‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 66 sur 116 · CHAP. X1IÏ. - DE L’INTERJECTION · texte numérisé non relu

CHAP. X1IÏ. - DE L’INTERJECTION

pourtant reconnaissables pour appartenir à d’autres classes de mots. (marche, ou pousse en avant) est l’impératif du verbe àyw, comme sTsv est la troisième personne du pluriel de l’optatif d’eîpu' (soit, que cela soit, je le veux bien). ’ETrucxtoç est l’adverbe de lîustxvfc (convenable) ; benigne est l’adverbe de benignus (bienveillant, généreux). On m’offre à manger et à boire, quand je n’ai plus faim ni soif, je réponds en grec : h riaxwç (sousentendu Xsye tç), et en latin : benigne (sous-entendu loqueris ); en français, je dirais familièrement: Vous êtes trop bon , ou : assez , ou bien : merci ; etc. Ce sont donc moins là de véritables interjections que des locutions elliptiques, c’est-à-dire où l’on a supprimé, pour parler plus vite, des mots que sous-entend sans peine l’esprit de l’auditeur. Ces abréviations sont très-fréquentes, surtout dans le dialogue familier. Quand on pense vite et que l’on sent vivement, on s’exprime de même. Au lieu de s’analyser et de se développer, la phrase se resserre et elle se réduit quelquefois à un monosyllabe. Un auteur ancien raconte que le poète Pliiloxène, sollicité par Denys de venir à la cour de Syracuse, lui répondit par une seule lettre de l’alphabet, O, qui s’employait pour ou dans l’orthographe de ce temps; ou, c’était la simple négation non , qui signifiait, dans la lettre de Philoxène : « Non , je ne veux pas me rendre à la cour de Syracuse. »

Quelquefois la force exclamative de l’interjection se rend par une flexion casuelle. Ainsi, un nom propre, ScoxpaT vjç par exemple, employé pour appeler celui qu’il désigne, prend la terminaison du vocatif, 2(oxpaT£ç, à laquelle on ajoute d’ordinaire la particule 5. O, en français, a le même sens devant les substantifs ; il leur donne la valeur d’un vocatif. Quelquefois c’est une simple intonation, pour la langue parlée, et, pour la langue écrite, un simple signe d’orthographe qui expriment l’exclamation, comme dans : le bel arbre / ou : quel bel

arbre! Le point (!) indique la valeur admirative des trois mots dont la locution se compose.

Ce sont là de bien petits faits de grammaire ; mais ils méritent d’être observés, car ils nous montrent une fois de plus avec quelle flexibilité les mots se prêtent à tous les besoins et même à tous les caprices de l’esprit pour exprimer la sensation ou la pensée.

Page 1