‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 47 sur 100 · CHAP. XI. — DE L’INFINITIF ET DU PARTICIPE · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — DE L’INFINITIF ET DU PARTICIPE

X&uxa. De môme , vivere et vivens se rattachent à vivo, sumere et sumens à sumo, sumtus à sumtum , amatus à amatum , etc.

Comme les autres modes, ils peuvent avoir un sujet, l’infinitif, dans :xeXeu<»> at GajJ^îv, — jubeo te fidere ; le participe, dans: itEpiTEXXoaÉvwv Ivtau-nüv, — volvendis annis , — les années s'écoulant , mot à mot , se déroulant , pour : pendant que les années se déroulent ou se déroulaient.

Comme les autres modes, ils ont un régime et ils le gouvernent au même cas. De même que l'on dit : ffTÉpyio Tyjv je me contente de ma fortune — laudo fortunam ; de même : otÉp^eiv ou (mpywv xr ( v xû^r,v, et laudare ou laudans fortunam.

Les adjectifs verbaux en téoç , employés au neutre avec le sens d’obligation, de devoir, ont aussi la propriété de régir le même cas que le verbe d’où ils dérivent : lnaivS xov avopa, je loue cet homme , — ènatvETEov tov avSpa, il faut louer cet homme. De même Varron donne au mot habendum, le sens de il faut avoir, dans celte phrase : canes paucos et acres habendum. Les adjectifs verbaux en bundus, dérivés d’un verbe actif ou déponent, ont aussi le même régime que le verbe dont ils dérivent : vitabundus castra hostium (Tite Live).

Enfin, comme les autres modes, l’infinitif et le participe ont des temps 4 ®, c’est-à-dire qu’ils marquent par des terminaisons particulières le temps où se passe l’action qu’ils expriment : Xüwv, Xôdctç, XeXuxwç [liant, ayant délié ) frioriens, mortuus, moriturus ( mourant, mort, devant mourir ), etc.

Ainsi , malgré quelques exceptions qu’il n’est pas à propos de discuter dans cet ouvrage , on peut considérer l’infinitif et le participe comme des modes du verbe et comme des mots distincts du substantif

et de l’adjectif, avec lesquels ils ont d’ailleurs une ressemblance incontestable.

[Toutefois, le participe était déjà, chez les anciens, considéré comme un mot distinct de la conjugaison. Plusieurs grammairiens modernes 49 ont fait également du participe une partie du discours; ils pensent que le participe ne saurait, à lui seul, jouer le rôle d’un verbe. De même, ils pensent qu’une énonciation qui ne renferme qu’un verbe à l’infinitif n’est pas une proposition. Cela équivaut à dire que pour faire une proposition il faut un verbe à un mode personnel. Comme cette opinion est répandue dans quelques livres élémentaires, je crois devoir l’examiner ici le plus brièvement et le plus simplement qu’il me sera possible.

Nous avons vu que tout mot ou tout groupe de mots qui forme un sens complet (X4yoç ou ajTotcXljî X6yoç ) , qui exprime un jugement, est une proposition , et que par conséquent il renferme un verbe énoncé ou sous-entendu. Analysons , d’après cette règle , une locution dans laquelle figure l’infinitif.

YeuSsoSat ahr/piv leu et to tj/EÜôos aloypév lait. — Mentirl tarpe est et mendaciam turpe est. — Il est honteux de mentir , et le mensonge est honteux. En grec, en latin et en français, cesdeux locutionsont-ellesabsolumentla même valeur?Dans l’une, avec «j-EuSeaOat, mentiri, mentir, on devine un sujet, sujet encore vague et indéterminé, mais très-réel : uv&, aliquem , quelqu’un. Joint à l’infinitif, ce sujet complète une véritable proposition : eTvaf -riva ^EuSéjuvw, esse aliquem mentientem , « quelqu’un être mentant. » Il y a donc, dans la première locution, deux propositions, dont l’une, il est vrai, sert de sujet à la seconde, mais n’est pas moins pour cela une proposition véritable. Au contraire, dans la seconde locution, «JieuSoî, mendaciam etole mensonge sont des substantifs purs et simples, des substantifs abstraits, servant de sujet au verbe qui suit, et modifiés par l’attribut al- «Xp5v, tarpe, honteux. Cette seconde locution ne renferme donc qu’une proposition.

