfs récurrents , pour s’assurer que ces nerfs président à la formation de la voix. On voulut de là passer à l’examen des mouvements du diaphragme, et Aselli ouvrit le ventre de l’animal. Aussitôt les intestins apparurent, recouverts d’un magnifique réseau de vaisseaux blancs! Chacun s’étonne et se demande ce que peuvent être ces vaisseaux. Ne seraient-ce pas ceux du chyle, et n’auraiton pas découvert les vaisseaux qui portent au canal thoracique, découvert par Eustachi, le liquide blanc qui remplit ce conduit? Aselli pique un de ces vaisseaux, et il en sort une liqueur blanche! C’était du chyle sans doute! Aselli n’en doute pas, car dans un transport de joie il s’écrie, comme Archimède : « Eurêka ! J’ai trouvé1! »
1. « Rei novitate perculsus, hœsi aliquandiù tacitus, cum menti variœ occurrerent
Fig- 33. « Eurêka!
LES VAISSEAUX CHYLIFÈRES. 141
Cependant le chieti meurt et Ton voit les vaisseaux blancs se vider. Aselli ouvre un autre chien vivant : il n’y a pas trace
Fig. 34. Aselli.
de vaisseaux blancs sur les intestins! Alors, et par un trait de
quæ inter anatomicos versantur, de venis mesaraicis, et eorum officio controversiæ... Ut me collegi, experiendi causa, adacto acutissimo scalpello, unum ex illis et majorem funiculum pertundo. Vix bene ferieram, et confestim liquorem album, lactis aut cremoris instar, prosilire video. Quo viso, cum tenere lætitiam non possem conversus ad eos qui aderant : Eup-^xa! inquam, cum Archimede.... »
« Frappé de la nouveauté de ce phénomène, je restai quelque temps silencieux et embarrassé, me rappelant toutes les controverses auxquelles donnent lieu parmi les
anatomistes les fonctions des veines du mésentère Dès que je me fus recueilli pour
procéder à l’expérience, j’approchai la pointe d’un scalpel très aigu de l’un des plus grands de ces vaisseaux. Je l’avais à peine incisé, que j’en vis jaillir aussitôt une
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génie, notre physiologiste se rappelle que le chien qu’il avait ouvert le premier avait copieusement mangé avant l’expérience, tandis que le second était à jeun. Dès lors, il donne à manger à un troisième chien, et, six heures après le repas, il l’ouvre vivant. Cette fois, les vaisseaux blancs apparaissent, comme dans la première expérience, et Aselli peut s’écrier, avec plus d’assurance encore : Eüpyjxa!
Aselli ouvrit successivement des bœufs, des chevaux, des chèvres, etc., pendant la digestion, et toujours il reconnut, dans cette période, l’existence du chyle dans les vaisseaux qui parcouraient les intestins de ces animaux.
Dans les cours qu’il faisait à Pavie, Aselli choisissait, pour mettre bien en évidence les vaisseaux chylifères, les jeunes agneaux qui venaient de teter leur mère.
Cependant Aselli ignorait quelle route suivaient les vaisseaux chylifères , ou lactés , comme il les appelait, pour se rendre au canal thoracique, découvert par Eustachi. Avec tous ses contemporains et sur la foi de Galien, il croyait que les vaisseaux lactés se jetaient dans le foie. « L’usage des veines lactées , disait Aselli, est, sans aucun doute, de conduire le chyle au foie1. »
Mais cette erreur ne devait pas subsister longtemps.
En 1648, un étudiant en médecine de l’école de Montpellier, Jean Pecquet, voulant approfondir les mystères de la nature, non dans des organes morts, mais sur l’animal en plein état de vie, entreprend une série de vivisections , comme on les appelle de nos jours. Il ouvre la poitrine d’un chien et en détache le cœur. Au milieu du sang qui s’écoule, il aperçoit un liquide blanc, qui lui paraît être du chyle. Mais d’où vient ce chyle? D’autres recherches lui prouvent que ce liquide laiteux vient du canal thoracique, qui l’a déversé dans le cœur, par l’intermédiaire des veines sous-clavières. Une étude anatomique attentive lui fait découvrir que le canal thoracique renferme un renflement, une sorte de réservoir , et que tous les vaisseaux chylifères aboutissent à ce réservoir, qui est ainsi le réceptacle commun du chyle, de sorte que les vaisseaux chylifères, en venant de l’in-
liqueur semblable au lait ou à la crème. A cette vue, ne pouvant retenir ma joie, je me tourne vers les personnes présentes et je m’écrie, comme Archimède, Eurêka! » [De laclibus venis. Mediolani 1627, in-4°, p. 10.)
