CHAP. V. — DES MOTS SJMPLES, ETC
rares qu’ils sont communs en grec et en latin. Nous empruntons à ces deux langues beaucoup de composés tout faits : économe , agronome , procurateur , etc.; mais nous ne formons guère aujourd’hui de composés qu’avec des noms ou des verbes précédés d’une particule invariable : sur taxe , sur-nom, d’où surtaxer, surnommer ; dé-mesuré, dis-proportionné , dé-ménager, em-ménager, contre -coup , etc. Quant aux prétendus composés d’un verbe et d’un nom , ou bien de deux noms, ils sont plutôt le résultat d’une simple juxtaposition ; mais l’usage a quelquefois effacé la trace de cette origine : elle est évidente dans porte-drapeau , perce-oreille , chef-d'œuvre, etc.; l’orthographe usuelle la dissimule dans : vaurien pour « qui ne vaut rien, » et dans la locution adverbiale : dorénavant pour d’ores (de cette heure) en avant*. Ce sont là, pour ainsi dire , des accidents qui ne changent pas le caractère général de notre langue. Il est remarquable que le français, originaire d’une langue qui forme beaucoup de composés, voisin des idiomes germaniques, qui en forment avec la même facilité, n’ait pas gardé une propriété si féconde pour les idiomes qui la possèdent. En revanche, le français forme volontiers des dérivés : raison, raisonner, raisonnable, raisonnement; ménage, ménager, ménagement , etc., sans parler des nombreux dérivés qu’il emprunte tout faits aux langues anciennes, comme : thérapeutique, vénéneux, optique (d’où il a tiré pour son compte opticien ), verbal (d’où il a tiré de la même manière verbaliser) , etc.
Au reste, il y a dans les trois langues une espèce de mots composés, fréquents surtout en grec, où pourtant ils n'ont pas reçu de nom particulier : ce sont les mots qui se forment par le redoublement plus ou moins altéré de leur radical. Exemples : pàpCapo,-,
TOtp-BpOÇ, p.ïp{i7)p(Çw, oioWjXt , BlêpOXJXO), TlTpOJCTXU) , en latin : turtur, fur fur, murmur ; et en français : bonbon , joujou, cricri, et quelques autres expressions ou populaires ou enfantines.
On n’a pas non plus désigné par un nom particulier certains composés qui équivalent à des mots simples, parce que l’une des parties qui les composent a perdu son sens naturel, ou n’ajoute qu’un peu plus de force et de clarté au sens de l’autre partie. Exemples : «juvapupoTepot pour appo-repot, tous les deux; lwxpwy<5; pour celui qui vient ou sur-
vient au secours; otaTÉjxvw pour rlpvot , couper. Chez les poètes vEÔSaïj-EOç pour vioç, àyaôospwv pour àyaOo;. En latin condemnare pour damnare ; raucisonus pour raucus; terrificus pour terribilis; perlransire pour transire. En français surtout beaucoup de composés ont la valeur de mots simples; mais cela vient surtout de ce qu’ils sont d’origine étrangère , ou de ce que nous avons perdu complètement, dans l’usage, le souvenir de leur étymologie, enfin de ce que le mot simple qui en est la partie principale n’existe plus dans notre langue. Exemples : parallèle et parallélisme, économe, économie, qui sont des mots grecs; intense et intensité, qui viennent du latin intendere pris dans un autre sens que le français entendre ; soulager et soulagement, qui viennent de sublevare; etc. Au contraire, allégir pour rendre léger a plus réellement pour nous le sens d’un composé, parce qu’il nous rappelle l’adjectif léger, dont il s’est formé, comme alourdir s’est formé de lourd.