CHAP. XVIII. — DES CAS ABSOLUS
dire, le caractère de subordination particulier à la seconde proposition et les fait considérer toutes deux comme sur la même ligne. Cependant on dira : {ego) memini me legerc ou me audire , — je me souviens d’avoir lu ou d'avoir entendu, quoique le sujet soit le même dans les deux propositions : le sujet pronominal -étant exprimé au commencement de la seconde proposition, n’a pu y être exprimé à un autre cas que l’accusatif.
Si les deux sujets sont différents, dès lors celui de la proposition infinitive se met toujours à l’accusatif, en grec et en latin. Dans cet exemple de Cicéron: BiLliothecas omnium philosophorum unus mihi videtur Duodedm Tabularum libellus.... super are, — Le petit livre des Douze Tables me semble valoir plus, à lui seul, que tous les traités des philosophes (a), si, au lieu de videtur, on employait le verbe censeo ou arbitror, il faudrait aussitôt changer le reste de la phrase et mettre à l’accusatif libellum, sujet de superare , parce que les sujets des deux verbes seraient différents. En pareil cas, le français marque aussi d’une manière sensible le changement de sujet ; il remplace l’infinitif par que et un mode personnel : Je crois que le petit livre surpasse, etc. Quelquefois les deux tournures alternent, dans notre langue, même lorsque les deux propositions n’ont qu’un seul sujet. Exemple : je crois pouvoir, ou : je crois qüe je puis.
Quelquefois aussi, quand une proposition infinitive forme le sujet d’une autre proposition, le français, au lieu de mettre cette proposition en tête de la phrase, la réserve pour la seconde partie ; mais alors il l’annonce, pour ainsi dire, et la résume d’avance dans la première par un pronom démonstratif. Exemple : fl
(a) Cicéron, de l’Orateur, livre I, chap. xuv.
est honteux de rester ignorant , on : C* est (pour cela est) une honte de (ou que de) rester ignorant.
IV. L’analyse logique peut encore nous faire reconnaître le véritable caractère de quelques locutions dont le nom n’indique pas suffisamment la nature. Par exemple, on appelle ordinairement génitifs absolus en grec, ablatifs absolus en latin , certains participes employés au génitif ou à l’ablatif sans préposition , comme si une flexion casuelle ne pouvait régulièrement être employée sans une préposition pour la régir. Or nous avons vu (a) que les cas existent par eux-mêmes et ne dépendent pas nécessairement de prépositions exprimées ou sous-entendues, et que les prépositions, à leur tour , peuvent se passer de cas, comme cela a lieu en français, pour exprimer les idées qu’elles représentent. C’est donc une erreur de chercher toujours une préposition pour expliquer l’usage d’une terminaison casuelle.
Maintenant, si on analyse logiquement ces participes absolus, soit en grec et en latin où ils sont à des cas déterminés, soit en français où ils ne se déclinent pas, on trouvera que bien loin d’être absolus, ils représentent, au contraire, des propositions relatives et subordonnées. Exemples • âyytbuH éetxouivw* irq» tou Katcapoç tpovou, — allato nuntio de Cæsaris morte , — la nouvelle étant arrivée de la mort de César, c’est-àdire après que ou lorsque la nouvelle fut arrivée. L’analyse montre que toutes les locutions de ce genre se ramènent à un mode personnel précédé d’une conjonction, c’est-à-dire à une proposition vraiment secondaire, et qu’elles expriment toujours quelque circonstance d’un fait principal. Tout en conservant
(a) Plus haut, chap x.