‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 40 sur 116 · CHAPITRE VIII. — DES ANCIENNES DÉCLINAISONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — DES ANCIENNES DÉCLINAISONS

culin, quoique tous trois expriment la même idée. En grec et en latin, les noms de femme ont souvent la terminaison neutre : nXoxiov, Gh/ccrium. En français, loheur est du masculin, douleur est du féminin. Mêmes irrégularités en allemand, même désaccord si on compare l’allemand avec le français ou avec les deux langues anciennes ; de sorte qu’on peut considérer, dans ces divers idiomes, les terminaisons de genre comme presque toujours détournées de leur destination primitive, et réduites à ne plus produire qu’une sorte de variété favorable à l’élégance et à l’harmonie du langage (a).

L’anglais toutefois s’est, préservé de cette confusion en n’attribuant de genres qu’aux noms des objets qui en ont réellement dans la nature, et en rapportant tous les autres au genre neutre. Seulement, il garde, en poésie, la faculté de donner un genre aux choses qui, par leur nature, n’en devraient pas avoir.

La différence des nombres (àpiSpot, numeri) s’exprime aussi dans les langues classiques par des terminaisons différentes, mais ces terminaisons ne sont pas en même nombre chez tous les peuples. Le grec avait trois nombres: le singulier, le pluriel et le duel, excepté toutefois dans le dialecte éolien, qui ne connaissait pas l’usage du duel. Le latin ne connaît pas non plus le duel (excepté peut-être les formes duo et ambo), et c’est une nouvelle preuve de son affinité avec l’éolien **. Le français, comme jadis le latin et le grec éolien, n’a que deux nombres.

Cette distinction des nombres est d’ailleurs sujette, dans la pratique, à des applications très-diverses. Ainsi certains noms, même au singulier, désignent la plura-

(a) Arnobe, Advenus g entes, i, 59 : « Humana ista sunt placitaet ad usum sermonis faciendi non sane omnibus necessaria ; nam et hæc paries forsitan et hic sella dici sine ulla reprehensione potuissent, si ab initio sic dici placuisset et a sequentibus seculis commuui esset in sermocinatione servatum. »

lité : ce sont les collectifs, comme cTpaxoç, exercitus , armée, En d’autres cas, le pluriel n’a que la valeur du singulier, comme en grec dans les noms de ville ’Aôrjvou, JOp/o^£vai', etc. ; en latin, dans le mot castra , qui désigne un seul camp . Les usages de la vie civilisée consacrent aussi l’emploi du pluriel pour le singulier (vous pour tu), comme de la troisième personne pour la seconde dans le dialogue même familier. Ils consacrent certaines périphrases où le pronom s’unit à un nom abstrait pour désigner une personne vivante : vestra majestas , votre majesté , et mainte autre formule de ce genre, où le grammairien constate l’extrême flexibilité avec laquelle les formes de langage se prêtent à toutes les nuances du sentiment et de la pensée.

Les cas (tttoWiç, casus) ou terminaisons exprimant certaines idées secondaires, certains rapports des mots entre eux, sont une propriété commune au grec, au latin et à Lallemand de tous les âges, comme à presque toutes les anciennes langues de la famille indienne ; mais ils ont presque entièrement disparu dans les langues néo-latines, ainsi que dans l’anglais, où l’on ne connaît j guère qu’une espèce de génitif marqué par l’addition d’un s au radical du nom. Tout livre de grammaire grecque ou latine montre ce fait bien clairement en traduisant chaque cas de la déclinaison, excepté le nominatif et l’accusatif, par un nom français, toujours invariable, accompagné d’une préposition qui marque précisément le rapport exprimé, en grec ou en latin, par le cas ou la flexion casuelle : Xoyo-u — du (pour de le) discours , dominu-m — le seigneur, etc. 42.

Toutefois, les formes diverses, je , me, moi, il, lui, peuvent être considérées comme des restes de déclinaison dans les pronoms et les articles français.

[D’ailleurs, notre langue n’a pas perdu subitement cette faculté de décliner ses noms. Dans le vieux français, soit celui du nord (langue d’oil), soit celui du midi (langue d’oc), on trouve

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