‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 48 sur 100 · CHAP. XI. — DES TEMPS DU VERBE · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — DES TEMPS DU VERBE

plie ; mais c’est aussi un présent par rapport à l’action qui s’est faite en mêmé temps que celle de lire: Je lisais quand vous êtes entré. Lire et entrer sont deux actions simultanées ; elles ont eu lieu au même instant, dans le passé.

Legeram , j’avais lu , n’est pas seulement un passé par rapport à l’instant où je parle; c’en est un aussi par rapport à un autre instant qui, lui-même, est passé : J’avais lu , quand vous êtes entré. L’action de lire est antérieure à celle Centrer, qui , à son tour, est antérieure au temps où je parle.

Legero , j'aurai lu , exprime d’abord un futur, puis un passé : un futur, par rapport au moment où je parle ; un passé , par rapport à un autre futur qui va être exprimé : J’aurai lu, quand vous viendrez.

Cette alliance du présent et du passé se marque très-bien dans lëgebam, qui, en effet, vient de l’indicatif présent lëgo , en ajoutant au radical leg la terminaison de l’imparfait ebam.

L’alliance d’un passé avec un autre passé se marque très-bien dans lègeram , qui , en effet , vient du parfait lëgi, en ajoutant au radical lëg l’imparfait même du verbe sum, c’est-à-dire eram.

Enfin , l’alliance du futur et du passé se marque très-bien dans legero, qui, en effet , se forme du parfait lëgi, en ajoutant au radical lëg la terminaison ero , qui est le futur du verbe sum.

Comparez de même : pôno — pônebam,

pôsui — posucratn, pôsui — pôsuero , ou encore : pango — pangebam, pepigi — pepigeram, pepigi — pepigero.

Les temps de la première série sont ceux qu'on

GRAMMAIRE COMPARSE

appelle ordinairement temps primitifs ; ceux de la seconde s’appellent temps secondaires , parce qu’on les dérive des premiers* 1 .

La langue grecque reproduit cette analogie si remarquable : ,

Temps à rapport simple : Xuw, XéX ux«, Xûcroi, àû<to|x*i; temps à rapport double : tXuov, IXeXûxttv, XtXûdojwxt , où l’on voit le radical du présent Xwo former l’imparfait &uov ; le radical du parfait XéXuxa former le plus-queparfait ÈXtXûxEiv; le radical du futur Xucrw, ou au moyen XC<jof*at, former le futur antérieur XsXûaofAoti équivalant au futur passé des Latins.

L’aoriste grec IXwa offre, au premier abord, un caractère tout particulier; mais on peut remarquer que le n qui le caractérise se retrouve dans les parfaits en si qui sont assez nombreux dans la conjugaison latine : carp-si, sum-si, vexi (pourvec-si), indul-si , etc.

La symétrie des temps grecs et latins n’a pas disparu entièrement de la conjugaison française : je lis, je lus, je lirai, — je lisais, j’avais lu, j'aurai lu, répondent bien, pour le sens, aux deux séries de temps qu’on vient d’analyser ; et, quant à la forme, je lisais offre le radical du présent avec la terminaison d’un passé; j’avais-lu offre la réunion de deux temps passés; j’aurai-lu , la réunion d’un futur et d’un passé.

D’ailleurs, tandis que le latin n’a qu’une forme pour le parfait, le grec en a deux, IXuaa et XéXuxa; le français en a trois et môme quatre : je déliai, j'ai délié, j’eus délié, j’ai eu délié ; mais cette dernière forme est assez rare dans l’usage, et il en est de même de plusieurs autres formes verbales que notre langue compose facilement h l’aide de l’auxiliaire avoir , mais qui ne méritent guère d’entrer dans un tableau de la conjugaison française.

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