‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 51 sur 100 · CHAP. XI, — DES VOIX DU VERBE · texte numérisé non relu

CHAP. XI, — DES VOIX DU VERBE

sens d’un neutre dans ISuv^ôr.v, j'ai pu ou je pus ; le futur moyen a souvent le sens passif chez les écrivains attiques, comme Optiouai pour TpE(p0r,oojxat ; il a le sens actif dans {Jpwaogctt , de {hSpwsxw, je mange. Les parfaits appelés seconds ou moyens en a , comme itÉTTOtOa, j’ai confiance , je suis persuadé ; xt&r^a , j'admire , je suis frappé d'étonnement , offrent de môme un sens presque passif avec une forme active. En latin, modulor a la forme passive et le sens actif; beaucoup de ces verbes latins, qu’on appelle déponents, avaient autrefois la forme active : arbitro pour arbitror. En français, je suis parti et je suis venu, offrent un sens .actif sous une forme passive; je cède ou je succombe offre un sens passif sous une forme active; j’ai résolu (de faire) est un verbe réfléchi avec une forme active. On pourrait dire que ces inconséquences de l’usage contribuent à donuer au style oratoire et poétique plus d’aisance et *de variété ; mais assurément elles ôtent à la langue quelque chose de sa précision grammaticale. 5J °.

Quelquefois d’ailleurs l’irrégularité est plus apparente que réelle, et la forme de conjugaison que l’usage a consacrée peut se justifier par une exacte analyse du sens que le verbe exprime. Par exemple, dans meditor , on peut dire que l’action exprimée est véritablement une action réfléchie, puisque le sujet se parle en quelque sorte à lui -môme; ïtpoatpoüuoti, je préfère, peut être interprété par je prends pour moi de préférence, c’est-à-dire je me résous. La terminaison du moyen a même un sens bien expressif dans StSoto-xojxai ibv utôv, je fais instruire mon fils, et plus latéralement : je me fais instruire mon fils. De même, en français, il y a dans l’emploi des verbes auxiliaires une irrégularité qui n’est pas toujours sans raison. Quand un enfant dit : je m ' ai blessé, cette locution est, à la

rigueur, plus grammaticale que je me sois blessé , puisque je suis blessé ne peut avoir un complément direct. Mais si je m'ai blessé représente mieux l’action qui part du sujet je pour revenir sur le sujet me , l’autre locution exprime mieux Y état tout passif du sujet qui est blessé ; et voilà comment les deux règles, celle de la conjugaison active et celle de la conjugaison passive, se sont ici accordées ou, si l’on veut, confondues pour donner à l’expression plus de force et de vivacité.

S 7. Observations diverses sur la conjugaison et sur la dérivation

des verbes. — Du caractère synthétique et du caractère analytique

dans les langues.

I. On a vu combien de formes régulières et simples peuvent entrer dans la conjugaison des verbes. Mais ces formes si variées de la conjugaison, dans les langues*classiques, ne sont pas toutes consacrées par l’usage. Beaucoup de mots qui pourraient être grecs, à ne consulter que les règles de la grammaire, sont inusités; et cela vient ordinairement de ce qu’ils sont d’une longueur gênante pour la prononciation, ou d’une cacophonie blessante pour l’oreille. Tel est, par exemple, le parfait du verbe OaXacaoxpaTÉw-ü, xeOa- Xacfffoxpatr,xa, et, à plus forte raison, l’optatif du même parfait TeôaXaffffoxpa-mixotfjit. D’autres formes sont négligées par l’usage sans qu’on en puisse donner d’aussi bonnes raisons. Par exemple, les futurs 0pÉ£w, Ppwcw, qui seraient tout aussi légitimes queôpÉÇojiat, ppumpun.

Quelquefois une raison d’harmonie a fait substituer à une forme grammaticale une autre forme plus douce à prononcer; exemples : xe^apotavo, dans Homère, pour xeyjxpotvxo, liuxexpwpaxat pour iiax^Tpaitvxat, de iit«iïpaî*uai , ce qui , dans le grec des prosateurs, a été remplacé par la forme composée ImTExpa.uijivoi

Page 1