‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 17 sur 100 · CHAPITRE III. — DE L’ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE L’ORTHOGRAPHE

donne des règles pour écrire correctement les mots d’une langue, c’est-à-dire pour en représenter régulièrement les sons par des lettres. Chaque langue a donc son orthographe, application particulière de son système d’écriture.

L’orthographe serait parfaite, si à chaque son ré pondait un signe d’écriture , de manière que jamais le même signe ne dût être prononcé de deux manières différentes , et que jamais le même son n’eût dans l’écriture deux signes différents. Il n’existe peut-être pas une seule langue où l’on trouve ce parfait accord des sons avec l’écriture; l’orthographe usuelle, chez les divers peuples , s’en rapproche plus ou moins sans jamais y atteindre. L’italien, par exemple, et l’allemand offrent, à cet égard, plus de régularité que le français. '

L’invention et les premiers usages de l’alphabet remontent , en général , à des époques où la culture de l’esprit était peu avancée. D’ailleurs l’alphabet qui, par l’intermédiaire de la Grèce et de Rome, est devenu commun à la moitié du monde civilisé, l’alphabet phénicien, inventé pour un idiome sémitique, ne pouvait guère s’appliquer avec précision à la langue des Grecs et à celle des Romains. De là beaucoup de tâtonnements et d’erreurs dans l’emploi de l’écriture pour exprimer les sons de nos langues classiques. Mais quand même le plus habile grammairien eût, dès l’origine, présidé à ce travail, les changements survenus dans la prononciation, l’ignorance et la négligence du grand nombre des gens qui parlent et écrivent , auraient promptement dérangé cet accord primitif de l’écriture avec la langue parlée. C’est ce qu’on voit bien par les variations et les incertitudes de l’orthographe dans les trois langues que nous comparons.

[Il nous semble assez facile d’écrire aujourd’hai sous la dictée un texte grec ou latin : cela tient à ce que la prononciation toute factice adoptée dans nos écoles, se rapproche assez exactement de l’écriture. Encore faut-il remarquer que cette prononciation confond ensemble le t et le 0 , le x et le x; en latin, les finales enl et int, etc. Mais, dans l’antiquité, les changements delà prononciation et ceux de l’écriture faisaient naître pour l’orthographe une foule de difficultés, sur lesquelles on a écrit bien des volumes. Il y a déjà des discussions sur ce sujet , dans un dialogue de Platon, le Cratyle; il y en a dans Aristote. Les grammairiens de profession ont, de bonne heure, cherché à coordonner en une véritable méthode les règles de l’orthographe. Deux des plus célèbres philologues de l’école d’Alexandrie, Apollonius et Hérodien, son fils, avaient écrit des traités rapl ’Opfloypa-plas. A Rome, les mêmes disputes commencent dès que la littérature latine se développe et se perfectionne. On attribue au poète Ennius d’avoir, le premier, consacré l’usage des doubles consonnes. Un siècle plus tard , Lucilius écrirait un livre de ses Satires de Orthographia contra imperitiam lilrarioram. Le livre de Jules César, de Analogia, était plein de discussions sur l’orthographe. L’empereur Auguste, au rapport de Suétone, suivait dans son orthographe les principes t de ceux qui pensent qu'il faut écrire comme on parle 19 . »]

On aura une idée des variations de l’orlhographe grecque en comparant une page de Thucydide, dans quelque édition moderne, avec l’original ou avec la copie exacte d’un de ces décrets athéniens, contemporains de Thucydide, dont plusieurs se sont conservés et se voient dans nos musées* 3 .

On aura une idée des variations de l’orthographe latine en comparant une page de Tite Lite avec quelque grande inscription latine de la même époque, par exemple, avec le texte latin du Testament politique d’Auguste, plus connu sous le nom de Monument d’Aneyre. 11 pourra être surtout intéres-

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