La pensée que nous exprimons par ces deux locutions est, au fond, la même; mais elle n’est pas également développée:

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plus étendue dans la première, elle est plus resserrée dans la seconde.

L'infinitif peut donc garder son rang parmi les modes et dans la conjugaison du verbe.

Cela n’empéche pas qu’il soit quelquefois employé comme un véritable substantif. Dans ce cas, il reçoit en grec et en français l’adjonction de l’article qui caractérise ,1e nom : tb xfpoalveiVf tou xsçoaîvetv, tû> xEpSalveiv, etc., dans le simple sens de gain, trafic; — de même : le boire pour la soif; le manger pour la faim, dans la locution française : «perdre le boire et le manger. * C’est un nouvel exemple de ces mots à double usage qu’on trouve si souvent dans les langues, et qui, selon l’emploi qu’on en fait, rentrent, sans changer déformé, dans différentes parties du discours.

Le grec ancien semble prouver aussi que l’infinitif est unmode du verbe en le remplaçant souvent par Su joint à un mode personnel ; et le grec moderne, qui n’a pas d’infinitif, le prouve mieux encore, car il emploie régulièrement à sa place un mode personnel précédé de la conjonction v<f (pour îva, — qne). Le latin de la décadence employait de même quia ou quoi avec l’indicatif dans les phrases où le latin classique aurait exigé un infinitif. Enfin, la règle de syntaxe connue sous le titre de Que retranché , nous montre aussi que notre langue remplace l’infinitif latin par un mode personnel précédé de la conjonction que.

On pourra faire voir, par une analyse semblable, que le participe est réellement un mode du verbe, quoiqu’il s’emploie souvent avec le sens d’un simple adjectif.]

L’orthographe française a même , en ce qni concerne le participe présent , un véritable avantage : elle distingue nettement les cas où il est employé comme verbe et les cas où il est employé comme adjectif. Commençant , finissant , etc. , sont invariables quand ils ont le sens d’un participe présent actif ou neutre ; ils prennent la terminaison du masculin ou du féminin, et celle du singulier ou du pluriel, quand ils sont employés comme adjectifs 69 .

§ 3. Des Temps.

Nous avons déjà vu que l'idéè de temps se traduit dans le langage par certains adjectifs comme Seu-cepaToî, TpiToüoç, fiocturnus , hesternus , hodiemus, etc. Elle s’exprime encore par des noms spéciaux, comme jour, année, unis à des noms de nombres, deux , trois , etc.; ou par des locutions plus brèves, comme hier, aujourd'hui , demain, etc., que nous retrouve-’ rons parmi les adverbes. Le verbe exprime aussi les principales époques de la durée, pour marquer à laquelle de ces époques une action appartient. Mais cette idée de temps , que les noms et adjectifs numéraux expriment par leur radical, le verbe l’exprime avec une heureuse brièveté par sa terminaison.

Ainsi lego, legam , legi , — je lis ( dans l’instant présent), je lirai ( après l’instant présent), j’ai lu ( avant l’instant présent), voilà les trois principaux temps: le présent, le futur, le passé. Ces temps se subdivisent, en latin et en grec, avec une symétrie remarquable, que le français n’a pas exactement reproduite.

De même que lego , legam, legi, ne se rapportent qu’à un seul temps, le moment de la parole; de même Wo>, Xuuw, fkuav . , marquent une action, ou simultanée, ou postérieure, ou antérieure à un seul et même moment, le moment qui est aussi celui où je parle, le présent.

Legebam, legeram, legero, sont très-différents; ils expriment chacun un double rapport, ou, en d’autres termes , ils nous rappellent à la fois deux instants de la durée.

Legebam , je lisais , est un passé par rapport à l’instant où je parle , car il marque upe action accom-

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