DE L’ACCENT, DE LA QUANTITÉ , DE L* ASPIRATION
§ t”. De l’AeceaL
Outre le son qui leur est particulier, les lettres et les syllabes sont sujettes 3 divers changements dans la prononciation.
Le son de la lettre e n’est pas le même dans les trois syllabes du mot Xe'yets , ou du mot vétere ou du mot élevé (a). De ces trois e il y en a un qui est accen- , tué , c’est-à-dire prononcé avec plus de force, avec une certaine intonation que les Grecs appellent to'voç ou itpo<T({)8(i5t, et les Latins accentus, d’où sont venus le mot français accent et la locution accent tonique.
Supposons, dans les mots ci-dessus, que les trois e soient émis avec la même intensité: Xîyéxé, vétéré, élevé ; supposons une ligne ou plusieurs lignes dans lesquelles toutes les syllabes soient ainsi prononcées avec le même accent /rien ne sera plus fatigant pour l’oreille. 11 en serait de même, si aucune syllabe n’était accentuée et si toutes étaient également faibles. Au contraire, dans un môt de plusieurs syllabes où une syllabe est accentuée, tandis que les autres ne le sont pas, ces dernières se subordonnent à la syllabe qui
(o) l’ai dû, pour respecter les usages de notre orthographe, mettre ici un accent sur la première syllabe du mot élevé, parce que IV de cette première syllabe est ce que l’on appelle un é fermé ; mais les lecteurs devront bien remarquer que ces accents de l’ortbograpbe française ne représentent plus, si ce n’est par accident, comme sur la dernière syllabe de élevé , le véritable accent tonique de la prononciation ; ils sont chez nous employés à uu tout autre usage que chez les Grecs et les Latins.
porte l’accent : au lieu de la monotonie qui nous choquait tout à l’heure, le mot prend une sorte d’unité.
On comprend maintenant pourquoi tout peuple, tant soit peu sensible à l’harmonie du langage, donne aux mots de sa langue une certaine variété d'accent.
Les Grecs, en effet, comme les Latins, ont un accent qui s’appelle tour à tour : aigu , lorsqu’il a toute son intensité; grave, lorsqu’il est un peu affaibli; circonflexe, lorsqu’il parait double et qu’il porte sur une syllabe longue. Quant aux syllabes susceptibles d’être accentuées, les Grecs, en général, permettent à l’accent trois positions différentes : la dernière syllabe du mot, la pénultième et l’antépénultième. Les Latins ne lui en permettent que deux , la pénultième et l’antépénultième, sauf d’assez rares exceptions. Or, ici se montre une preuve nouvelle de l’affinité du grec et du latin; car les Éoliens , l’une des plus anciennes branches, sinon la plus ancienne branche de la famille hellénique, suivaient, pour l’accent, les mêmes règles que la langue latine “.
[C’est dans les traités spéciaux qu’ilfaut chercher le détail de ces règles pour chacune des deux langues. Celles de l’accent grec nous sont beaucoup plus familières que celles de l’accent latin, parce que, même dans l’antiquité, il ne parait pas qu’il fût d’usage , chez les Romains, d’accentuer les manuscrits, sinon quelques manuscrits de luxe, dont aucun, par malheur, n’est parvenu jusqu’à nous. Les signes d’accentuation que portent quelques inscriptions latines, y sont jetés avec une telle négligence qu’on est tenté de n’y voir autre chose qu’une sorte d’ornement pour plaire à la vue**. Mais Quintilien et Priscien, pour ne citer que les principaux auteurs, ont résumé en quelques chapitres les règles essentielles de l’accentuation latine ,s . On peut, après les avoir lus, et en s’aidant des ressemblances que nous venons de signaler avec l’accentuation éolienne, accentuer aujourd’hui un texte deCicéron ou de Virgile comme auraient fait ces auteurs eux-