‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 53 sur 100 · CHAP. XI. — LANGUES SYNTHÉTIQUES OU ANALYT · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — LANGUES SYNTHÉTIQUES OU ANALYT

menl par la réunion de deux et même de trois mots, sans compter le pronom, dont nous avons expliqué la présence en tète de presque toutes nos formes verbales. Il y a sur ce sujet deux observations à faire.

La première, c’est que les anciennes conjugaisons expriment volontiers plusieurs idées par un seul mot : ■cû-zzou.'i\,jc-suis-frappé, loûoiMiJe-tne-baigne, etc.; au contraire, le français tend à exprimer la diversité des idées par autant de mots divers. Nous avons déjà remarqué cette propriété dans l’examen de plusieurs autres parties du discours. Le grec et le latin réunissent, resserrent beaucoup de sens en un seul mot (cnmi0£ï<7i). De là vient qu’on les appelle souvent des langues synthétiques (cuvOe-ctxôî, qui tend à réunir). Le même caractère se retrouve, au plus haut degré, dans la langue sanscrite, avec laquelle le grec et le latin ont tant de rapports, et, parmi les langues modernes, dans l’allemand, où l’on forme avec tant de facilité des composés et des dérivés de toute espèce. Au contraire, le français qui, comme les autres langues dérivées du latin, divise et sépare («vaXÔEt) les mots pour répondre mieux à la division des idées, est une langue analytique (àvxXoTtxôç, qui tend à diviser). Cela ne veut pas dire que la synthèse (<tôv- 0£<jiç) domine seule en grec et en latin, et l’analyse (Svd&uiTu;), en français, mais seulement que le premier procédé est plus souvent appliqué dans les langues anciennes, et que le second l’est plus souvent dans la nôtre 8 *.

La seconde observation porte sur les verbes accessoires ou auxiliaires qui entrent dans 4a formation des temps composés, et dont l’usage présente un exemple frappant du procédé analytique. A vrai dire, 4e grec et le latin n’ont qu’un verbe auxiliaire, elvat , esse ; mais le français en a au moins deux, être et avoir,

l’allemand en a au moins trois : sein (etre), haben , (avoir), werden (devenir). Ces verbes d’ailleurs ne sont pas toujours employés au même usage. Être et avoir sont souvent des verbes attributifs, avec un sens très-clair et très-complet, comme dans : Dieu est; — Dieu a la toute-puissance. Quelle différence y a-t-il donc entre ces deux emplois d’un même verbe? La voici :

Dans J'ai aimé , — je suis aimé, — Icli werde geben ( je donnerai, qiot à mot, Je deviens donner), l’esprit perd de vue le sens primitif des verbes, avoir, être, devenir-, il les subordonne au participe passé ou à l'infinitif pour en faire l’expression d’uu seul et même jugement. J’ai, ici, ne veut pas dire Je possède; je suis, ne veut pas dire j’existe ; l’un et l’autre ont abandonné une partie de leur valeur. Même dans certains présents de l’indicatif, comme j’ai faim, j’ai soif, le verbe auxiliaire ne signifie absolument rien de plus que la terminaison des verbes grecs et latins ireiv-w, esuri-o; siti-o. Dans la rapidité de l’usage, la division des mots disparaît, on peut le dire, pour l’intelligence, qui ne voit dans la locution française, comme dans les locutions grecque et latine, qu’une seule expression verbale.

Les verbes qui sont ainsi privés d’une partie de leur sens propre et détournés de leur rôle primitif pour devenir des éléments d’une locution complexe, ont reçu avec raison le nom d’auxiliaires.

On peut encore appeler auxiliaires certains verbes, tels que sont en allemand, sollen, müssen, moyen, qui servent à former des modes, comme sein, haben, werden, à former des temps. Le verbe piAAw, en grec ancien, remplit quelquefois un rôle analogue; et 6eXw , en grec moderne , sert réellement d’auxiliaire dans la formation des futurs , comme OéXu> yp»? 1 » >

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