1. « Actio propria venarum nostrarum, absque omni dubitatione, chyli distributio est ad jecur. » (De lactibus venis. Mediolani 1627, in-4°.)
LES VAISSEAUX CHYLIFÈRES
testin, ne traversent jamais le foie, comme le croyaient, d’après Galien, Aselli et tous ses contemporains.
Les découvertes anatomiques de Jean Pecquet mettaient par-
Fig. 35. Le canal thoracique (vaisseaux chylifères, abdominaux et dorsaux, et réservoir de Pecquet).
1. Canal thoracique. — 2. Citerne ou réservoir de Pecquet. — 3. Partie terminale du canal thoracique, aboutissant à la veine sous-clavière gauche. — 4. Ganglions intercostaux. — 5. Veine sous-clavière droite. — 6. Veine azygos.
laitemenl en évidence le cours réel du chyle. On apprit ainsi qu’en venant des intestins, les vaisseaux lymphatiques , lactés ou chylifères , comme on voudra les appeler, se réunissent entre
GOMMENT S’OPÈRE LA NUTRITION
eux, pour former des troncs de plus en plus volumineux, que, sans traverser le foie, ils se rendent tous à un réservoir placé derrière l’estomac, et qu’après ce réservoir vient le canal commun des vaisseaux chylifères, c’est-à-dire le canal thoracique, découvert par Eustachi, lequel déverse dans la veine sousclavière gauche, et de là dans le cœur, le chyle provenant de la digestion.
La juste reconnaissance de ses contemporains baptisa le réservoir du canal thoracique du nom de réservoir , ou de citerne de Pecquet.
Pendant les dix-septième et dix-huitième siècles, l’absorption fut étudiée avec beaucoup d’ardeur. Rudbeck, Bartholin, Jolly, Hewson, Jean Hunter et Cruikshank trouvèrent les vaisseaux lymphatiques dans toutes les parties du corps de l’homme et des animaux.
Nous représentons dans la figure 35, sous le nom de canal thoracique (1), les branches primitives qui forment ce canal (2), le réservoir , ou citerne de Pecquet , et (3) le déversement du canal thoracique proprement dit dans la veine sous-clavière gauche.
En 1649, les découvertes d’Euslachi et d’Aselli furent coordonnées et expliquées par un autre anatomiste, Yeslingius, professeur à Padoue, qui démontra qiie les vaisseaux lymphatiques et chylifères appartiennent au même système.
Yeslingius suivit les vaisseaux blancs découverts par Aselli, jusque dans le canal thoracique, découvert par Eustachi.
Jusqu’à notre siècle, on accorda exclusivement aux vaisseaux lymphatiques et chylifères la propriété d’absorber les liquides et les solides, tant nutritifs qu’inertes. Ce fut Magendie qui, revenant en cela à l’opinion des anciens, démontra, par de nombreuses expériences, que les veines jouent un rôle important dans l’absorption, particulièrement dans l’absorption qui se fait dans l’estomac et dans l’inteslin.
Pendant la digestion stomacale, les veines de l’estomac n’absorbent qu’une partie des matières albuminoïdes solubles, des matières sucrées et des boissons. La plus grande quantité de ces matières passe dans l’intestin grêle; et là, les veines et les vaisseaux chylifères en achèvent l’absorption, en même temps qu’ils se chargent de matières grasses émulsionnées par le suc
LES VAISSEAUX CHYLIFÈRES
pancréatique et le suc intestinal. C’est ce que nous allons voir en revenant sur une des périodes de la digestion, pour nous occuper de Y absorption clu chyle .
