CIIAP. XXI. — ÉTYMOLOGIE ET ORTHOGRAPHE
graphe usuelle de notre langue, c’est d’y rendre compte de certaines anomalies plus apparentes que réelles. Par exemple, le rapport de four à fournil et fournée, qui en sont dérivés, ne peut être compris si Ton ne remonte à l’origine de four , qui est le latin furnus. Le n est tombé de même dans le mot primitif tour de turnus ; il s’est maintenu dans les dérivés tourner, retourner, détourner ; il a disparu à la fin d e, jour qui vient de diurnum ; il s’est maintenu dans journal , journée, ajourner, séjourner , etc. On pourrait multiplier ces exemples.
Quoi qu’il en soit de ces irrégularités, dont quelquesunes d’ailleurs peuvent être corrigées, l’orthographe actuelle de la langue française, considérée au point de vue de l’étymologie, paraît, en général, raisonnable, et l’on est aujourd’hui moins disposé à croire qu’elle ait besoin d’une réforme complète , quand bien même cette réforme aurait quelque chance de se faire accepter. Les efforts de nos grammairiens et l’autorité de l’Académie française 107, ont fait prévaloir une méthode moyenne qui concilie assez bien l’étymologie avec les formes nouvelles de notre grammaire, sans méconnaître cette force de l’usage et de l’habitude dont un poète latin a si bien dit :
Si volet usus,
Quem penes arbitrium est et jus etnorma loquendi (a).
Seulement, on souhaiterait que cette méthode fût appliquée avec plus de constance qu’elle ne l’a été jusqu’ici. L’Académie, qui prépare en ce moment même une édition de son Dictionnaire, se décidera, on peut l’espérer, à ne plus consacrer des irrégularités comme apercevoir , aplanir et appeler , apprendre , où il faudrait, des deux côtés, soit maintenir , soit supprimer le second p , qui est, comme on dit, étymologique. Elle pourra simplifier
(a) Horace, ad Pïsones, V, 71, 72. Cf. Êpîtres , II, 2, 119.
beaucoup l’emploi des traits d’union dans une foule de mots juxtaposés que l’usage tient aujourd’hui pour de véritables composés.