‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 41 sur 116 · CHAPITRE VIII. - DES ANCIENNES DÉCLINAISONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. - DES ANCIENNES DÉCLINAISONS

encore des traces de déclinaison : le cas sujet, par exemple, prend le plus souvent un s final au singulier, et le perd au pluriel. Le cas régime suit la règle contraire. Quelquefois aussi le mot affecte une terminaison différente selon qu’il est sujet ou régime ; il a un cas sujet et un cas régime. Ainsi à rais , cas sujet, se rattachait un cas régime rayon. De même Hugues — Hugon , espies — espion , etc., et l’on voit que cette forme en on est restée aujourd’hui la forme habituelle et unique d’un certain nombre de substantifs, qui cependant ne sont pas dérivés de mots latins en o-onis 43.

En comparant ensemble les cinq déclinaisons latines, surtout si l’on tient compte de leurs formes anciennes ou populaires, inusitées dans le latin classique, on s’aperçoit qu’elles ont entre elles beaucoup de ressemblance, et quelles paraissent dériver toutes d’une déclinaison commune. On peut arriver au même résultat pour les diverses déclinaisons de la langue grecque. Enfin, en rapprochant l’une de l’autre les déclinaisons grecque et latine ainsi simplifiées, on remarque entre elles d’intimes rapports qui témoignent de leur commune origine et de leur affinité avec une ancienne langue asiatique dont nous avons parlé plus haut. Ce résultat ne peut s’obtenir que par des analyses philologiques trop difficiles pour que j’essaye de les présenter ici. On s’en fera une idée par l’exemple suivant :

L’ablatif du pluriel latin en is paraît être une contraction pour ibus: queis ou gms, pour quibus , est usité dans le latin de Virgile et de Cicéron ;on a dit aussi Dibus pour Dm. Môme à la première déclinaison, certains féminins en a, comme equa , conservaient le datif en abus ; les finales de vobis et nobis sont analogues à cette terminaison en bus. Ce datif pluriel répond à un singulier en bi qu’on trouve d’abord dans ibi, datif de is, ea , id, devenu adverbe, et en outre dans ubi , dans alicubi pour ali-cuibi, dans si-cubi pour si-cuibi, etc. Or, cette forme bi a une évidente analogie avec le grec cpi, qui, dans la langue d’Homère, a souvent aussi la valeur d’un datif: (h'yxpt, àyeXyicpt, etc. Voilà déjà un lien évident entre la déclinaison grecque et la déclinaison latine. Si maintenant on les rapproche l’une et l’autre de la déclinaison sanscrite, on trouvera dans cette dernière les désinences analogues: bhyas , bhis 44. Ces sortes de ressemblances comptent parmi les meilleures preuves que l’on puisse donner de l’affinité des langues où elles se rencontrent.]

§ 2. Du nom adjectif.

Le nom adjectif (imdeTov, adjectivum ) était ordinairement regardé par les anciens comme une espèce dans la classe générale des noms ; il ne formait pas à lui seul une Partie du discours. Cet usage était raisonnable. En effet, les noms communs ou appellatifs eux -même s expriment plutôt la qualité que la substance. ‘P^xiop et SixoAoyoç, orator et causidicus , sont le signe d’une profession autant que de la personne qui l’exerce. On peut dire : ‘P^xcop ô A/)p.o(jôévv)ç, orator erat Demosthenes . Dans ces deux propositions, p^xtop et orator ont le rôle d’attribut, c’est-à-dire d’adjectif; et ce sens leur est aussi habituel que celui de substantif exprimant à lui seul la notion d’un être, comme dans : A7](À7]yopeï ô pvfctop, concionatur orator , V orateur parle au peuple ou devant le peuple . Si donc les noms communs sont rangés parmi les substantifs, il n’est pas nécessaire de former une classe à part pour les adjectifs, qui n’en diffèrent pas essentiellement. L’adjectif, en effet, qualifie presque tou« jours le substantif, sans lequel il ne peut former un sens complet; mais il s’emploie aussi quelquefois comme substantif en grec et en français, avec l’addition d’un article. Exemple : 6 ao^oç, le sage , et en latin, sans le secours de l’article, sapiens , peuvent désigner ou toute personne excellente en sagesse, ou même tel ou tel sage en particulier, exactement comme chez les Grecs 6 icowi-

désigne souvent le poète par excellence, c’est-à-dire Homère; ô pixwp, l’orateur par excellence, c’est-à-dire Démosthène.

Au reste, les mots que nous appelons aujourd’hui substantifs, en grec et en latin, ne sont autres que d’anciens qualificatifs ou adjectifs. Par exemple, le grec ittttoç parait avoir signifié « celui qui court » ; le latin alumnus est un ancien participe du verbe alere (cf. Xuo-

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