Les vaisseaux chylifères sont chargés d’enlever à la masse chymeuse qui parcourt l’intestin les substances qui suivent :
1° Les matières grasses émulsionnées par le suc intestinal;
2° La portion des matières peptoniques résultant de l’action du suc gastrique de l’estomac sur les viandes, qui n’a pas été absorbée par les veines de l’estomac et des intestins. L’absorption de ces matières commence dans le duodénum et continue tout le long de l’intestin grêle;
3° La portion de sucre, ou glycose, provenant de la transfor-
Fig. 36. Ensemble des vaisseaux chylifères sur le péritoine et l’intestin.
1. Ganglions lymphatiques et vaisseaux chylifères. — 2. Veine mésentérique. — 3. Artère mésentérique. — 4. Une portion du mésentère. — 5. Intestin grêle.
mation des matières féculentes, qui n’a pas été absorbée par les veines de l’estomac.
Comme l’a prouvé Magendie, les veines de l’intestin absorbent, comme celles de l’estomac, les produits solubles de la digestion. Elles s’emparent des mêmes substances que nous venons de signaler comme absorbées par les vaisseaux chylifères, c’est-à-dire les produits peptoniques provenant des substances albuminoïdes, le sucre provenant de la transformation des matières féculentes, 1 eau et les sels; mais elles n’absorbent pas les matières grasses. L’absorption des graisses et des huiles émulsionnées parle suc intestinal, est réservée aux seuls vaisseaux chylifères..
146 GOMMENT S’OPÈRE LA NUTRITION
11 faut, pour bien comprendre le rôle respectif des vaisseaux chylifères et des veines dans l’absorption des matières nutritives provenant de la digestion et contenues dans l’intestin, se rappeler ce que nous avons dit en parlant de la digestion, à savoir, que les aliments sont transformés diversement selon leur nature par l’action du suc gastrique. Les viandes passent à l’état de matières peptoniques solubles par l’action du suc gastrique, et sont, par conséquent, absorbées en cet état. L’albumine liquide n’est point modifiée et se trouve absorbée en nature. Les matières féculentes passent à l’état de sucre et sont absorbées sous forme de sucre (glycose). Enfin, les matières grasses, amenées à l’état d’émulsion par le tube intestinal, sont absorbées à cet état d’émulsion par les vaisseaux chylifères, auxquels est dévolue cette attribution spéciale.
Nous représentons dans la figure 36 l’ensemble des vaisseaux chylifères sur l’intestin et sur le péritoine , c’est-à-dire la membrane séreuse qui relie les unes aux autres les différentes parties de l’intestin.
Toutes ces notions sur l’absorption des substances nutritives provenant de la digestion, sont nettes et simples. 11 en serait autrement si nous voulions expliquer le mécanisme physico-vital à l’aide duquel les vaisseaux absorbants s’emparent des matériaux à leur portée, c’est-à-dire si nous voulions donner la théorie physiologique du mécanisme de l’absorption par les veines, les vaisseaux lymphatiques et chylifères. La sagacité des physiologistes s’est exercée pendant une suite de siècles pour résoudre ce problème, et pourtant, on peut le dire, sa solution n’est pas encore trouvée.
Avant de s’emparer des matériaux qui doivent être transportésdans le sang, les radicules des vaisseaux lymphatiques font sans doute subir à ces matériaux un travail particulier, qui amène les matières solides ou liquides à un état de division ou de fluidité qui doit favoriser leur absorption. Mais ces vaisseaux sont-ils pourvus, à leur extrémité qui s’ouvre dans l’intestin, d’espèces de bouches absorbantes? Ces bouches absorbantes, si elles existent, sont-elles douées d’une sorte de tact ou sensibilité, qui leur permette de faire une sorte de choix parmi le& matières à leur portée? C’est là une question sur laquelle on ne s’est jamais entendu. La théorie des bouches absorbantes-
LES VAISSEAUX CHYLIFÈRES
ne compte plus aujourd’hui un seul partisan. Mais comment l’extrémité des vaisseaux absorbants, qu’elle soit ou non pourvue de bouches d’aspiration, opère-t-elle pour boire les liquides ou aspirer les solides très divisés? Il y a eu, depuis deux siècles, bien des théories émises à ce propos.
