‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 12 sur 116 · CHAPITRE I. - DE L’ALPHABET · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. - DE L’ALPHABET

ments grecs avant Euelide; mais plus tard elle s’est renversée, comme nous l’écrivons aujourd’hui : X.

Le digamma (ainsi nommé à cause de sa forme), J7, signe d’une aspiration très-douce, qui était fréquente chez les Doriens et surtout chez les Éoliens (d’où le nom digamma éolique ), ne paraît à aucune époque dans l’alphabet attique ; et pourtant il a, comme chiffre, dans l’usage ordinaire (Ç), la valeur six, qui répond à sa place, la sixième, dans l’ancien alphabet grec, comme dans l’alphabet latin où il a le rôle d’une véritable lettre : F 12.

Outre le son que représente le digamma , le grec possédait primitivement un son analogue à notre j, dont on n’a retrouvé jusqu’ici le signe dans aucun monument, mais dont on est parvenu à démontrer l’existence dans certaines formes grecques.

Un autre signe d’aspiration, H, qui disparait peu à peu sur les monuments à partir d Euclide, est aussi resté , et comme une véritable lettre , dans l’alphabet latin.

Le coph phénicien, qui, sous le nom de coppa, 9, n’a conservé qu’une valeur numérique dans l’écriture attique, se retrouve comme lettre usuelle dans l’alphabet latin : Q 13.

Outre ces ressemblances originelles, l’alphabet latin s’est rapproché du grec par des emprunts de date plus récente. C’est ainsi qu’il s’est approprié le '(, et le u, que nous écrivons z et y.

Ici comme ailleurs, dans les comparaisons que nous allons faire, il faut distinguer soigneusement ce qui est dù à une affinité primitive et ce qui vient du travail des grammairiens postérieurs. Les grammairiens latins ont contribué à perfectionner et à compléter l’alphabet de leur langue, en y transportant des lettres grecques, comme les grands écrivains ont contribué à enrichir cette langue elle-même, en y transportant des mots em-

pruntés à la langue d’Homère ou de Platon. On comprend que ces innovations ne prouvent en rien l’origine commune des deux alphabets et des deux langues. Cela deviendra de plus en plus clair dans la suite de notre examen.

[A ce propos* on fera bien encore de noter en passant que les deux alphabets nous sont très-inégalement connus. Dès le vie siècle avant notre ère, les inscriptions grecques abondent sur les monuments* et dès lors elles nous offrent* siècle par siècle* une ample variété de formes et de caractères. Au contraire* les monuments latins ne commencent pour nous que vers le milieu du 111e siècle avant notre ère* et jusqu’au siècle d’Auguste ils sont rares. Cette absence complète ou cette rareté des documents nous prive de beaucoup de lumières sur l’histoire de la langue et de l’écriture chez les Romains 14.J

Quant à l’alphabet français, il n’est autre que l’alphabet latin de l’époque impériale, transmis, par l’effet de la conquête romaine et de la propagation du christianisme, non-seulement aux Gaulois, mais à tous les peuples de l’Occident civilisé. Cet alphabet latin, modifié diversement et quelquefois défiguré par de graves altérations pendant le moyen âge, fut ramené en partie à sa forme primitive par les calligraphes et les imprimeurs du xve et du xvie siècle.

A les comparer dans leur ensemble* les trois alphabets ont , dans nos grammaires , à peu près le môme nombre de lettres ; mais c’est là une coïncidence fortuite. Le plus rapide examen fait voir que chacun dJeux possède des sons et des lettres qui manquent aux deux autres. Certaines lettres font double emploi* comme en latin le c et le k; en français* dans beaucoup de mots, le g et le y.

En général, l’alphabet s’efforce de répondre exactement aux sons élémentaires en usage dans la prononciation d’une langue ; mais il est bien rare que cet effort ait tout le succès que l’on peut désirer. Des trois alphabets que

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