CHAP. XI. — VERBES AÜXILIA1RES
f écrirai, et des conditionnels, comme ffiùa Ypfiçet , Récrirais. Mais , en général , il ne faut pas prodiguer cette dénomination ni l’appliquer à des verbes qui s’allient souvent de très- près avec d’autres verbes, surtout avec des infinitifs, mais qui ne gardent pas moins pour cela leur sens naturel. Par exemple, dans le plus grand nombre des cas, les locutions comme : je viens ou je venais de manger , je vais ou j’allais sortir, offrent ordinairement le sens de deux verbes distincts, venir et manger , aller et sortir. Dans chacune de ces phrases, il y a, non pas une proposition, mais deux propositions. Or, exprimer une proposition , et n’en exprimer qu’une, voilà le signe auquel on reconnaît une forme du verbe. J’aurais donné , et même j’aurais eu donné , sont des formes de la conjügaison française, parce que chacune d’elles renferme, en trois ou quatre mots, une seule idée verbale.
Cette règle nous apprend à distinguer, parmi les locutions verbales, celles qui sont de véritables phrases et celles qui sont des formes conjuguées. On trouvera qu’il n’est pas toujours facile de l’appliquer, et que dans la pratique, certaines locutions offrent, selon qu’on insiste plus ou moins sur le sens des mots, deux propositions ou bien une seule. Rien n’est plus vrai, et cela tient à la facilité que nous avons de développer dans notre esprit ou de resserrer, en quelque sorte, les idées que nous exprimons ensuite par des mots. Quand je dis il tonne , ou le tonnerre résonne à travers les nuages , j’exprime une seule et même idée; mais, dans le premier cas, je l’exprime rapidement et brièvement, comme je l’avais conçue; dans le second cas, je l’analyse par l’expression, parce que je l’avais d’abord analysée dans mon esprit. De môme on pourra dire :
les' provisions que j'ai préparées , etc., il n’y aura là qu'une proposition, qu’un verbe; ce sera, en latin ; copiæ quas paravi ou commeatus quos paravi. — Mais : les provisions que j’ai là, toutes préparées, offre deux propositions plus distinctes : copiæ quas habeo jam parafas. Toutefois cette alliance du verbe habeo avec un participe, alliance qu’on trouve déjà dans le latin classique, nous montre comment le verbe har bere a pu insensiblement, en devenant notre verbe avoir {avéré, aver), perdre en même temps une partie de. sa valeur, pour servir comme auxiliaire dans la conjugaison 67 .
IV. Les verbes grecs et latins ne se distinguent pas seulement des verbes français par le grand nombre de leurs formes conjuguées. Ils ont encore, même à ne les considérer que dans leur thème proprement dit (voy. plus haut, p. 30, 31), une variété de formes très- commode pour exprimer certaines idées que nous devons rendre en français par des périphrases. Par exemple : paww (p-âw, p^i, inusités) signifie marcher; la même racine redoublée et suivie d’un Ç, signifie faire marcher : pi6âÇu>. Le radical composé eùSoujiov, avec la terminaison su>-û>, signifie être heureux, eùoaijAovw ; avec la terminaison îÇw, il signifie juger heureux , féliciter , eùSflugo»i'Çw. Les futurs en oui forment des verbes de désir en oeuo : TOXEp$au>-7ioXef*r,oEtu). Même rapport, en latin, entre le participe futur en unis, et les verbes comme esurio, scripturio. Le latin a aussi des fréquentatifs , comme cesso, dé* rivé de cedo, au supin cessum. De même : ago-agüo, fugio-fugito, scribo-scriptito, lego-lectito, etc.
Quelques-unes de ces terminaisons verbales ont passé, en français, par l’intermédiaire du latin; par exemple, scandaliser pour causer du scandale i. quel -