On a expliqué l’absorption par la force de capillarité des physiciens. Mais la capillarité s’exerce sur toutes les matières indifféremment, et les vaisseaux absorbants sont pourvus d’une véritable faculté d’élection parmi les matériaux qui sont à leur portée.
Une autre théorie qui a eu quelque faveur, c’est celle de Yimbibition. Cette théorie, simple variante de la capillarité, est sujette aux memes objections.
Une théorie qui a eu une longue fortune est celle de Yendosmose et de Y exosmose de Dutrochet. Appuyée par un nombre très considérable d’expériences, mais qui reproduisent indéfiniment la même idée, cette théorie, à la faveur de deux mots grecs élégants et sonores, a retenti pendant un demi-siècle dans les académies et dans les cours publics des facultés. Elle est pourtant aujourd’hui en sensible défaveur. On a remplacé les noms harmonieux d 'endosmose et (Yexosmose par les noms barbares de corps colloïdes et non colloïdes , qui ne représentent d’ailleurs rien autre chose que les ci-devant endosmose et exosmose de Dutrochet.
Quoi qu’il en soit de ces variations que le temps apporte dans les mots, sinon dans les idées, voici sur quel principe était basée la théorie de l’endosmose et de l’exosmose de Dutrochet, autant du moins que l’on peut se flatter de reproduire exactement les idées d’un expérimentateur dont les opinions ont si étrangement varié dans lç cours de sa carrière, qu’il inscrivait en tête de l’un de ses mémoires : « Ce mémoire annule tous les précédents! »
Quand deux liquides de nature différente, mais qui peuvent se mélanger l’un à l’autre, sont séparés par une cloison membraneuse, l’expérience prouve qu’il s’établit deux courants à travers les pertuis capillaires de cette cloison. Ces courants sont dirigés en sens inverse et leur intensité est différente. Celui des deux liquides qui reçoit de son antagoniste plus qu’il ne lui donne, accroît donc graduellement son volume dans le vase qui le reçoit.
La figure 37 représente l’appareil [endosmomètre) dans lequel
148 GOMMENT S’OPÈRE LA NUTRITION
on place le liquide que l’on veut expérimenter, par exemple de l’eau sucrée ou de l’eau gommée.
On remplit d’eau pure le vase A et l’on place dans le vase B l’eau sucrée ou l’eau gommée dont on veut apprécier le pouvoir endosmométrique. La partie inférieure de ce dernier vase, B, est fermée par une membrane (un fragment de vessie). C’est à travers cette membrane que s’opère le phénomène de l’endosmose.
L’eau pure du vase A traverse la membrane, passe dans le vase B qui contient l’eau gommée et s’élève à l’intérieur du tube vertical C, qui plonge dans l’eau sucrée ou gommée du vase B, et qui est ouvert à son extrémité supérieure. Le sucre ou la gomme ont passé du récipient B dans le vase A, mais en petite quantité, pendant que l’eau pure contenue dans le vase A traversait la membrane en quantité beaucoup plus grande et s’élevait dans le tube G.
Ce dernier tube est pourvu d’une échelle graduée, . afin de mesurer la hauteur à laquelle parvient le liquide qui a traversé la membrane animale. De là le nom d ’endosmomètre donné à cet appareil.
On appelle endosmose le courant qui est dirigé de dehors en dedans (de A en B), et exosmose celui qui va de dedans en dehors (de B en A).
Selon Dutrochet, d’une part, la différence de densité du liquide, et d’autre part l’électricité, sont les deux causes de ce double mouvement.
D’après cette théorie, Y absorption serait un effet de l’endosmose et Y exhalation serait le résultat de l’exosmose.
LES VAISSEAUX CHYLIFÈRES
Dutrochet a varié de mille manières l'expérience qui tend à prouver que l'absorption est due à la différence de rapidité de pénétration d’une membrane par le liquide qui se trouve à son contact, différence de rapidité que ce physiologiste, après avoir beaucoup varié, attribuait, comme nous venons de le dire, à l’électricité.
De nos jours, on a fait revivre les expériences de Dutrochet en divisant les corps en colloïdes et non colloïdes , suivant que le liquide a traversé ou n’a pas traversé une membrane; mais cette théorie, habillée à neuf, ne paraît pas d’une étoffe plus durable que sa devancière.
