‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 51 sur 116 · CTJAP. X. — DE LA PRÉPOSITION ET DES CAS · texte numérisé non relu

CTJAP. X. — DE LA PRÉPOSITION ET DES CAS

Si les prépositions et les désinences ou flexions casuelles servent au même usage, il semble étonnant, au premier abord, que le grec et le latin aient à la fois des cas et des prépositions ; l’un ou l'autre des deux procédés suffisait, à la rigueur, pour exprimer les rapports de propriété, de dépendance, de direction, etc., qui peuvent exister entre les idées. Mais ces rapports sont très-nombreux, et le nombre des cas, même dans les langues qui ont la plus riche déclinaison, est assez restreint. Le sanscrit a huit cas, le latin en a six, le grec n’en a que cinq50; aussi, même dans ces langues, les prépositions viennent utilement en aide au petit nombre des cas, pour exprimer les rapports très-divers auxquels les cas ne pourraient suffire. En grec, f accusatif oTxov se construit avec les prépositions irpoç, eU, 7rapa, pour signifier autour , vers , dam , le long ou auprès de la maison . Urbem , en latin, se construit de même avec in, per , ad , selon qu’il s’agit d’entrer dans la ville, ou de la traverser, ou de se diriger seulement vers la ville. Réciproquement, plusieurs prépositions changent de sens selon qu’elles se construisent avec tel ou tel cas ; par exemple, in urbe , in urbem; rcpo; Touiot;, Trpoç Txuxa, 7rpo; to’jtwv, etc. Tantôt la flexion casuelle est seule employée, comme dans les exemples cités au commencement de ce chapitre, et il y a même des cas, comme le nominatif et le vocatif, en grec et en latin, et le datif en latin, qui ne se construisent avec aucune préposition; tantôt la flexion casuelle se joint à une préposition qui en détermine le sens. Mais, dans ces dernières constructions, il faut avouer que la flexion devient presque inutile. Dans les locutions juxta urbem , per urbem , ad urbem , la finale em importe très -peu à la clarté; les locutions françaises comme : près de la ville , à travers la ville , et à la ville , sont également claires. Aussi comprend-on très-bien que l’usage des prépositions, en se multipliant, ait fini par détruire, dans certaines langues, celui des

cas. L’empereur Auguste, dit-on, préférait, comme plus clairs, les tours de phrase où la préposition exprimait le rapport de deux mots aux tours où ce rapport n'était exprimé que par une désinence casuelle ; par exemple, il écrivait plus volontiers : impendere in aliquam rem que impendere alicui rei , — includere in carmen que includere carminé ou carmini 51 . En cela, Auguste faisait ce que plus tard firent presque tous ceux qui parlaient le latin. Ils trouvaient plus commode d’exprimer un rapport par un mot distinct que par une flexion casuelle, et c’est là une des causes qui ont peu à peu effacé la déclinaison des noms dans le français comme dans les autres langues néo-latines.

Le nom qui suit la préposition s’appelle son complément, parce qu’il en complète le sens; ou son régime , parce que, dans les langues anciennes, elle le régit à tel ou tel cas.

Les prépositions servent encore, et plus spécialement que les autres parties du discours, à former avec les autres mots, surtout avec les verbes, des mots composés. Exemples : auvouo pour Suo, deux à la fois; (juveot^gi, compagnons de gymnase ; aTroxpe-nreiv, détourner ; TrpoTpfnrstv , tourner vers , encourager ; en latin : avertere , pervertere , subvertere , profugus> transfuga , commilitones ; en français : détour , détourner , parachever , décompte , etc. 52.

[Quelquefois la différence est très-grande entre les deux sens d’une même particule, scion qu’on l’emploie seule ou bien en composition. Exemples: dwrd dans tgç, qu'on ne doit pas dire ,

où il exprime non- seulement séparation, mais négation et même défense; ab dans abdicare pour renier , où il a ure valeur toute négative.

Il y a aussi dans les trois langues des particules indéclinables qui ne s’emploient jamais seules. Exemples : âuar-ysvTiç, mal né ou malheureusement né ; âçl-fo iXoc, très-brillant ou très-illustre ; en latin, sim-plex , sin-cerus , où la première syllabe est une particule négative qui joue le même rôle que l’a privatif dans les

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