CHAP. XI. — DE L’INFINITIF ET DU PARTICIPE
verbe qui suit, et modifiés par l’attribut aîoxpov, turpe, honteux. Cette seconde phrase ne renferme donc qu’une proposition.
La pensée que nous exprimons par ces deux locutions est, au fond, la même; mais elle n’est pas également développée; plus étendue dans la première, elle est plus resserrée dans la seconde.
L’infinitif peut donc garder son rang parmi les modes et dans la conjugaison du verbe.
Cela n’empêche pas qu’il soit quelquefois employé comme un véritable substantif. Dans ce cas, il reçoit en grec et en français l'adjonction de l’article qui caractérise le nom : to xe^atvetv, tgû xsf&x ivetv, ra> xepSai'vsiv, etc., dans le simple sens de gain , trafic. De même : le boire pour la soif ; le manger pour la faim. , dans la locution française : « perdre le boire et le manger . » C’est un nouvel exemple de ces mots à double usage qui, selon l’emploi qu’on en fait, rentrent, sans changer de forme, dans différentes parties du discours. Tel est encore le français devoir , substantif ou infinitif, dérivé de l’infinitif latin debere .
Le grec ancien semble prouver aussi que l’infinitif est un mode du verbe en le remplaçant souvent par Sti joint à un mode personnel ; et le grec moderne, qui n’a plus d’infinitif, le prouve î.iieux encore, car il emploie régulièrement à sa place un mode personnel précédé de la conjonction va (pour l'va, — que). Le latin de la décadence employait de même quia ou quod avec l’indicatif dans les phrases où le latin classique aurait exigé un infinitif. Enfin, la règle de syntaxe connue sous le titre de Que retranché (il vaudrait mieux dire Que ajouté ), nous montre aussi que notre langue remplace l’infinitif latin par un mode personnel précédé de la conjonction que.
On pourra faire voir, par une analyse semblable, que le participe est réellement un mode du verbe, quoiqu’il s’emploie souvent avec le sens d’un simple adjectif.]
L’orthographe française a même aujourd’hui, en ce qui concerne le participe présent, un véritable avantage : elle distingue nettement le cas où il est employé comme verbe et les cas où il est employé comme adjectif. Habitant , plaisant , etc., sont invariables quand ils ont le sens d’un participe présent actif ou neutre; ils prennent la terminaison du masculin ou du féminin, et
celle du singulier ou du pluriel, quand ils sont employés comme adjectifs 58.
§ 3. Des Temps.
Nous avons déjà vu que l’idée de temps se traduit dans le langage par certains adjectifs comme ocUTspaïoç, TpiTatoç, nocturnus, hesternus , hodiernus , etc. Elle s’exprime encore par des noms spéciaux, comme jour, année, unis à des noms de nombre, deux, trois, etc.; ou par des locutions plus brèves, comme hier , aujourd'hui, demain , etc., que nous retrouverons parmi les adverbes. Le verbe exprime aussi les principaux moments de la durée, pour marquer auquel de ces moments une action appartient. Mais cette idée de temps, que les noms et adjectifs numéraux expriment par leur radical, le verbe l’exprime avec une heureuse brièveté par sa terminaison.
Ainsi lego, legam , legi, — je lis ( dans l’instant présent' , je lirai ( après l’instant présent), j'ai lu [avant l’instant présent), voilà les trois principaux temps : le présent, le futur, le passé. Ces temps se subdivisent, en latin et en grec, avec une symétrie remarquable, que le français n’a pas exactement reproduite.
De même que lego, legam , legi, ne se rapportent qu’à un seul temps, le moment cle la parole, de même Xu w, Xudw, eXuaa, marquent une action, ou simultanée, ou postérieure, ou antérieure à un seul et même moment, le moment qui est aussi celui où je parle, le présent.
Legebam, legeram, legero, sont très-différents; ils expriment chacun un double rapport, ou, en d’autres termes, ils nous rappellent à la fois deux instants de la durée.
Legebam , je lisais , est un passé par rapport à l’instant où je parle, car il marque une action accomplie; mais c’est aussi un présent par rapport à l’action qui s’est