C’est que l’absorption, considérée dans son essence profonde, est une véritable action vitale, c’est-à-dire un des secrets de la nature. On a beau varier, multiplier les études et les expériences, pour pénétrer la cause intime de ce phénomène fondamental de l’économie vivante, on est toujours forcé de reconnaître que la propriété affectée aux vaisseaux lymphatiques d’opérer un véritable choix, d’absorber certaines matières de préférence à d’aulres, est absolument inexplicable par les théories physiques.
Disons donc que le mécanisme de l’absorption des substances, tant nutritives qu’inertes, est un phénomène vital, un caractère de la vie, et bornons-nous à en exposer les effets.
Le chyle, la lymphe, les produits solubles de la digestion (peplonë), ainsi que les liquides qui forment nos boissons, après avoir été absorbés, tant par les vaisseaux lymphatiques que par les veines, arrivent, par les mille et une voies tortueuses du syslème lymphatique, dans le canal thoracique, qui les verse dans la veine sous-clavière gauche , et là ils se mêlent au sang veineux.
La marche de la lymphe et du chyle dans les vaisseaux qui les contiennent, est favorisée par les valvules dont ces vaisseaux sont pourvus de distance en distance, et que met en évidence la figure 38. Ces valvules empêchent la rétrogradation du liquide qui parcourt le vaisseau. Les battements artériels et les mouvements musculaires dans la région qui avoisine ces vaisseaux, facilitent encore la progression de la lymphe et du chyle dans leurs conduits, et expliquent la marche régulière et continue de ce liquide de haut en bas, c’est-à-dire en opposition avec les lois de la pesanteur.
GOMMENT S’OPÈRE LA NUTRITION
Une particularité du système des vaisseaux lymphatiques qu’il importe de signaler, c’est l’existence, sur le trajet de ces vaisseaux, d’une série de renflements, dans lesquels les conduits de la lymphe et du chyle semblent se ramifier, en diminuant considérablement de calibre, sans doute pour ralentir le cours du liquide et favoriser son élaboration à l'intérieur de ces canaux.
On appelle ganglions ces renflements dont la figure 39 donne
un dessin exact, avec un certain grossissement.
Nous avons beaucoup parlé, dans les pages qui précèdent, de la lymphe et du chyle. Il est indispensable, avant de terminer ce chapitre, de faire connaître les propriétés physiques et chimiques de ces deux liquides.
La lymphe est un liquide d’aspect opalin, sans couleur, d’une odeur particulière, odeur qui provient des produits de l’absorption interne. Sa composition chimique varie suivant le lieu où on la recueille; car elle subit, en traversant les ganglions, des. modifications successives, qui ont pour effet de changer sa constitution, ou de l’enrichir de substances nouvelles, au fur et à mesure de son trajet. Elle tient des globules en suspension, mais en nombre beaucoup plus petit que le chyle et le sang.
La lymphe se sépare, quand on l’abandonne à elle-même, en deux parties : l’une liquide, le caillot ; l’autre solide, le sérum .
Le chimiste allemand Schmidt a fait l’analyse de la lymphe prise sur les vaisseaux du cou d’un jeune cheval, et il a trouvé, pour 1000 parties de lymphe, les nombres suivants :
Fig. 38.
Valvules des
vaisseaux
lymphatiques.
lymphatiques, grossi.
Sérum 955,2
Caillot 44,8
Total 1000,0
LES VAISSEAUX CHYLIFÈRES
Le sérum et le caillot étaient ainsi composés :
1000 parties 1000 parties
de sérum. de caillot.
Eau 957,61 907,32
Fibrine 48,66
Albumine 32,02
Graisses 1,23 34,36
Matières organiques diverses ... 1,78
Sels minéraux 7,36 9,66
Les 7,36 des sels minéraux que Schmidt a trouvés dans la totalité de la lymphe, sont ainsi composés : chlorure de sodium, 5,65; soude, 1,27; potasse, 0,16 ; acide sulfurique, 0,09; acide phosphorique, 0,02; phosphates terreux, 0,26.
