‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 56 sur 116 · CIÎAP. XL — DES TEMPS DU VERBE · texte numérisé non relu

CIÎAP. XL — DES TEMPS DU VERBE

faite eu même temps que celle de lire : Je lisais quand vous êtes entré . Lire et entrer sont deux actions simultanées; elles ont eu lieu au même instant, dans le passé.

Legeram, f avais lu, n’est pas seulement un passé par rapport à l’instant où je parle ; c’en est un aussi par rapport à un autre instant qui, lui-même, est passé : Lavais lu, quand vous êtes entré. L’action de lire est antérieure à celle Rentrer, qui, à son tour, est antérieure au temps où je parle.

Legero , j'aurai lu, exprime d’abord un futur, puis un passé : un futur, par rapport au moment où je parle ; un passé, par rapport à un autre futur qui va être exprimé : J'aurai lu, quand vous viendrez .

Cette alliance du présent et du passé se marque trèsbien dans lëgebam , qui, en effet, se forme du même radical que le présent lego , en ajoutant à ce radical lé g la terminaison de l’imparfait ebam.

L’alliance d’un passé avec un autre passé se marque très-bien dans legeram, qui, en effet, se forme du même radical que le parfait légi, en ajoutant à ce radical lëg l’imparfait du verbe sum, c'est-à-dire eram.

Enfin, l’alliance du futur et du passé se marque très-bien dans lëgero , qui, en effet, se forme du parfait lègi , en ajoutant au radical lëg la terminaison ero , qui est le futur du verbe sum.

Comparez de même :

pôno — pônebam , pango—pangebam,

pôsui — pôsueram , pepigi — pepigeram,

pôsui — -postier o, pepigi —pepigero.

Les temps de la première série sont ceux qu’on appelle ordinairement temps primitifs ; ceux de la seconde s’appellent temps secondaires, parce qu’on les dérive des premiers 59.

La langue grecque reproduit cette analogie si remarquable :

Temps à rapport simple : Xuco, XéXux a, Xuato, Xucogat} temps à rapport double : eXuov, IXeXuxetv, XeXucrofxai, ou l’on voit le radical du présent Xua> former l’imparfait eXuov ; le radical du parfait XeXuxoc former le plus-queparfait eXsXùxetv ; le radical du futur Xu<no, ou au moyen Xucroaai, former le futur antérieur XeXuaopioct équivalant au futur passé des Latins,

L’aoriste grec IXuoa offre, au premier abord, un caractère tout particulier ; mais on peut remarquer que le g qui le caractérise se retrouve dans les parfaits en si) qui sont assez nombreux dans la conjugaison latine : carp-si , sum-si , vexi (de veho , pour * veh-si, de * vegh-si ), indul-si , etc.

La symétrie des temps grecs et latins n’a pas disparu entièrement de la conjugaison française : je lis , je lus , je lirai , — je lisais , j'avais lu , j* aurai lu , répondent bien, pour le sens, aux deux séries de temps qu’on vient d’analyser, et, quant à la forme, je lisais offre le radical du présent avec la tenninaison d’un passé ; j'avais lu offre la réunion de deux temps passés \ j'aurai lu, la réunion d’un futur et d’un passé.

D’ailleurs, tandis que le latin n’a qu’une forme pour le parfait, le grec en a deux : eXuora et XeXuxa; le français en a trois et même quatre : je déliai , j'ai délié , j'eus délié, j'ai eu délié ; mais cette dernière forme est assez rare dans l’usage, et il en est de même de plusieurs autres formes verbales que notre langue compose facilement à l’aide de l’auxiliaire avoir, mais qui ne méritent guère d’entrer dans un tableau de la conjugaison française.

§ 4. Des Personnes et des Verbes impersonnels.

