CHAPITRE H. — DE L'ACCENT
mêmes; et il y a lieu de s’étonner que les éditeurs modernes n’aient pas songé à faire pour quelques textes des classiques latins, ce qui se fait pour tous les textes grecs, en les accompagnant des signes authentiques de l’ancien accent.
Les accents qu'on trouve dans plusieurs de nos grammaires latines et de nos livres élémentaires, n’ont pour objet que de distinguer des mots d’ailleurs semblables, comme musa au nominatif et musa à l’ablatif. Ils n’ont rien de commun avec l’accent dont nous parlons.
Comme l’accent latin, l’accent français n’affecte que deux places dans le mot ; mais ce ne sont pas les mêmes places : il porte toujours sur la dernière syllabe quand elle est pleinement prononcée, ou sur l’avant-dernière quand la dernière a un e muet; en d’autres termes, il relève toujours la dernière syllabe forte du mot.
C’est là, il faut l’avouer, un défaut de variété très-réel, mais que les bons écrivains savent corriger par l’habile disposition des mots dans la phrase ; nous y sommes d’ailleurs si bien habitués, qu’il ne nous choque point, et que nous appliquons presque toujours notre accent à la prononciation des mots grecs et latins, sans songer que par là nous faisons tort à l’harmonie de ces deux langues.
Au reste , la règle de l’accent français s’explique sans difficulté par l’origine purement latine du plus grand nombre des mots qui composent notre langue. Dans aimer , finir, la syllabe accentuée est celle même qui l’était dans amâre , finîre; seulement par la suppression de la finale e, l’accent se trouve occuper la dernière syllabe au lieu de la pénultième. La mèm« observation se peut faire sur les adjectifs amâbilis aimable , sensibilis-sensible. Les substantifs monument turn et documéntum forment de même monument,
Î8 GRAMMAIRE COMPARÉE
document; douleur, labeur et fleur reproduisent l’accent non pas de dôlor, làbor , ftos, mais de dolôrem, laMrem, flôrem; car ces mets’ français viennent des cas* obliques du mot latin correspondant, et non pas de son nominatif, comme on le démontre par des preuves qu’il ne convient pas de développer ici 13 ®.
Une fois appliquée dans lei plus grand nombre des mots, celte loi s’est naturellement étendue aux mots môraesqui, dans notre langue, ne déliraient pas de celle des Romains : reitre, mot d’origine allemande, aloôve, koran, mots d’origine arabe, wagon, mot emprunté aux Anglais, etc.
[Remarquons, à ce sujet, que dans l’altération séculaire des mots la syllabe accentuée est toujours celle qui résiste le plus; les autres, précisément parce que la prononciation en est moins forte, tendent à s’affaiblir encore ou même à disparaître : or, l’accent latin ne portant pas d’ordinaire sur les dernières syllabes, elles étaient plus exposées à cet affaiblissement. De là, dans les langues dérivées du latin, tant de voyelles sourdes 5 la fin des mots, comme l’o dans cammino (qui même devient cammin) en italien, et l’e muet en français; de ià aussi la'disparition de tant de finales qui semblent absorbées par laforce prédominante de la svllàbe accentuée : cittâ en italien et ciudad enespngnoi pour cMtdtem; péril en français pour pcriculum , etc.iJL’angiais offre aussi , dans sa prononciation, de nombreux exemples de ces contractions qui sacrifient plusieurs syllabes à la syllabe accentuée ,4 .
Chose remarquable, en altérant les mots anciens, la langue grecque moderne procède , précisément de la même manière : elle respecte surtout les syllabes accentuées. Exemples : êçfSiov est devenu 0(81 en perdant deux syllabes; iopySiov-tf pi8i , êarpfSiov-arpîSi, et beaucoup d’autres du même genre. Xé« est une contraction populaire de Xffetç, X^i de * Xéyouat, «5; de rcâyetç pour Û7tiysTç, -7tS[isv de Trîyouev pour û::d[- Youev. Cela prouve quelle importance conserve l’accent d’une langue, môme chez le peuple ignorant, qui ne l’étudie pas dans les. livres, et combien se trompaient les savants* qui
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