Quévenne et Gubler ont fait l’analyse de la lymphe prise dans sa totalité, et ils ont obtenu les résultats suivants :
Eau 93,477
Fibrine 0,063
Albumine, albuminates et peptones. . 4,230
Corps gras 0,920
Matières extractives 0,440
Glycose 0,050
Chlorure sodique 0,640
Phosphates alcalins 0,180
La lymphe n’a donc pas une composition constante. Comme elle résulte des matériaux divers, liquides et solides, épars dans l’économie, elle n’existe pas, à proprement parler, avant qu’on ne l’aperçoive dans les vaisseaux lymphatiques. Elle ne prend naissance que quand elle a franchi les radicules de ces vaisseaux. Elle s’avance alors, en traversant de nombreux ganglions, qui lui servent comme autant de points de repos, et qui sans doute lui font subir une élaboration particulière. Elle sc rend ensuite, soit dans le canal thoracique, où elle se mêle avec le chyle, soit dans un grand vaisseau lymphatique parallèle à la colonne vertébrale, et situé au côté opposé du canal thoracique, et qui se déverse dans la veine sous-clavière droite.
Le chyle est, à proprement parler, du sang à l’état de préparation : c’est, pour ainsi dire, un sang blanc, comme celui des animaux inférieurs. En effet, lechy le, quand il esttiré des vaisseaux, se sépare, comme le sang, en deux parties, le sérum et le caillot
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Le chyle qui gonfle les vaisseaux d’un animal carnivore en état de digestion, est opaque et blanc comme du lait. Il doit son aspect laiteux à des globules graisseux en suspension, unis à un peu de matière albumineuse.
Le chyle des herbivores est séreux et demi-opaque. Le caillot qu’il abandonne, en se coagulant spontanément, étant lavé dans l’eau, laisse une substance qui se rapproche beaucoup de la fibrine du sang. Elle en diffère par une plus grande solubilité. C’est une sorte de fibrine de nouvelle formation , c’est-à-dire plus soluble que la fibrine du sang depuis longtemps organisée.
Séparée du coagulum, la partie liquide du chyle de l’homme renferme, comme le sérum du sang, de l’eau, des matières albuminoïdes et du sel marin. On peut donc, nous le répétons, considérer le chyle comme une sorte de sang blanc, très propre, par sa nature> à servir à la nutrition des organes.
Yauquelin fit, en 1811, la première analyse chimique du chyle. Il opérait avec le liquide extrait du canal thoracique d’un cheval. Le chyle provenant de l’incision du canal thoracique vers son milieu était rosé; mais cette coloration rosée tenait uniquement au mélange du chyle avec un peu de sang, pendant l’opération qu’il avait fallu faire pour recueillir le liquide à analyser. Quand le chyle est pur, il est incolore. C’est ce que M. G. Colin (d’Alfort) a reconnu, lorsque, avec tant d’habileté, il a réussi à établir sur le canal thoracique du cheval une fistule, qui lui permettait de recueillir du chyle pendant des journées entières.
Leuret et Lassaigne, qui analysèrent le chyle, après Yauquelin, y trouvèrent de l’albumine, de la soude, du chlorure de sodium, du phosphate de chaux, une matière colorante, et de la fibrine, qui constituait le caillot.
Le chyle a été analysé, depuis Leuret et Lassaigne, par beaucoup de chimistes, entre autres par Schmidt, Simon, Rees, et plus récemment par Wurtz. Rees a analysé le chyle humain; Simon et Wurtz ont analysé le chyle du cheval; Schmidt celui du cheval et du chien.
Le chyle analysé par Wurtz est celui que M. G. Colin (d’Alfort) avait recueilli en établissant une fistule au canal thoracique d’un cheval. Nous ne rapporterons pas le résultat des analyses du chyle du cheval faites par Wurlz, parce que la composition du chyle varie nécessairement selon la nature de l’ali-
LES VAISSEAUX CHYLIFÈRES
mentation1. Disons seulement que Wurtz a trouvé du sucre dans le chyle de cheval recueilli par M. G. Colin (d’Alfort) quelques heures après la digestion.
Le chyle analysé par Rees provenait du canal thoracique d’un homme mort par suspension, quelques heures après le repas. Voici quelle était la composition de ce chyle :
Eau •. : .
Fibrine. .
