CÏÏAP. XIV. - DES DEGRÉS DE COMPARAISON
serve; il se nomme superlatif (urapOsTixov, superlativum , ou superlativus gradus) : superlatif relatif, quand les deux termes de la comparaison sont exprimés, ou que le second terme est clairement sous-entendu et se présente facilement à la pensée, comme dans : Socrate le plus sage des hommes, ou dans : l'homme le plus sage ; superlatif absolu, quand le premier terme seulement est exprimé, étant seul présent à l'esprit, comme dans : Socrate fut très-sage .
Mais plusieurs autres cas se présentent pour nous dans la comparaison des degrés d’une meme qualité. On peut imaginer (et l’on en rencontre dans l’usage) des superlatifs et des comparatifs de valeur plus ou moins grande. Ainsi : multo immanissimus , de beaucoup le plus féroce , exprime la férocité à un plus haut degré que le seul mot immanissimus, ou son équivalent français le plus féroce . De même, en grec, tcoXu çspxepoç, et, en français, bien préférable.
Il y a lieu aussi d’exprimer divers degrés de la même qualité considérée dans la même personne. Par exemple, lorsque nous disons, en français î peu discret, trop peu discret, moins discret, un peu moins discret, etc. ; ou lorsqu’on disait en grec : âvSpeiotaToç lauioïï lyeve to, pour « il se surpassa lui-même en courage » .
Les exemples suivants donneront une idée de la variété des moyens qu’emploient les trois langues classiques pour exprimer les degrés de comparaison.
Tantôt le comparatif et le superlatif sont dérivés du positif : aocpoç, aocpoVrcpoç- orrai oç, sapiens , sa p ien tio r-issim us . Tantôt ils se dérivent d’un autre radical qui a le même sens : dyaOoç, cplpispo; et cpÉpiaxo; (en poésie) ou peXu'iov, PsXticjtoç (en prose), bonus , melior , optimus.
Tantôt le comparatif s’exprime par un positif précédé de quelque adverbe marquant le degré ou la quantité, comme pcXXov et magis pour le comparatif, gàXurra et maxime , pour le superlatif : [AaÀXov ou ^aXicna
magis ou maxime conspicuus. On a employé aussi, pour les superlatifs, la particule Tp£;, comme dans TptaaOXtoç, trois fois malheureux , Tp i o-jas y i<rcoç , un des surnoms de Mercure chez les Grecs d’Égypte 70, trifur et ter venefi eus, dans le poëte latin Plaute. Quelques grammairiens reconnaissent dans cette particule, Tpfç ou tri , l'origine de la particule très qui forme les superlatifs français 71 ; mais les exemples que nous venons d’en citer, dans des mots grecs et latins, sont, ou des exceptions assez rares, ou des licences du style comique. Le très français, qui, dans notre ancienne orthographe, ne se séparait pas du radical de l’adjectif, vient plutôt de la particule trans abrégée en tra dans quelques mots latins, comme traducere , tradere , tranare , pour transducere , transdere , transnare ; et dans les mots français : trapercer (en vieux français trespercer ), pour transpercer . Cette particule, signifiant par-dessus, se prête naturellement à exprimer l’idée du superlatif. On en reconnaît la force dans trépasser, tressaillir , et dans les vieux mots français comme trestous , tressuer. . j
Outre les comparatifs et superlatifs formés avec les particules plus et très , le français possède quelques comparatifs en un seul mot, qui sont tirés du latin, comme supérieur de superior, meilleur de melior; les superlatifs intime de intimus , suprême de supremus. Seigneur , qui vient de senior , et prêtre , qui vient, par contraction, du mot grec 7rp£<jêuT£po<; devenu le latin presbyter , ont pris dans notre langue un sens différent de leur sens primitif. Le vieux français employait encore altisme de altis - |
simus, saintisme de sanctissimus , pesme de pessimus , et aussi greignor de grandior , pour plus grand (a). Ces for-
(a) II doit être entendu que tous les dérivés français en eur d'un comparatif latin en or se sont formés, non pas du nominatif en or, où l’accent n’est pas sur la finale, mais d’un cas régime c Iris, ori, ôrem, etc., où l’accent est en latin sur la syllabe qui l’a conservé en français. Voir plus bas, p. 166. Cf. p. 18-19 et la note 20.