CHAPITRE VII. — DES PARTIES DU DISCOURS
4° Les mots accessoires, qui modifient : soit le sujet, comme fait FArticle ; soit l’attribut, comme fait l’Adverbe; et ceux qui marquent le rapport d’un mot à un autre, comme fait la Préposition, ou le rapport d'une proposition à une autre, comme fait la Conjonction.
A ne considérer que la forme des mots dans les langues classiques, on peut aussi les diviser en mots variables et en mots invariables. Ainsi se placeront d’un côté : le Nom et l’Adjectif, le Verbe, le Pronom et l’Article; de l’autre, les particules ordinairement dites particules indéclinables : la Préposition, la Conjonction et même l’Adverbe, quoique ce dernier soit susceptible de certains changements, comme on le verra au chapitre xiv.
Quant à l’Interjection, c’est un mot à part, et nous expliquerons plus bas pourquoi il est impossible de la ranger décidément dans aucune des classes qui précèdent.
Au reste, les mots invariables eux-mêmes ne sont autres que des formes d’anciens mots déclinables fixées à cet état par l’usage. Ainsi yapiv et gratia , signifiant « pour, à cause de », lôi'a et private, <c en particulier)), &q[Aocr«j et publiée , c< en public », ou plutôt « au nom du peuple » , montrent visiblement des formes casuelles devenues invariables, et placées à ce titre en dehors de la déclinaison. Il en est de même de oïxot, domi , pour « à la maison » , et des autres formes de ce genre.
II. Le langage est un véritable instrument à l’usage de tout le monde, des ignorants comme des savants. Les uns s’en servent avec intelligence et réflexion, les autres sans se rendre compte de ses procédés, souvent très- délicats. De là beaucoup d’incertitudes et d’erreurs dans la pratique d’une langue; il est donc souvent difficile de ramener tous les mots et tous les emplois des mots à des règles certaines et invariables. Par exemple,
il y a tel mot qui remplit tour à tour deux fonctions différentes. Hic et ille, en latin, sont souvent des adjectifs qui modifient le sens d’un substantif; ils sont quelquefois des pronoms qui tiennent la place du substantif. Suivant qu’ils remplissent l’un ou l’autre rôle, ils se rattachent à l’une ou l’autre des Parties du discours. Quand je prononce, en français, les mots Tant mieux ou Tant pis! dans la conversation, c’est là une expression claire et complète, qui se suffit à elle-même ; c’est presque une proposition. Cependant, à y regarder de plus près, Tant mieux ou Tant pis n’est qu’une locution adverbiale qui modifie Fattribut d’une proposition sousentendue : « [La chose est Æau\tant mieux [faite], » etc. Les mots n’ont pas, dans l’expression de nos idées et surtout de nos sentiments, la même rigueur que des chiffres en mathématiques. îl importe de se familiariser avec ces irrégularités et cette mobilité dont aucune langue n’est exempte, et il ne faut pas demander à la science grammaticale plus de précision que son objet même n’en comporte.
[III. C’est avec raison que les grammairiens français ont appliqué à notre langue la division des Parties du discours admise par les Grecs et les Latins. Mais ne croyons pas pour cela que ces divisions soient applicables à toutes les langues. Il y a des langues où les formes des mots ne répondent pas aussi méthodiquement que chez nous à la diversité des idées conçues par l’esprit; il y en a qui ne connaissent pas ou qui connaissent à peine l'usage des flexions grammaticales. On doit donc se garder d’une trop grande facilité à considérer comme universelles les règles que l’on trouve appliquées dans des idiomes de la famille à laquelle le nôtre appartient. Notre division classique des Parties du discours peut servir à la grammaire de toutes les langues indo-européennes; elle peut même s’appliquer en plusieurs parties aux langues sémitiques (hébreu, chaldéen, arabe, etc.) ; mais il y a au moins un tiers des habitants du globe qui suivent des procédés tout différents dans l’expression de la pensée. UnFram çais qui apprend le chinois y cherche, tout d’abord, des noms .