‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 61 sur 116 · CHAP. XI. — OBSERVATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — OBSERVATIONS DIVERSES

venissem » etc. Mais ces contractions ne constituent pas, à proprement dire, une règle de la conjugaison française; elles appartiennent plutôt à la dérivation.

L’usage du redoublement et de l’augment est encore un caractère particulier à la conjugaison des langues synthétiques : ainsi Xua>, XéXuxa, eXeXuxsiv, XsXupoct, etôpgw, wpgyjfxat; pango, pëpïgi , et fôdio, fôcli (pour fefôdi ou fôfôdi ), nous montrent dans la constitution des formes verbales des procédés aujourd’hui inconnus aux langues dérivées du latin, mais qu’on retrouve dans l’allemand et dans d’autres dialectes germaniques 66.

L’augment temporel mérite surtout d’être remarqué. En effet, exprimer une différence dans le sens du verbe par l’allongement de la syllabe radicale, est un procédé d’une délicatesse extrême, et qui ne peut trouver sa place que dans des langues où la quantité joue un rôle important.

On rencontre cependant çà et là, dans la conjugaison française, quelques traces d’une loi d’harmonie que l’instinct populaire s’est efforcé d’observer. Par exemple, si on compare deux à deux les formes suivantes :

que je vienne , — que nous venions , que tu viennes , — que vous veniez,

et quelques autres séries du même genre, on remarquera que là où la dernière syllabe est plus forte, la première s’affaiblit d’autant : vienne — unions ; au contraire, là où la seconde s’affaiblit, la première reprend plus de force : viennent. Cela s’explique très-bien par la place de l’accent dans le mot latin qui correspond au mot français : en effet, la syllabe forte du mot français répond, dans ces exemples, à la syllabe accentuée dans le mot latin.

V. Comme en grec et en latin, les formes verbales en français se ramènent facilement à des tableaux ou

paradigmes. Mais, à cet égard, la pratique nous suggère une observation importante : c’est que le sens attaché à chaque temps, à chaque mode des verbes grecs et latins n’est pas exactement celui qu’il a dans l’usage, même chez les écrivains classiques. Il semble que les Grecs et les Romains aient usé de3 formes du verbe avec une liberté dont ne jouit plus la grammaire française. Que l’on prenne, par exemple, la première page de YAnabase de Xénophon, et qu’on la traduise en mettant avec soin le présent français pour le présent grec, Y imparfait pour Y imparfait, le prétérit simple pour Y aoriste 9 etc., on s’apercevra que la phrase française, écrite selon ce strict mot à mot, sera inadmissible. Il y avait donc quelque chose d’un peu artificiel dans les dénominations attachées aux formes temporelles et aux formes modales dans les langues grecque et latine. Nos paradigmes français s’accordent mieux avec l’usage syntactique de notre langue.

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