DE LA CONJUGAISON
§ 1. Définitions et observations générales.
Nous avons vu déjà, dans le chapitre VI, quel est le rôle du verbe (^uot, verbum) dans la proposition, et combien le verbe diffère soit du sujet, soit de l’attribut. Le verbe est le véritable signe du jugement. Partout où il y a un verbe, il y a un jugement et une proposition ; partout où le verbe manque, il n’y a que des notions isolées, des idées sans lien, ou au moins des alliances de mots incomplètes. Exemples : Smyrne , Colophon , etc., hæc ædes Jovis ou Saturai , ttoXXo! àvôpw7rot, muiti liomi nés , beaucoup d'hommes , etc. ; voilà des notions isolées, qui se suivent comme se suivraient les mots dans un lexique de noms ou d’adjectifs, ou qui, tout au plus, s’unissent deux à deux sans former un jugement complet. Mais que le verbe vienne se placer entre ces mots, il en fait des propositions, des phrases : il anime, pour
ainsi dire, ces éléments inanimés du langage ; il en fait un corps et leur donne la vie. Ainsi : a J’ai vu Smyrne et Colophon* » — « Ce temple est le temple de Jupiter ou de Saturne. » — « Les hommes sont nombreux, » ou — «il y a beaucoup d’hommes, » etc. C’est ce qu’ Aristote avait déjà très-bien observé, ce qu’il a exprimé avec une précision remarquable à la première page de son traité sur le Langage , rapt ‘Eppjvstaç.
Précisément parce que le verbe est nécessaire au discours, il peut être sous-entendu dans beaucoup de phrases, et l’esprit le supplée avec une extrême facilité. Dans la phrase : « Auguste succéda à Jules César, et Tibère à Auguste, » il y a deux propositions, quoiqu’il n’y ait qu’un seul verbe exprimé : le second verbe est sous-entendu. Les locutions comme : debout! en avant! sous-entendent chacune un verbe à l’impératif, et n’en sont pas moins claires pour cela. 11 en est de même dans les locutions comme : Heureux ceux qui, etc. , pour Ceux-là (sont) heureux qui, etc. ; — Félix qui potuit co gnoscere, pour Félix (est) qui potuit cognoscere.
D’un autre côté, même quand le verbe n’est pas sousentendu, il n’est pas toujours exprimé dans la phrase par un mot distinct. A vrai dire, le seul signe particulier du jugement dans le langage est le verbe que nous appelons par excellence verbe substantifs etvai, esse , être, qui marque, dans la proposition, le rapport du sujet et de l’attribut. Mais le verbe s’unit si naturellement avec l’attribut que presque tous les verbes qu’on rencontre dans l’usage sont des verbes attributifs : anXw pour sigA cptXwvj — amo , pour sum amans , — jJ aime , pour/c suis aimant, — cptXoïïfjiai pour si [A <piXoujx£voç, — amor , pour sum amatus , qui se traduit en français par une locution où l’on voit clairement le verbe distinct de l’attribut : je 1 suis aimé .
C’est donc le verbe attributif que nous allons surtout étudier ici; mais ce que nous allons en dire pourra