CHAP. XII. — DE LA CONJONCTION
C’est par exception seulement que certaines conjonctions comme xat, et, quum-tum , réunissent deux noms, comme dans : et Antonin et Marc-Aurèle furent les deux plus grands princes de leur siècle . » En général, ces alliances de deux substantifs ne sont qu’un moyen de résumer deux propositions en une seule : Tibérius et Caïus Gracchus furent tous deux tribuns , équivaut à ces deux propositions : Tibérius Gracchus fut tribun et Caïus Gracchus fut tribun.
De même que la préposition équivaut, pour le sens, à la flexion casuelle, de même la conjonction, si elle n’équivaut pas tout à fait à la flexion modale, contribue du moins à en varier le sens et l’usage. Ainsi, que donne à l’indicatif la valeur d’un mode subordonné , comme dans : J' apprends que vous êtes sorti , où la conjonction marque l’idée qu’exprime la terminaison infinitive dans : audio te exiisse , ou dans àxouto es eÇsXyjXuÔsvai. De même, si donne, en français, au mode indicatif le sens d’un conditionnel ou celui d’un futur. La terminaison du verbe dispense souvent d’employer toute conjonction pour subordonner une proposition à une autre. Ainsi, jubeo exeatis est aussi clair, en latin, que j'ordonne que vous sortiez,e n français. Mais, en général, les modes ne seraient pas assez nombreux pour exprimer, à eux seuls, les rapports qu’exprime la diversité des conjonctions : le but, par ïva, ut , afin que; la défense, par ne, que ne, etc. De là vient que, les conjonctions se joignant d’ordinaire à un mode, comme l’optatif ou le subjonctif, on dit qu’elles gouvernent tel ou tel mode* ou qu’elles régissent le verbe à tel ou tel mode.
On distingue facilement deux sortes de conjonctions. Les unes, comme xou, et, servent à ranger, pour ainsi dire sur la même ligne, diverses propositions qui sont au même mode. Ainsi dans cette phrase de Cicéron : a Et auribus multa percipimus, et oculis colliguntur « pæne innumerabiles voluptates... et reliquos sensus
c( voluptates oblectant dispares, etc. (a), » on sent que les trois membres précédés de et sont seulement coordonnés ensemble. Les grammairiens grecs disaient que la conjonction exprimait alors la quantité ou l’accumulation (ouvapuv, en latin vim). Au contraire, dans cette phrase de Tite-Live (6) : « Datur hæc venia antiquitati. <( ut , miscendo humana divinis, primordia urbium au- « gustiora faciat, » la conjonction ut exprime la subordination du verbe faciat et de ses compléments à datur hæc venia . Les conjonctions de ce genre, ut , oti, ïva, om oç, etc., déterminent donc la subordination (tocÇiv, ordinerri ) d’une proposition à une autre.
Cette classification, aussi simple que claire, s’applique naturellement aux conjonctions dans toutes les langues que nous étudions ici.
Comme il y a des locutions prépositives, au travers de ou à travers pour «5 ta, per, il y a aussi des locutions conjonctives : warts = &ç te, et wctts p) ou iva [ir\} ita ut, ita ne, afin que , pour à cette fin que . A cet égard, nulle différence entre les trois langues classiques.
Mais les Grecs avaient un assez grand nombre de particules, auxquelles ils ne pouvaient, dans la plupart des cas, assigner un sens bien précis, et qu’ils appelaient pour cela 7rapa7rAY)pci(j.a™ (remplissage), OU rcapa- 7rXy)pcopiaTtxol auvSs(T(xot, conjonctions explétives . Il suffit de parcourir une page d’Homère pour rencontrer beaucoup de ces particules comme Sr\, apa, au, pv, Si, qui ne semblent servir qu’à remplir le vers ou à relever l’harmonie de la phrase poétique. Msv et Si, fort usitées, même dans la prose grecque, y sont le plus souvent difficiles à traduire par des mots ou latins ou français qui n’en exagèrent pas le sens. Presque toujours piv et 8e, dans une phrase grecque, n’ont qu’une valeur distributive ,
(a) De Oratore, III, 7.
( b ) Préface de ses Histoires,