G.SU
GRAMMAIRE comparée.
De même que du latin se détachent les six principales branches que représente le tableau précédent , de même chacune de ces six branches se subdivise en plusieurs rameaux qui pourraient être représentés par autant de tableaux semblables. Le français du nord et celui du midi se subdivisent chacun en trois ou quatre dialectes; lltalien offre encore un plus grand nombre de variétés. Ainsi, la langue latine, sortie de l’aryen primitif, joue à son tour le rôle de langue mère par rapport aux nombreux idiomes de l’Europe occidentale, qui ont chacun leur caractère propre et un fond de ressemblance commune avec la langue des Romains.
§ 5. De l’utilité de l’étymologie pour bien parler et pour bien écrire la langue française (à).
Les tableaux étymologiques contenus dans les paragraphes précédents ont avant tout pour objet , en ce qui concerne notre langue, de faire voir de quelle manière elle s’est formée et peu à peu développée ; mais ils peuvent avoir une autre utilité. D’abord, en étudiant le mot à son origine dans une langue ancienne , nous en comprenons mieux le sens et nous pouvons ainsi nous en servir avec plus de discernement ; en second lieu , nous en pouvons souvent déterminer l’orthographe avec certitude. Ainsi, on a proposé d’écrire plurier comme singulier. Mais d epluralis est venu pluriel , comme de singularis est venu singulier; l’orthographe usuelle se justifie donc par l’étymologie. Savoir s’est longtemps écrit en français sçavoir, parce qu’on le croyait dérivé de s cire; mais il vient de saper e, en provençal saber , et l’on a bien fait de supprimer le c qui, dans ce mot , n’est qu’une lettre parasite. De même, sceau , dont nous dérivons sceller , vient de sigillum , en vieux français séel, par un changement de la finale qui est encore usité dans
(a) Comparez, plus haut, le chapitre ni, § 1.
CIÏAP. XXL — ÉTYMOLOGIE ET ORTHOGRAPHE. 183
les pluriels de nos mots terminés en /. Il vaudrait mieux écrire senu comme on écrivait encore au xvie siècle, et, par conséquent, seller ; mais comme nous avons déjà seau (en dialecte du centre et du midi, seille), contracté de situla, pour désigner un vase à puiser de l’eau, et, en outre, seller , venant de selle {sella, selle de cheval), il convient d’accepter une irrégularité d’orthographe qui rend plus facile la distinction de ces divers mots.
On a longtemps écrit en vieux français estoire , istoire , istoyre , ce que nous écrivons aujourd’hui plus exactement histoire 9 de historia , isTopi'a. On a longtemps aussi confondu dans la prononciation et dans l’écriture recouvrer (rentrer en possession de), qui vient de recuperare , et recouvrir , qui, venant de couvrir , remonte à cooperire. Le célèbre grammairien Vaugelas se résignait à cette confusion, tout en la déplorant; il aurait, aujourd’hui, le plaisir de voir que la distinction formelle des deux mots a prévalu dans l’usage 106.
Autre exemple: quand l’Académie française publia, en 1694, la première édition de son dictionnaire, on écrivait souvent debvoir le mot (infinitif ou nom substantif) qui dérive du latin debere ; elle fit judicieusement observer, dans sa préface , que devoir nous représente déjà par un ^ le b du primitif latin et qu’en admettant un b avant le v on surcharge ce mot d’une lettre que ne réclament ni la prononciation ni l’étymologie.
Quelques autres erreurs de l’orthographe , désormais consacrées par une longue habitude, semblent moins réparables; Ainsi acolyte devrait s’écrire acoluthe, s’il est vrai qu’il vienne d’àxo'Xouôoç, suivant (comparez le terme de grammaire anacoluthe , ou défaut de suite dans la syntaxe, avaxoXouGov) ; lierre vient de hrdera , ierre , lierre , selon l’usage ancien de notre écriture, où l’apostrophe ne séparait pas l’article du substantif, comme dans Von , qui s’écrivait Ion .11 paraît impossible de revenir sur de telles
altérations. Mais on devrait toujours écrire dans les livres de géométrie hypoténuse sans h après le t (utcoteivouaa, sous-entendu YP°wrç5 la ligne qui sous-tend un angle) ; parallélépipède (TrapaXXYjXsTUTreSov, de immSov, surface), et non parallélipipède. On devrait écrire holographe et non olographe , puisque la même aspiration s’est maintenue, et avec raison, dans holocauste, homologue , homologuer. Au contraire, hermite est mieux écrit sans h , puisqu’il vient de eremita , c’est-à-dire de Ipr^ixYjç, où la voyelle initale ne porte, en grec, qu’un esprit doux.
Il y a, en effet, à cet égard, une loi digne d’être observée, dans les mots tirés du grec. En général, si le mot original commence par une voyelle marquée de l’esprit rude, le mot français aura une h muette. Exemples :
harmonie homologue hyperbole hypoténuse horizon
Excepté : héros
venant de Spfxovfoc, — ôaoXoYOç,
UTTSp 6oX*4, ÔTTOTSlVOUŒa,
ôpiÇcov, etc., r\ pwç.
Au contraire, les mots français qui commencent par une h aspirée proviennent le plus souvent soit de mots latins formés par onomatopée, soit de mots celtiques ou germaniques. Exemples d’onomatopées :
hennir , hennissement , en latin hinnire , hurler , hurlement , en latin ululare.
Mots d’origine étrangère au grec et au latin s
honnir , haïr et haine , harceler ,
harnais , harnacher ,
/iate, hâter, hameau ,
harangue , haranguer , etc.
Un autre avantage de l’étymologie appliquée à l’ortho*