CHAPITRE II. — DE L’ASPJRATION
sa changent en voyelles, comme dans : lavere (ou /arare ) — lautus , /ofws; cavere — cautus.
Le grec classique distingue deux degrés de l’aspiration, qu’il marque par V esprit doux et par l'esprit rude . Le latin ne marquait d’aucun signe les syllabes qui ne sont pas particulièrement aspirées, et réservait le h pour marquer une véritable aspiration. Toutefois , dans les mots tirés du grec, comme hurmonia, homotryma, la voyelle initiale n’était pas sensiblement aspirée, et l’A n’y figurait guère que comme signe d’orthographe. De même, le français qui a pris le h à l’alphabet latin l’emploie pour deux usages : 1° pour marquer une aspiration très-sensible comme dans haine; 2° pour rappeler seulement une étymologie dans des mots où nous ne faisons sentir aucune aspiration, comme humble qui vient de humilis , horizon qui vient de ôpfÇwv (a).
C’est donc surtout chez les Grecs que l’aspiration se montre avec une variété d’effetsret une délicatesse remarquables. En i voici une dernière preuve plus frappante dücore que celles que nous avons vues jusqu’ici. Dans un mot de plusieurs syllabes, quand par un caprice de la prononciation ou par un accident de grammaire, une syllabe perd l’aspiration, cellc-ci se reporte sur une autre lettre ou sur une autre syllabe. Ainsi, parpa/oç devient pâôpaxo;, fyw prend sur l’e, au futur l’aspiration qui, au présent, portait' sur le x; le radical ttkô (d’où rtcîôoç et l’aor. eïcaOov) i a formé jadis le verbe to*ôé< jxu> qui, en se contractant, est devenu niajp , J’aspiration du 6 qui disparaissait s’étant reportée sur le x et l’ayant ainsi changé en un x-
La. quantité offre des exemples analogues de com-
(a) Voy. plus bas le chap. xxi, sur l’Étymologie.
S4 GRAMMAIRE COMPARÉE
pensation. Dans les comparatifs en -cspoç et dans les superlatifs en t«toî, quand la pénultième du positif est longue, son comparatif se fait en ôtepoî, et son superlatif en ôtmtoç; quand la pénultième est brève, le comparatif se fait en wtepo;, et le superlatif en «otoctoî. Ainsi on dit : Stxuoî — Sixaittapo;, 5ixatôt*Toç , mais ©o- Stoôç — çüfitpwTepo; , ©oêepiÔTcrroç. De même pour les substantifs dérivés : St'xaio; forme Stxatooûvvi, maistepô; forme lipwaruvï).
L’accent, la quantité et l’aspiration peuvent modifier tous les trois en même temps la même syllabe. Ainsi , en français, dans hêtre , en latin dans horum, en grec dans IjSoç, la première syllabe est à la fois longue, accentuée et fortement aspirée. Au contraire, dans honnir , £xwv, la seconde est longue et accentuée, la première est brève et porte l’aspiration.
C’est le jeu et quelquefois la lutte de ces divers moyens d’harmonie, qui, avec la différence primitive des sons, produisent la variété musicale du langage. On voit que notre langue est, sous ce rapport, notablement inférieure à celle des Grecs *et des Romains 18 .