CHAPITRE II. — DE L’ASPIRATION
deux degrés différents qu’ils désignaient par les noms d’esprit rude (oaceîa s.-ent. 7upocrw8ta) et d’esprit doux (<JaX^) et qui se sont quelquefois confondus, quoique marqués, dans l’écriture, par deux signes différents. Les Grecs éoliens avaient aussi, pour en exprimer une nuance particulière, le signe J7 dont nous avons parlé plus haut, page 13.
Différente en cela de l’accent et de la quantité, l’aspiration modifie les consonnes comme les voyelles : osxog.ai (dial, ionien) — ce/ouat (dial, attique); irjuu , aller, irjgt, envoyer ; caballus — cheval , et altus~~/iaut.
Bien plus, l’aspiration est souvent représentée par une véritable consonne labiale, gutturale ou sifflante. Elle est représentée par :
Une labiale : cEXeva , poSov , chez les Éoliens BsXéva, pco'oov, pviyvugt (aor. 2 pass. Ip^ayyjv), en latin frangere frag-mentum et frag-ilis, où l’on reconnaît le digamma éolien ;
Une gutturale : aîa — yeda, evto — ysv to (pour eÏXêto) ;
Une sifflante : epTrw — serpo , I; — sex, imu — septern , S; — sus, aXXou un — salio, salto , où l’esprit rude du grec est représenté par un 5 en latin.
Il arrive aussi que, dans le meme mot, l’aspiration est, suivant les dialectes, tantôt une gutturale et tantôt une labiale : pXscpapov — yXscpapov, pX^ov — yX^tov OU yXaycov, ce qui explique comment, dans leur passage du latin au français, tant de mots ont changé une labiale en gutturale; exemples : vulpecida — goulpil, goupil (vieux français) ; vastare (anc. allem. wastan) — gâter (autrefois gas ter); vadum—guê ; vagina — gaine ( vaina en espagnol); viscum—gui, Ce changement a lieu aussi dans des mots d’origine germanique : ivarrant — garant ; Wilhelm — Guillaume , etc.
Au reste, des voyelles mêmes peuvent se changer en consonnes , comme dans le latin simius, qui devient le français singe, et autres exemples qu’on trouvera plus
bas, chap. XXL Réciproquement, les consonnes se changent en voyelles, comme dans : lavere , participe lautusy lotus ; cavere — cautus.
Le grec classique distingue deux degrés de Inspiration, qu’il marque par Y esprit doux et par V esprit rude . Le latin ne marquait d’aucun signe les syllabes qui ne sont pas particulièrement aspirées, et réservait le h pour marquer une véritable aspiration. Toutefois, dans les mots tirés du grec, tels que harmonia , homonyma , la voyelle initiale n’était pas sensiblement aspirée, et Y h n’y figurait guère que comme signe d’orthographe et comme souvenir de l’origine grecque. Le français, qui a pris le h à l’alphabet latin, remploie pour deux usages : t° pour marquer une aspiration très-sensible, comme dans haine , hideux ; 2° pour rappeler seulement une étymologie dans des mots où nous ne faisons sentir aucune aspiration, comme humble qui vient de humilis , horizon qui vient de ôpi'Çwv (a).
C’est donc surtout chez les Grecs que l’aspiration se montre avec une variété d’effets et une délicatesse remarquables. En voici une dernière preuve plus frappante encore que celles que nous avons vues jusqu’ici. Dans un mot de plusieurs syllabes, quand, par un caprice de la prononciation ou par un accident de grammaire, une syllabe perd l’aspiration, celle-ci se reporte sur une autre lettre ou sur une autre syllabe. Ainsi, paxpaxos devient jlàOpa xoç, l/oj prend sur l’s, au futur e;w, l’aspiration qui, au présent, portait sur le y \ la racine 7ra0 (d’où Traôoç et l’aor. sTuaÔov) a formé jadis le verbe noiOsGxu) qui, en se contractant, est devenu l’aspiration du G qui disparaissait s’étant reportée sur le x et l’ayant ainsi changé en un */.
La quantité offre des exemples analogues de compensation. Dans les comparatifs en vepoç et dans les super-
(a) Yoy. plus bas le cliap. xxi, sur l’Étymologie.