CIÎAP. XXI. -ÉTYMOLOGIES GRECQUES ET LATINES
en cela leur supériorité sur les Grecs, les Romains ne paraissent pas avoir jamais soumis l’étymologie à une méthode vraiment critique. Ils en disputaient un peu au hasard, tantôt devinant avec bonheur l’origine d’un mot obscur, tantôt imaginant un rapport secret entre les lettres et les idées, et accordant à l’onomatopée une importance fort exagérée dans l’imposition des noms. Ainsi Varron, le plus savant des étymologistes latins, pose quelque part, et bien justement, ce principe, que l’étymologie ne peut pas a rendre compte de tous les mots (a) ». Dans la pratique, il explique justement le latin comissari par le grec xwjjloç, d’où xoopt. aÇsiv ; ou bien, bos , par le grec (Bouç; ovis , par le grec oU, etc. Il signale avec raison hinnire, ululare , balare, etc., comme des mots formés par onomatopée, à l’imitation des cris qu’ils expriment; il dérive sans peine impluvium et compluvium de pluvia; vehiculum , de vehere, et autres semblables92. Mais il s’égare dans une suite d’explications puériles sur des mots qu’il fallait renoncer à expliquer avec les seules ressources du dictionnaire grec et du dictionnaire latin. Par exemple, il prétend que loqui vient de locus , parce que celui qui ne sait pas mettre les mots à leur place ne sait pas parler ; que metuere (craindre) vient de motus, à cause du mouvement que fait l’ame pour s’écarter de l’objet qu’elle craint. Il oublie, à chaque instant, que les lettres se transforment et que les flexions dérivent l’une de l’autre d’après certaines lois qui doivent diriger l’étymologiste dans la recherche des racines et de leur sens primitif. 11 ne distingue pas, parmi les mots latins analogues ou semblables à des mots grecs, ceux qui viennent de la Grèce par voie d’emprunt réfléchi, et ceux qui ressemblent à des mots
(a) De Lingua latina , vu, 4 : « De originibus verborum qui multa dixerit commode potius boni consulendum, quam qui aliquid nequiverit repreliendendum ; præsertim cum dicat etymologice (rj dxu[jioXoYiy.vb sous entendu téj(vy)), non omnium verborum dici posse rationem. »»
grecs pour avoir originairement la même racine. Ces deux classes de mots sont pourtant assez distinctes par elles-mêmes, comme on va le voir dans les listes suivantes :
1° Mots latins qui ont une origine commune avec les mots grecs correspondants :
les noms de nombre : sex — f£, septem — Itct», etc.,
pater — Trax^p; mater — prçxyjp,
dare , donum— Sfôoop, £oatç, §wpov,
vorare — (3opa, piêpcoaxco,
edo , esum , esse (manger) — Ia0 £<*>, futur ISoptat,
gaudere — yY)Ô£ïv, dorien ya0Eîv,
avare , aratrum , arvum — apouv, apoxpov, apoupa,
sedes, sedeo — fSoç, sÇopxt, éSoïïpiat,
sudor, sudare — tSpwç, topoco-üj,
silva — 8Xy), dorien uXa,
pango, pepigi , pactus — irrçyvupu, aor. 2 iTrayyjv^ genus, gigno ( gi-geno ) — yévoç, ytyvopiai (yi-ysvoptat), spondere — crravoEiv, g7tov§ti, exemple où le radical grec a conservé un sens primitif (verser) que le mot latin a perdu.
terminus , terminare — xlppx, xEpptàÇEtv (mot dorien pour ôpîÇetv), Teppuov.
latere — Xavôàvw, aor, 2 £Xa0ov,
orbus — opcpavo;; ambo — appto, amb , dans ambire, arnbigere) etc. — appt, navis — vau;, va o; ; ovum — wov, etc.
2° Mots empruntés par les écrivains latins à la langue grecque :
philosophus , philosophia — <ptXo<ro<po;, cptXoŒOcpt'a, ephippium — E^tVirtov,
tkeatrum9 amphitheatrum Osaxpov, àpptOsaxpov,