CHAPITRE I. — DE LA PRONONCIATION
nous examinons, F alphabet grec, qui, dans son ensemble, est pour nous le plus ancien, est en même temps le plus régulièrement composé. Il y manque cependant des signes qui pourraient être utiles dans Récriture. Il a deux lettres pour chacun des sons e et o, suivant qu’on doit les prononcer brefs (s, o), ou longs (vj, co); il n’a qu’une seule lettre pour chacun des sons a, z, u (a, i et u), de quelque façon qu’ils doivent être prononcés.
Il y a aussi des lettres et des groupes de lettres qui , sans changer dans l’écriture , ont pris un son différent de leur son primitif ; par exemple, le g et le ch n’avaient certainement pas chez les Romains le son qu’ils ont pris après la conquête de l’Europe par les barbares, et qu’ils ont aujourd’hui en français.
Ceci nous conduit à remarquer que la prononciation des trois langues classiques, surtout celle des deux langues anciennes, ayant beaucoup varié selon les temps et les lieux, les mêmes lettres sont bien loin de répondre toujours aux mêmes sons. Prenons un exemple qui nous aidera à montrer quels sont sur ce sujet les principes d’une bonne critique.
Les Grecs d’aujourd’hui pensent volontiers que leur manière de prononcer le grec ancien est conforme à celle des anciens Hellènes, et ils la défendent avec ardeur contre les diverses prononciations usitées dans les écoles de l’Occident. Mais on peut leur montrer, par des preuves irrécusables, qu’ils se trompent sur plusieurs points. Ainsi, au temps d’Auguste, le Grec Denys d’Halicarnasse donne sur la prononciation des voyelles des règles très-claires, qui contredisent l’usage moderne de prononcer n et u comme un simple iota 15 .
D’un autre côté, des savants de l’Occident ont fait prévaloir, comme uniquement vraie, la prononciation à laquelle sont habitués les élèves de nos collèges. On peut leur montrer que, surtout pour les consonnes, elle est contraire aux usages de l’antiquité. Ainsi le 6 et le x grecs étaient certainement des lettres aspirées, très-distinctes à ce titre du t et du x avec lesquels notre prononciation les confond aujourd’hui.
Sur ce sujet, tout système absolu est par là même erroné. Si l’on ne veut pas admettre la prononciation du grec consacrée
par l'usage en Orient* et si Ton tient à remonter aux anciens, ce qu’il faut rechercher, ce n’est pas la 'prononciation ancienne en général, qui n’est, à vrai dire, qu’une chimère, mais la prononciation en usage dans telle ou telle contrée de la Grèce, à telle ou telle époque de l’antiquité 16.}