‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 16 sur 116 · CHAPITRE II. - DE L’ACCENT · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. - DE L’ACCENT

lahôrem , flôrem; car ces mots français viennent d’un des cas régimes du mot latin correspondant, et non pas de son nominatif, comme on le démontre par des preuves qu’il ne convient pas de développer ici 20.

Une fois appliquée dans le plus grand nombre des mots, cette loi s’est naturellement étendue aux mots mêmes qui, dans notre langue, ne dérivaient pas de celle des Romains : relire, mot d’origine allemande, alcôve, koran , mots d’origine arabe, wagon , mot emprunté aux Anglais, etc.

[Remarquons, à ce sujet, que dans l’altération séculaire des mots la syllabe accentuée est toujours celle qui résiste le plus ; les autres, précisément parce que la prononciation en est moins forte, tendent à s’affaiblir encore ou même à disparaître: or, l’accent latin ne portant pas d’ordinaire sur les dernières syllabes, celles-ci étaient plus exposées à cet affaiblissement. De là, dans les langues dérivées du latin, tant de voyelles sourdes à la fin des mots, comme l’o dans cammino (qui même devient cammiri) en italien, et l’e muet en français ; de là aussi la disparition de tant de finales qui semblent absorbées par la force prédominante de la syllabe accentuée; città en italien et ciudad en espagnol pour civitâtem ; spectacle en français pour spectdcuhun. Quelquefois le latin avait opéré déjà ces mêmes contractions. Ainsi perîclum pour periculum , cdldus pour cdlidus. Quand les Grecs transcrivent le latin titulus , c’est sous la forme titXo;, qui suppose la contraction latine titlus ; de meme quand ils écrivent ÀsvtXo; pour Léntulus. L’anglais offre aussi, dans sa prononciation, de nombreux exemples de ces contractions qui sacrifient plusieurs syllabes à la syllabe accentuée 21.

Chose remarquable, en altérant les mots anciens, la langue grecque moderne procède précisément de la même manière: elle respecte surtout les syllabes accentuées. Exemples : ccnSXcv, serpent est devenu ç&i en perdant deux syllabes; oeppu^tov, sourcil , cppuâà, oG-rpt^iov, huître , cn-picb, et beaucoup d’autres du même genre. A k est une contraction populaire de XÉystç, tu dis ; Xsai de éqouai,, Us disent , noi; de irdfysi; pour û-rrayst?, tu VUS, t ràu.ev de 'rcàycp.sv pour uTrà^cpv, nous allons. Cela prouve quelle importance conserve l’accent d’une langue, même chez le peuple ignorant.

qui ne l'étudie pas dans les livres, et combien se trompaient les savants qui ont traité avec dédain les règles de l'accent grec, comme si ces règles étaient l’œuvre tout artificielle de quelque grammairien de l’antiquité.]

§ 2. De la quantité.

Les mots av0pco7ro<;, vënïmus ou vënrmus , patte et pâte , montrent très-bien quelle est, dans les trois langues, la force du principe qu’on nomme la quantité (uocroTY)ç, quantitas ). Une syllabe dont le son s'élève, gagne en accent; une syllabe dont le son s'allonge , gagne en quantité. Oc, cet allongement résulte tantôt de la nature même d’une voyelle, tantôt de sa position devant deux ou même trois consonnes ; mais il est à remarquer que cette règle, vraie, en général, pour le grec et le latin, ne l’est plus en français, où, au contraire, l’usage s'est établi de redoubler souvent la consonne après une voyelle brève; ainsi : homme et dôme , patte et pâte , etc.

La voyelle longue est ordinairement considérée comme le double d’une brève. L’unité de longueur s’appelle temps . On dit alors que la brève vaut un temps, et que la longue en vaut deux. Les syllabes communes sont celles que l’on prononce tour à tour comme brèves ou comme longues. Pour plus de détails sur ce sujet, il faut étudier un traité de versification 22.

Remarquons seulement ici que la quantité des syllabes s’explique souvent sans difficulté par l’étymologie, par la formation des mots, et qu’en analysant avec soin les formes grammaticales, dès le commencement des j études de grammaire, on peut apprendre, presque sans j effort, la plus grande partie des notions réunies, à l’usage des écoliers, dans nos traités de Prosodie, ' Exemples :

Pourquoi^, bref au nominatif de la quatrième comme de la seconde déclinaison latine, est-il long au génitif?

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