‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 58 sur 116 · CHAP. XI. - DES VOIX DU VERBE · texte numérisé non relu

CHAP. XI. - DES VOIX DU VERBE

fléchi avec une forme active. On pourrait dire que ces inconséquences de l’usage contribuent à donner au style oratoire et poétique plus d’aisance et de variété; mais assurément elles ôtent à la langue quelque chose de sa précision grammaticale (a).

Quelquefois d'ailleurs l’irrégularité est plus apparente que réelle, et la forme de conjugaison que l’usage a consacrée peut se justifier par une exacte analyse du sens que le verbe exprime. Par exemple, dans meditor, on peut dire que l’action exprimée est véritablement une action réfléchie, puisque le sujet se parle en quelque sorte à lui-même; «poaipoufxoti, je préfère, peut être interprété par : je prends pour moi de préférence , c’est-àdire je me résous . La terminaison du moyen a même un sens bien expressif dans otoacrxogou tov tuo'v, je fais instruire mon fils , ou, plus littéralement, je me fais instruire mon fils. De même, en français, il y a dans l’emploi des verbes auxiliaires une irrégularité qui n’est pas toujours sans raison. Quand un enfant dit : je m? ai blessé , cette locution est, à la rigueur, plus grammaticale que je me suis blessé, puisque je suis blessé ne peut avoir un complément direct. Mais si je mai blessé représente mieux V action qui part du sujet/e pour revenir sur le sujet me , l’autre locution exprime mieux Y état tout passif du sujet qui est blessé; et voilà comment les deux règles, celle de la conjugaison active et celle de la conjugaison passive, se sont ici accordées, ou, si l’on veut, confondues, pour donner à l'expression plus de force et de vivacité.

(a) Sur les valeurs corrélatives de l’actif et du passif, Priscien a déjà fait de judicieuses observations (Institut, grcimm,, VII, 2).

§ 7. Observations diverses sur la conjugaison et sur la dérivation des

verbes. — Du caractère synthétique et du caractère analytique dans

les langues.

I. On a vu combien de formes régulières et simples peuvent entrer dans la conjugaison des verbes. Mais ces formes si variées de la conjugaison, dans les langues classiques, ne sont pas toutes consacrées par l’usage. Beaucoup de mots qui pourraient être grecs, à ne consulter que les règles de la grammaire, sont inusités ; et cela vient souvent de ce qu’ils sont d'une longueur gênante pour la prononciation, ou d’une cacophonie blessante pour l’oreille. Tel est, par exemple, le parfait du verbe ôaXaaaoxpaTs'to-o), TeOaXaddoxpaTYpca, et, à plus forte raison, l’optatif du même parfait TsôaXaacroxpaTr'xotjju. D’autres formes sont négligées par l’usage sans qu’on en puisse donner d’aussi bonnes raisons ; par exemple, les futurs Gpsçw et ppwcrw, qui seraient tout aussi légitimes que OpsçoîAat et BpoWogat seuls usités.

A cet égard, il faut tenir compte des habitudes littéraires propres à chaque langue. Souvent une forme inusitée chez les écrivains de profession était usuelle dans la langue populaire. Par exemple, il n’est pas douteux [ que les Romains possédaient à côté des formes classiques des verbes déponents comme nasci , des formes actives d’usage populaire comme nascere , d'où est sorti l’infinitif français naître; de même ce n’est pas se qui, mais un infinitif actif sequere, qui nous a donné suivre .

Quelquefois une raison .d’harmonie a fait substituer à j une forme grammaticale une autre forme plus douce à prononcer ; exemples : xe^apotato, dans Homère, pour

XÊ^btpOtVTO, £7TtT£TpaaTai pour £7nT£Tpa7TVTat, de £7UtT£Tpag-

gat, ce qui, dans le grec des prosateurs, a été remplacé par la forme composée IwiTSTpajAuévoi sîcrt. C’est ainsi encore que semblent s’être formées les troisièmes personnes du pluriel en eïai ou en acn, dans les verbes en

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