‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 18 sur 100 · CHAPITRE III. — DE L’ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE L’ORTHOGRAPHE

sant de rapprocher l’analyse que Tite Live nous donne d’un sénatus-consulte contre les Bacchanales et le texte original de ce sénatus-consulte qui nous est parvenu sur une table de bronze, conservée aujourd hui au musée de Vienne**.

Comme la langue française, formée d’éléments assez divers, n’a pas eu de grammairiens proprement dits avant le xvi e siècle, et que l'orthographe en fut, jusqu’à cette époque, abandonnée à tous les caprices de l’usage , on comprend que cette partie de notre grammaire soit aujourd’hui une des plus irrégulières et en même temps une des plus épineuses à réformer. Plusieurs auteurs ont cherché à rapprocher l’orthographe française de la prononciation, tantôt par des essais partiels, tantôt par des innovations générales et systématiques. Les premières réformes, qui sont les plus modestes, ont eu aussi plus de succès; les autres, pour lesquelles on a inventé le mol de néographie ou néographisme , ont toujours échoué; elles échoueront toujours contre la force invincible de l’habitude et contre quelque chose de plus respectable encore que l’habitude, je veux dire la tradition môme de la langue française et la loi de ses étymologies (a). Ainsi Voltaire a réussi à faire consacrer l’usage de la diphthongue ai pour oi, dans les noms comme français et dans les verbes comme avait, pour exprimer le son d’un e ouvert; changement dont, au reste, il n’avait pas eu la première idée M . Mais ni Ramus au xvi* siècle, ni Expilly au xvn e , ni l’abbé Dangeau au xvm e , ni Domergue et M. Marie au xix e , n’ont réussi à faire admettre leurs systèmes de réforme absolue , et l’on prédira facilement le même échec à tous ceux qui les imiteront **.

(a) Voy. plus bas, cbap. xxi , les preuves à l’appui de celle remarque.

S 2. De la ponctuation et des autres signes accessoires qu servent à l’orthographe.

On peut compter parmi les signes d’écriture qui servent à l’orthographe, les accents, les esprits et les signes de quantité, inventés par les Grecs, employés après eux par les Latins , et dont plusieurs sont restés en usage dans l’écriture des langues de l’Occident.

La ponctuation (crtvpî, 8tdt<m5tî, interpunctio) est aussi un accessoire important de l’écriture, puisqu’elle marque les divisions principales d’une phrase et les repos de la voix dans la prononciation. Mais les signes destinés à marquer ces divisions et ces repos sont d’une invention bien postérieure à celle de l’alphabet; et, quoique mis en usage dans les manuscrits dès le iv' siècle peut-être avant l’ère chrétienne, on n’en retrouve que peu de traces dans les inscriptions. Les manuscrits mêmes n’étaient pas toujours ponctués. Par exemple, ceux qu’on a retrouvés dans les fouilles d’Herculanum, et qui paraissent dater du i* r siècle de l’ère chrétienne , ne portent ni accents , ni esprits , ni points**. Ces signes n’étaient sans doute employés alors que dans les livres de luxe et dans les éditions à l’usdge des écoles.

La même remarque s’applique à l’orthographe latine et aux manuscrits latins.

Sans entrer, sur ce sujet, dans le détail d’une comparaison qui aurait peu d’utilité, nous ferons observer que, chez les Latins et surtout chez les Grecs, l’abondance des particules conjonctives rendait moins nécessairel’usagedessignesdeponctuation.Demême, plus la construction dans notre langue s’est éloignée de la construction latine, plus il nous a été nécessaire de multiplier les points et les virgules pour conserver au discours toute sa clarté. Les lectures journalières

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