Albumine
Matières grasses
Matières extractives et sels. .
Fig. 40. Réseau des vaisseaux lymphatiques vus au microscope, laissant voir les globules de la lymphe et du chyle grossis 300 fois.
Les matières albuminoïdes et la graisse sont donc les principes essentiels du chyle.
Quand l’animal est à jeun, ses vaisseaux chylifères ne renferment qu’une lymphe claire, semblable à celle des autres parties de l’économie; mais, au moment de la digestion, ces mêmes
1. On trouvera ces analyses rapportées dans l’ouvrage de M. G. Colin (d’Alfort) : Traité de physiologie comparée de l'homme et des animaux (2® édition). Paris, chez J.-B. Baillière, tome II, page 167, in-8°.
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vaisseaux se remplissent des produits de la digestion intestinale, c’est-à-dire de matières grasses et de substances albuminoïdes et peptoniques. C’est ce mélange de la lymphe et des produits de la digestion qui constitue le chyle. On s’explique ainsi parfaitement la constitution chimique de ce produit de la digestion stomacale et intestinale.
Les matières albuminoïdes tenues en suspension dans le chyle constituent ce que l’on appelle les globules blancs , ou globulins du chyle; les matières grasses émulsionnées constituent ce que l’on nomme les granulations graisseuses du chyle.
La figure 40 représente les globules de la lymphe et du chyle qui sont visibles à l’intérieur des vaisseaux lymphatiques, quand on examine au microscope le réseau lymphatique chez l’homme.
Avant de traverser les ganglions lymphatiques du mésentère, le chyle ne contient que très peu de globules blancs. Quand il avance dans sa marche, les globules blancs augmentent, tandis que les granulations graisseuses diminuent.
On comprend que la composition du chyle soit variable, car elle doit être influencée par l’état de jeûne ou de digestion. Dans l’état de jeûne, le chyle est un peu plus pauvre en eau, plus riche en matières fixes, et spécialement en fibrine, en globules et en matières albuminoïdes, qu’il ne l’est pendant la digestion. L’alimentation avec les graisses et les viandes augmente la quantité des corps gras contenus dans le chyle.
Etude du sang chez l’homme, au point de vue physique, chimique et physiologique. — Ce que c’est que le sang. — Constitution physique du sang chez l’homme.
— Le caillot et le sérum. — Mécanisme physique de la coagulation du sang : la fibrine, en se séparant du sang tiré hors des vaisseaux, enserre les globules, comme dans les mailles d’un filet, et forme le caillot; le sérum surnage, tenant en dissolution les matières solubles. — Composition chimique du caillot : fibrine et globules. Étude physique, chimique et microscopique des globules du sang chez l’homme. — Les globules rouges et les globules blancs. — Dimension et aspect de ces globules au microscope. — La matière colorante du sang, sa composition et ses propriétés. — Les cristaux de la matière colorante du sang. — Quelles sont les fonctions physiologiques des globules du sang? Ils absorbent l’oxygène de l’air et vont le porter dans l’intimité des tissus. — Le globule blanc est identique au globulin du chyle. — Le sang de l’homme contient du fer. — On pourrait frapper des médailles à l’effigie des grands hommes, avec le fer retiré de leur sang. — Le sang d’Orfila. — Composition chimique du sérum. — Le sang tient des gaz en dissolution. — Manière d’extraire les gaz du sang. — Action des différents réactifs sur le sang humain. — Réactifs liquides acides et alcalins. — Réactifs gazeux. — Action de l’eau pure sur le sang : l’eau détruit les globules rouges. — Action des sels neutres : ils conservent les globules rouges. — L’analyse du sang : méthode de M. Dumas. — Le sang d’un gentilhomme est-il plus pur que celui d’un roturier? — Anecdote du baron prussien et de son cocher, racontée par Klaproth.
— Quantité totale de sang existant dans l’organisme humain. — Recherches de Welcker, de Weber et Lehman, de Vierdort, de Krause. — La quantité de sang contenue dans le corps humain est le huitième du poids du corps.
La circulation du sang. — Description du cœur. — Le cœur droit et le cœur gauche.
