CHAP. X. — • DE LA PRÉPOSITION ET DES CAS
maison. Urbem, en latin, se construit de même avec in, per, ad, selon qu’il s’agit d’entrer dans la ville, ou de la traverser, ou de se diriger seulement vers la ville. Réciproquement, plusieurs prépositions changent de sens selon qu’elles se construisent avec tel ou tel cas; par exemple, in urbe, in urbem ; irpo; toutou, Trpoç xocuTa, ‘Trpoç toutwv, etc. Tantôt la flexion casuelle est seule employée , comme dans les exemples cités au commencement* de ce chapitre, et il y a meme des cas comme le nominatif et le vocatif, en grec et en latin, et le datif en latin, qui ne se construisent avec aucune préposition ; tantôt la flexion casuelle se joint à une préposition qui en détermine le sens. Mais, dans ces dernières constructions, il faut bien avouer que la flexion devient presque inutile. Dans les locutions juxta urbem, per urbem, ad urbem, la finale em importe bien peu à la clarté ; les locutions françaises comme : près de la ville, à travers la ville, et à la ville , sont également claires. Aussi l’on comprend très-bien que l’usage des prépositions, en se multipliant, ait fini par détruire dans certaines langues celui des cas. L’empereur Auguste, dit-on, préférait, comme plus clairs, les tours de phrase où la préposition exprime le rapport de deux mots aux tours où ce rapport n’était exprimé que par une désinence casuelle; par exemple, il écrivait plus volontiers : impendere in aliquam rem que impendere alicui rei, — includere in curmen que includere carminé ou car mini*. En cela , Auguste faisait ce que plus tard firent presque tous ceux qui parlaient le latin. On trouvait plus commode d’exprimer un rapport par un mot que par une terminaison , et c’est là une des causes qui ont peu à peu effacé la déclinaison des noms dans le français comme dans les autres langues dérivées du latin.
Le mot qui suit la préposition s’appelle son complément , parce qu’il en complète le sens; ou son régime, parce que, dans les langues anciennes, elle le régit à tel ou tel cas.
Les prépositions servent encore, et plus spécialement que les autres parties du discours , à former, avec les autres mots, surtout avec les verbes, des mots composés. Exemples : cuvSuo pour Sûo , deux à la fois ; aW<pj6ot, compagnons de gymnase ; inoxpéino, détourner; irporpéirw, tourner vers, encourager ; en latin : avertere, pervertere , subvertere, profugus, transfuga, commilitones ; en français : détour, détourner „ parachever, décompte, etc 4 *.
[Quelquefois la différence est très-grande entre les deux sens d’une même particule, selon qu’on l'emploie seule ou bien en composition. Exemples : abrf dans dnS^zot, qu’on ne doit pas dire , où il exprime non-seulement séparation, mais négation et même défense; ab dans abdicare pour renier, où il a aussi une valeur toute négative.
Il y a aussi dans les trois langues des particules indéclinables qui ne s’emploient jamais seules. Exemples: Su vt 5«, mal né ou malheureusement né; dp!-Sr ( Xoç, très-brillant pu très-illustre ; en latin, sim-plex, sin-cerus, où la première syllabe est une particule négative qui joue le même rôle que l’a privatif dans les composés grecs correspondants : 4-rcXou^ dxépMo; , en français, im-prenable, in-trouvable , re-nier , méfait, mé-prendre, mé-s-user, for-faire , etc. Mais dans notre langue, il faut remarquer que le plus grand nombre de ces composés est d’origine purement latine. Ainsi déclinable n’a pas été composé en français, il est venu tout composé du latin declinabilis ; de même parjure de perjurus, perjurium; contredire de contradicere ; et contradictoire de contradicto rius adjectif en usage dans le latin de la décadence.]
Les prépositions ont, en outre, avec les adverbes des rapports de sens et d’étymologie que nous signalerons dans le chapitre xm.