Le verbe ayant des rapports étroits avec le sujet de la proposition, il est naturel que les formes verbales expriment par des désinences particulières la différence

en AP. XI. — DES PERSONNES DU VERBE.

des personnes ; et ees désinences paraissent n’avoir été primitivement que les trois pronoms personnels, joints au radical même de chaque temps du verbe. Par exemple, dans l’ancienne conjugaison des Doriens : Ti'07)-(jt.i, Ti07}-<7i, où l’on reconnaît encore la lettre carac-

téristique de chacun des pronoms personnels : p pour la première personne êpoi) , g pour la seconde (go, g s),

et, pour la troisième, t, lettre initiale et seule vraiment radicale des cas obliques du pronom de la troisième personne (voyez plus haut, p. 71). Au passif du verbe grec, ces terminaisons se sont mieux conservées : pou — g eu — toc u En latin, c’est le verbe actif qui, sauf à la première personne (a), en offre la trace la plus évidente : am-o, ama-s , ama-t , leg-o, legi-s , legi-t , etc, 60.

En français, les finales s’étant affaiblies, par des raisons expliquées plus haut (p. 18), au point que la différence des personnes y est presque insensible pour l’oreille, surtout dans les trois personnes du singulier, l’usage s’est introduit de placer devant le verbe, ou après lui dans les phrases interrogatives, le pronom personnel : j'aime, tu aimes, il aime , aime-t-il , etc. Cette addition serait moins nécessaire au pluriel : nous ai nions , vous aimez , ils aiment , nous finissons , vous finissez , ils finissent ; mais une fois consacrée dans la pratique pour le singulier, elle a passé aux autres formes. Seulement, on supprime les pronoms à l’impératif : marchez, restez , etc.

Certains verbes, qui ne s’emploient qu’à la troisième personne, sont appelés par les grammairiens des verbes impersonnels ou unipersonnels. Exemples : ppovxa, tonat , etc. Ces formes ont, en outre, la propriété de former à elles seules une proposition ; et, en les analysant, on trouve que le sujet de cette proposition n’est autre

(a) On sait que sum et incjuam sont, dans la conjugaison latine, les seuls exemples des premières personnes du singulier terminées par un mt à l'indicatif présent.

que l’idée d’une action ou d’un phénomène exprimé par le verbe. BpovTa est pour ppovr/j fiyvzw, t°nat pour tord t ru fit; concurritur pour fit concursus ; peccatur pour ft peccatum ou fiunt peccata; pœnitet, pudet , pour pœna ou pudor liabet , etc. C’est donc en quelque sorte un nom qui prend une terminaison verbale et qui se conjugue. De là vient qu’on a aussi défini les verbes impersonnels des sujets conjugués; et cette définition paraîtra d’autant plus juste, si l’on compare les locutions : dvàyxYi (sousentendu £gti) avec cal, — opus est avec oportet , — besoin est (dans le style judiciaire) avec il faut , — eundum est avec il faut aller , etc. En français, où la désinence personnelle est presque insensible, on voit que le pronom il y supplée : il tonne , il pleut , etc.

On remarquera, du reste, que la plupart des verbes impersonnels expriment, soit des idées morales d’un caractère très-général, soit des phénomènes naturels dont la cause est inconnue ou mal connue. Cela explique la brièveté, souvent un peu obscure, de ces locutions.

§ 5. Des Nombres et des Genres.

Si le verbe exprime ordinairement la personne du sujet, il est naturel qu’il en marque aussi le nombre , c'est-à-dire qu’il ait des terminaisons particulières selon que le sujet est au singulier, au pluriel ou au duel, en grec; au singulier ou au pluriel, en latin et en français. Le participe peut marquer, en outre, le genre du sujet. Sa nature verbale ne s’y oppose nullement. Parce que le genre du sujet est marqué dans : oiXmv t-}}v rraxctoa, cptXouaa ttjv TuotTpioa, ce ne sont pas moins des locutions verbales, exactement comme amans patriam. Le latin ne marquant ces différences de genre que dans les participes en us, nous avons été conduits à ne les marquer, en français, que dans les participes passifs: aimé — aimée ,

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