— Les oreillettes et les ventricules du cœur. — Les valvules de séparation. — Trajet du sang de l’oreillette droite et de l’artère pulmonaire aux poumons. — Retour du sang par les veines pulmonaires à l’oreillette gauche, ou 'petite circulation.
— Circulation du sang de l’oreillette gauche et de l’aorte dans tout le réseau artériel, et retour du sang, par les veines, dans l’oreillette droite, ou grande circulation. — Les mouvements du cœur, diastole et systole. — Quelle est la cause des battements du cœur? Ordre dans lequel s'effectuent la dilatation et la conctraction alternatives des quatre cavités du cœur. — Quelle est la force mécanique que développe le cœur en se contractant? — Singulières divergences des expéri-
GOMMENT LE SANG CIRCULE
mentateurs quant à cette évaluation. — Description de l’hémodynamomètre de Haies, reproduit par Poiseuille. — Circonstances particulières qui accompagnent les mouvements ou battements du cœur. — Le cœur se raccourcit pendant la systole. — La pointe du cœur vient frapper, à chaque contraction, les parois internes de la poitrine, en se portant en haut et en avant. — Les bruits du cœur. — r Application à la médecine de la perception de ces bruits. — Ce que c’est qu’une artère. — Une artère se compose de trois tuniques : élastique, cellulaire et séreuse. — Cause de la progression du sang dans les artères. — Qu’est-ce que le réseau capillaire? — Causes de la circulation du sang dans les capillaires. — Qu’est-ce qu’une veine? — Lenteur de la marche du sang dans les veines. — Les valvules des veines aux membres inférieurs. — Causes de la progression du sang dans les veines. — Un beau spectacle naturel, ou la circulation générale du sang observée chez un animal vivant. — Ce que c’est que le pouls. — L’artère radiale choisie pour percevoir les pulsations du sang. — Ce que c’est que la saignée. — Pourquoi la saignée se pratique sur les veines et non sur les artères. — La saignée du bras. — La saignée du pied. — Le sphygmomètre.
Histoire de la découverte de la circulation du sang. — Erreur d’Hippocrate. — Galien décrit et étudie les artères, mais il croit que les artères ne contiennent que de l’air. — Erreur de Galien quant à la communication entre le ventricule droit et le ventricule gauche du cœur. — André Vésale démontre, au xvie siècle, l’erreur anatomique de Galien concernant la prétendue perforation de la cloison interventriculaire du cœur. — Cette observation anatomique d’André Vésale est le signal des découvertes concernant la circulation du sang. — Michel Servet décrit le premier, dans un ouvrage de polémique religieuse, le cours du sang du cœur droit aux poumons, ou la petite circulation. — Vie et travaux de Michel Servet. — Michel Servet brûlé à Genève, en 1553. — Realdo Colombo décrit, après Michel Servet, le mécanisme de la circulation du cœur aux poumons. — Césalpin donne le même exposé. — Découverte des valvules des veines des membres inférieurs par Fabrice d’Aquapendente. — Guillaume Harvey aborde en Angleterre l’étude approfondie de la circulation du sang. — Expériences par lesquelles Guillaume Harvey réussit à montrer de la façon la plus éclatante le phénomène général de la circulation du sang chez l’homme et les animaux. — Accueil fait à la découverte de Harvey. — Opposition de Riolan et d’autres anatomistes. — Diatribes de Guy Patin à propos de la circulation du sang. — Molière a dépeint Guy Patin sous les traits de Diafoirus, dans le Malade imaginaire.
Tu viens de voir, ami lecteur, comment les principes assimilables provenant de la digestion des aliments ont quitté l’estomac et le tube intestinal, pour venir se mêler au sang.
11 s’agit maintenant de suivre le cours du sang dans tous les replis de l’économie, c’est-à-dire d’expliquer comment le sang, ainsi enrichi de matériaux utiles, est transporté dans toutes les parties du corps, pour servir à leur entretien et à leur réparation. Il faut parler, en d’autres termes, de la circulation du sang.
Mais pour comprendre le phénomène de la circulation du sang il faut d’abord connaître le sang. Aussi commencerons-nous par exposer les propriétés physiques, chimiques et physiologiques de ce liquide naturel.
ÉTUDE DU SANGr.