CHAPITRE V. — DES MOTS SIMPLES, ETC
d’un changement qui ôte souvent à chacun d’eux ou à l’un d’eux la forme ou le sens qu’il aurait s’il était employé séparément. On les appelle, dans ce cas, composés asyntactiques , c’est-à-dire non conformes aux règles de la construction. Exemples : parce que ni oouXo
ni TrpsTUTjç ne sont des mots grecs; silvicola , parce que ni silvi ni cola ne sont des mots latins (a) ; ou encore cpspsotxoç, parce que cpeps n’est pas ici l’impératif du verbe oepoo, mais un vrai thème nominal signifiant celui qui porte , et que otxoç n’a pas la forme olxov , qu’il devrait avoir s’il était le régime du verbe cpépw, comme dans la locution ô cpspwv olxov. De même encore 0cO(jooto; et OeOŒotopoç, formes doriennes, pour OsoSotoç et 0£oSu>poç.
Quelquefois la voyelle du radical se change régulièrement dans le passage du mot simple au mot composé. Exemples, a en u dans :
glaber qui forme deglubere ,
calcare
salsus
saltare
inculcare, proculcare, etc*, insulsusy
insultare , exsultare , etc.;
au en ü , dans :
causare recusareP excusare } etc.;
a en e , dans :
damnare
fallere
dare
e en i, dans :
condemnare , refellere ,
edere , prodere , etc.;
sapere
capere
facette
desipere , resipere , etc., decipere, excipere , etc.
perficere , efficere , etc.
(a) On a vu plus haut, p. 37, que silvï, avec la finale brève est une altération de Tancieu locatif silvï, avec la finale longue.
Quelquefois le verbe qui entre en composition avec un nom ou un adjectif change aussi de conjugaison. Exemples :
à gratum facere correspond gratificari , à ludum facere — ludificari ,
à amplum facere — amplificare.
Lorsque deux mots gardent en s’unissant la forme et la valeur qu’ils avaient séparément, alors ils sont seulement juxtaposés (TcapaTaOtigsva OU TüapaxEifxeva) ; mais on les appelle aussi, dans ce cas, composés syntactiques , c’est-à-dire conformes aux règles de la construction. Tels sont, en grec, les noms de ville N£a-7uoXt;, Néo v-tsï^oç, où les deux éléments qui forment le mot restent précisément ce qu’ils étaient avant d’être rapprochés. Quand le premier des deux termes composants était naturellement indéclinable, et que l’autre n’est pas altéré, comme dans bene facere, maledicere , TTcpiSaXXo.), xaxaêaXX(o, suKoyoc, il semble plus difficile de voir si le polysyllabe qui se formé de leur rapprochement est, à proprement dire, un composé. En pareil cas, les anciens distinguaient mieux que nous le véritable caractère du mot, grâce à la différence d’accent : dans la juxtaposition, chacun des deux mots conserve son accent propre; dans la composition, le mot composé n’a plus qu’un seul accent. Ainsi, au lieu de béne facere , on a bene facere; au lieu de rapt BaXXto, eO Xoyoç, en a 7U£piêàXXo), sûXoyoç. De même encore : 7T£pi- QopyjToç au lieu de txsqi <popY)xo<; et 7ràv<7ocpoç au lieu de rcav cocpoç. En général, dans les composés, l’accent tend àremonter jusque sur la troisième syllabe avant la fin 85.
[En outre, les Grecs appelaient composés obliques , irapacuvOsTa, et les Latins decomposita , les mots dérivés d'un composé. Exemples : S'iccXextocoç, dérivé de £iaXexxoç qui lui-même est un composé ; eùSatgoviÇsiv, dérivé de En latin: intelligen , de
intelligo {inter-lego) ; sacrilegium, de sacrilegus . Ces distinctions