CHAP. XI. — OBSERVATIONS DIVERSES
p.t : tiOcvti (dorien), ttOsaTi, Tiôéocai ou Ti6siat, et iffiavTi {dorien), taTacm, tGraa<jtj taraat. Pour adoucir la prononciation , une voyelle prenait , dans tous ces mots , la place d’une consonne, avec laquelle elle n’offre d’ailleurs aucune analogie sensible (a).
De même, en latin, il 11e paraît pas qu’on ait jamais employé mirareris , dedidicissetis , ni tant d’autres formes, très-régulières d’ailleurs, mais trop dures à prononcer et trop pénibles à entendre 61 .
De même, en français, on ne dirait pas : troublassiez , embarrassassiez , mésusassiez , et tant d’autres subjonctifs réguliers, qui manquent absolument d’harmonie. Mais l’usage a seul décidé, sans raison apparente, que l’on ne dirait plus douloir , ni condouloir, quoique Don dise encore doléance et condoléance ; il a décidé que l’on ne dirait plus soudre , quoique l’on dise toujours dissoudre , résoudre absoudre . Le latin classique avait de meme perdu beaucoup de verbes simples dont il employait toujours les composés : plere , dont se forment replere , implere , supplere, etc. ; cellere , d’où se forment excellere , antecellere, prxcellere, etc. ( b ).
D’un autre côté, si les verbes qu’on appelle défectifs empruntent à d’autres verbes des temps qu’ils pourraient aussi bien tirer de leur propre radical; par exemple, si l’on dit au parfait de fero, tüli et non fëri ou fcfëri ; si l’on dit bonus-melior et non bonior , comme juslus-justior , ce sont là des anomalies dont la cause est aujourd’hui difficile à reconnaître.
La multiplicité des formes grammaticales peut donc être considérée, dans chaque langue, comme une richesse naturelle où le peuple et les écrivains puisent ce qui convient à leurs besoins. Dans le choix qu’ils
(a) Cicéron, Orator, c. 97 : « Impetratum est a consuetudine ut peccare suavitatis causa liceret. »
(b) Voyez de plus amples détails sur ces variétés d’étymologie dans le chapitre xxi. Cf. La Bruyère. De quelques usages.
font, les écrivains, comme le peuple, suivent souvent le caprice autant que la raison.
II. La conjugaison grecque et la conjugaison latine ont sur la française un avantage incontestable, grâce à la variété des terminaisons qui marquent les divers états de Taine , les personnes , les subdivisions du temps, etc. Par exemple, la conjugaison grecque a trois impératifs, à la voix active, comme à la voix moyenne : Xus, Xïïcrov, XsXuxe, — Xuou, Xüaai, XeXuao. Elle a, de plus, un impératif aoriste passif, XuOyjti. Le latin, déjà moins riche, a pourtant deux formes d’impératif : la plus usuelle, et aussi celle dont le sens est le plus vague, ama, lege ; et une autre en to , comme amato , legito , qui a un sens plus défini et fort semblable à celui du grec Xücrov 62. Le français n’a guère, pour répondre à ces variétés, qu’un seul impératif . Certaines locutions adverbiales s’emploient aussi, en sous-entendant un verbe, avec le sens d'injonction : debout! en avant! etc.; le grec disait de même ava pour avac^Ot. On reparlera plus bas de ces locutions, dans le chapitre des adverbes.
III. En grec et en latin déjà, quelques formes de la conjugaison se composent de plusieurs mots : XsXufjtevo; £Ïv]v, vocatus sum , vocatus sim , etc. Ces formes verbales, qu'il vaudrait mieux appeler j uxtaposées que composées, sont beaucoup plus fréquentes dans la conjugaison française. La voix passive tout entière n’a pas en français un seul temps simple; et à l’actif même, plusieurs formes du passé, le plus-que-parfait, le futur passé et le conditionnel passé, se composent par la réunion de deux et même de trois mots, sans compter le pronom, dont nous avons expliqué l’emploi en tête de presque toutes nos formes verbales. Il y a sur ce sujet deux observations à faire.
La première, c'est que les anciennes conjugaisons